Pourquoi le rap est souvent mis à part ? Qu'est-ce qui catégorise tant la culture hip-hop ? NTM est passé au micro de Nagui, une occasion de revenir sur l'identité du rap français.

Suprême NTM en 2010 en concert au Parc des Princes - JoeyStarr et Kool Shen
Suprême NTM en 2010 en concert au Parc des Princes - JoeyStarr et Kool Shen © AFP / Bertrand Langlois

Mardi 23 mai Nagui a reçu dans La Bande Originale le duo mythique du rap français qui repart en tournée à partir de mars 2018. Si « La musique adoucit les mœurs », c’est en 1988 que Joeystarr et Kool Shen associent aux mœurs leurs ressentis et aux ressentis leurs mots et mélodies, avec la naissance de leur groupe de rap Suprême NTM. Le rap est défini par le Larousse comme étant un :

Style de musique soutenant un chant aux paroles, improvisées ou non, scandées sur un rythme très martelé.

Alors est-ce ce rythme très martelé qui le singularise tant ? Le rap est un style musical souvent mis-à-part des autres : on le trouve surtout sur les radios spécialisées dans la culture hip-hop comme Mouv’ ou Skyrock, et encore trop peu mélangé à la musique française sur les autres radios.

Le rap est une musique violente

Lorsque l’on parle de musique de colère, de violence, JoeyStarr récuse le fait qu’il s’agit d’écrits de colère :

On relate, on écrit en réaction à, mais ce n’est pas de la violence.

Ce qui interpelle selon lui, ce serait le franc-parler du rap et son appartenance à la culture de la rue, plus que son message et sa musique. Si NTM dans son titre Qu’est-ce qu’on attend ? déclame « Allons à l’Elysée brûler les vieux », le groupe réplique que ces paroles équivalent à celles de Renaud qui chante « Où j’ai mis mon flingue ».

Le rap, une chanson française

Lorsque NTM cite Renaud ce n’est pas une surprise, les protagonistes du rap sont bien souvent des connaisseurs de la variété française. Si ce style de musique découle premièrement du jazz, du blues, du reggae, les rappeurs français trouvent une grande inspiration chez Piaf, Brassens ou encore Brel. Le rap s'impose comme un style musical privilégié lorsqu'il s'agit pour les artistes d'exprimer leur engagement, et s'inspire souvent pour ce faire de vieilles chansons françaises. L’engagement des artistes rappeurs se trouve cependant encore parfois réduit à une énième provocation plus qu’à un élément réflexif musical de la culture française. Ce n’est pas sans nous rappeler la déclaration d’Eric Zemmour il y a quelques années: « Le rap est une sous-culture d’analphabètes ».

La dimension provocatrice du rap, qui appellerait à la violence même selon certains intellectuels français, résiderait dans la posture des rappeurs, parce qu’elle serait liée à l’imaginaire de la culture urbaine du rap, soit celle des cités françaises. La catégorisation du rap viendrait de cette reprise des codes de la rue, de cette affirmation identitaire liée à la culture hip-hop. C’est alors la différence culturelle entre ceux qui écrivent le rap et ceux qui le critiquent qui en ferait parfois une musique de « violence », plus qu’une musique de « contestation », la plupart du temps couvant un racisme latent.

Vers une légitimation contemporaine

Le fait que NTM vende 30 000 places en neuf minutes pour ses concerts en mars prochain à Bercy, c’est déjà une légitimation contemporaine de ce groupe d’anthologie, parce que parmi ceux qui se déhancheront sur leurs tubes dans la salle, on pourra compter un certain nombre de parents trentenaires. Mais la poétique du rap se voit aussi reconnue grâce à des figures de l’art contemporain comme le chorégraphe Kader Attou qui a voulu mettre à l’honneur la culture du hip-hop à travers son nouveau spectacle The Roots. Cette culture gagne en légitimité sur la scène contemporaine grâce à cette mise en lumière auprès d’un public qui rentre rarement au quartier le soir, après sa journée de travail.

►►► ALLER PLUS LOIN | JoeyStarr était l'invité de La Bande Originale en mars dernier pour parler de son rôle sur les planches "Eloquences à l'Assemblée" au Théâtre de l'Atelier.

Le coup de coeur de Xavier Monferran se portait sur le rappeur québécois et engagé Koriass.

La chronique humoristique de Pablo Mira sur le rap français.

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