EXCLU FRANCE INTER - Ce samedi, France 2 diffuse, à l'occasion du 25e Sidaction, un hommage aux 40 ans de l'opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, Starmania. Nous avons assisté à l'enregistrement de ce prime-time au Palais des Congrès, plein de bonnes surprises.

La scénographie de cette émission reprend l'univers dystophique de Starmania
La scénographie de cette émission reprend l'univers dystophique de Starmania © Radio France / JB

Le 10 avril 1979, il y a presque 40 ans jour pour jour, la scène du Palais des Congrès accueillait la première d’un opéra rock qui allait marquer l’histoire de la chanson française : Starmania, de Luc Plamondon et Michel Berger. Malgré les rumeurs insistantes, il n’y aura pas, cette année, de retour du spectacle. Mais ce 40e anniversaire ne reste pas sans célébration : ce samedi, France 2 rend hommage à Starmania avec une vingtaine d’artistes.

Cette soirée, enregistrée la semaine dernière sur cette même scène du Palais des Congrès, est produite à l’occasion de la 25e édition du Sidaction. "On aime les clins d’œil : comme on est à quelques jours près des 40 ans de la première du spectacle, on a pensé le faire ici. On est très fiers de rendre cet hommage-là dans les lieux du début", explique Franck Saurat, producteur de l’émission. Tout au long de la soirée, parrainée par Line Renaud, les artistes appellent aux dons pour le 110 - en service tout le week-end pour récolter les promesses de dons en faveur de la lutte contre le Sida.

Décor dystopique

"C'est une grande rétrospective des chansons de Starmania interprétées par les artistes de toutes les générations, de Amir à Catherine Ringer", précise Franck Saurat. Car Starmania, c’est surtout une flopée de tubes, dont les plus jeunes ignorent parfois qu’ils sont tirés d’un opéra-rock et que, mis bout à bout, ils racontent une histoire : Quand on arrive en ville, Les uns contre les autres, Le Monde est Stone, Un garçon pas comme les autres (a.k.a Ziggy), etc. Pour ce show télévisé, la scène est habillée d’un décor composé d’écrans géants, dont certains sont mobiles, qui évoque l’univers futuriste et dystopique de Starmania, une ville où les gratte-ciel accueillent les très riches, quand le reste du monde vit dans les souterrains.

La soirée s’ouvre sur Monopolis, chanson qui plante le décor. L’orchestre des Petites Mains Symphoniques, composé exclusivement d’enfants, accompagne Isabelle Boulay, qui a commencé sa carrière en France il y a 25 ans sur cette même scène, avec cette chanson qu’elle interprétait dans la peau de Marie-Jeanne, l’un des grands rôles du spectacle. "En arrivant ce matin pour les répétitions, je me suis rendu compte qu'on m'avait donné exactement la loge que j'avais quand j'ai commencé ici", s'amuse-t-elle.

Elle raconte : "Quand j'ai joué 350 représentations de Starmania, d'octobre 1995 à janvier 1998, j'avais toujours très hâte que cette chanson arrive, car c'est un vrai cri du cœur. Starmania est une œuvre avant-gardiste, construite sur la solitude, sur la recherche des liens avec les autres. Et mon personnage, celui de Marie-Jeanne, est celui qui a la personnalité la plus terrienne, celui dans lequel le public se retrouvait le plus."

Isabelle Boulay interprète "Monopolis" pendant les répétitions de l'émission
Isabelle Boulay interprète "Monopolis" pendant les répétitions de l'émission © Radio France / JB

Déception : l'orchestre quitte ensuite la scène, le reste de la soirée se fera intégralement sur play-back orchestre, avec des séquences conçues par le chorégraphe Zack Reece. Pour autant, tous les arrangements des chansons ont été retravaillés pour leur donner un petit coup de frais, sans faire dans le jeunisme : les chansons restent fidèles aux compostions de Michel Berger. "On a essayé de surprendre : comme on ne raconte pas la comédie musicale en entier, on propose un casting inattendu, ça a été un amusement de distribuer les chansons pour faire en sorte que le spectateur soit étonné de voir qui les interprète", selon Franck Saurat, qui avait déjà produit l'émission des 30 ans en 2009, dont la direction artistique avait été assurée par France Gall elle-même, à l'époque. 

Des interprètes qu'on imagine bien dans le spectacle

Désormais, l'hommage se fait sans France Gall, et en l'absence de Luc Plamondon. Pour autant, les versions et interprétations proposées rendent justice aux créations originales, et la prise de risque dans le casting évoquée par Franck Saurat s'avère être une réussite. Certaines chansons prennent même une toute nouvelle tournure : le chanteur Slimane reprend avec brio le SOS d'un Terrien en détresse, chanson créée pour la tessiture exceptionnelle de Daniel Balavoine. Avec sa voix puissante bien que légèrement éraillée, il donne un nouveau visage, baladé entre douceur et violence, au personnage du zonard Johnny Rockfort.

On imagine très bien aussi l'élégante Clara Luciani dans le rôle de Stella Spotlight créé par Diane Dufresne, quand elle chante Les adieux d'un sex-symbol. Avec sa patte disco-glam moderne, l'énigmatique Corine offre une version modernisée mais pas dénaturée de Ce soir on danse au Naziland, accompagnée par des danseurs aux costumes flashy. Quant à Bilal Hassani, représentant de la France au prochain concours de l'Eurovision, il reprend La chanson de Ziggy avec une énergie qui apporte un vrai plus à ce titre.

Standing ovations

Certaines apportent une véritable touche émotionnelle à la soirée : on a déjà parlé de Monopolis par Isabelle Boulay, mais on peut aussi évoquer Muriel Robin qui reprend la Complainte de la Serveuse automate (chanson qu'elle avait déjà interprétée en 1993 pour les Enfoirés, avant de prêter sa voix à l'un des personnages du spectacle dans les années 90, le robotique Roger-Roger). Sans chercher la performance vocale, la comédienne interprète parfaitement et de façon captivante le spleen de cette serveuse qui aspire à quitter les souterrains pour le soleil. 

A l'extrême opposé, le ténor Vincent Niclo donne dans la performance vocale quand il interprète Le Blues du Businessman, que Claude Dubois, Etienne Chicot ou le Québecois Richard Groulx ont chanté avant lui. "Si je n'avais pas chanté, j'aurais eu l'impression de passer à côté de ma vie, donc cette chanson me parle énormément. Le personnage de Zéro Janvier, qui chante cette chanson dans le spectacle, lui, est passé à côté", explique-t-il en coulisses pendant les répétitions.

Interprète dans plusieurs comédies musicales, il se souvient que Starmania a ouvert de nombreuses portes à une époque où la comédie musicale était un genre peu produit en France : "Quand j'ai démarré, Starmania avait déjà bien tourné, et beaucoup de chanteurs comme moi se disaient, grâce à ce spectacle, que faire de la comédie musicale c'était possible. À un moment de ma vie j'ai failli partir tenter ma chance à Londres ou New-York, parce qu'en France il n'y avait pas de castings, pas de spectacles. Ce sont eux qui ont ouvert la porte". Si l'on peut estimer qu'il en fait un peu trop dans ce célèbre "J'aurais voulu être un artiste", le public, conquis, lui réserve une standing ovation. Même constat avec Liane Foly, qui s'épanche en "vibes" dans la pourtant minimaliste Petite musique terrienne, mais semble convaincre le public.

Vincent Niclo pendant les répétitions de l'émission consacrée à Starmania, vendredi dernier au Palais des Congrès
Vincent Niclo pendant les répétitions de l'émission consacrée à Starmania, vendredi dernier au Palais des Congrès © Radio France / JB

Entre deux appels aux dons en faveur du Sidaction, des séquences d'archives présentées par le journaliste Julian Bugier montrent les artistes qui ont interprété Starmania tout au long des 40 années d'existence du spectacle. On repense à ceux qui sont aujourd'hui disparus, des têtes d'affiche comme Balavoine, Gall ou Maurane, d'autres moins connus mais non moins talentueux, comme Réjane Perry ou Etienne Chicot. On revoit avec plaisir Diane Dufresne, Fabienne Thibeault ou Renaud Hantson et on retrouve les reprises de Céline Dion, qui a participé à l'album de la version anglaise de ce spectacle - finalement jamais vraiment montée.

Et en sortant de l'enregistrement de cette émission, on se prend à rêver – et les téléspectateurs feront sûrement de même samedi soir – à une nouvelle version de Starmania, qu'on a l'impression de toucher du bout du doigt le temps de cette unique soirée télévisée. "Remonter le spectacle, c'est absolument nécessaire, pour que les nouvelles générations voient ce spectacle qui nous fait beaucoup réfléchir sur les relatons humaines", assure Isabelle Boulay. "Il nous apprend qu'il faut vivre les uns pour les autres et pas les uns contre les autres".

► POUR FAIRE UN DON à Sidaction 

  • Par téléphone : en appelant le 110 (numéro d’appel gratuit)
  • Par Internet : www.sidaction.org
  • Par SMS au 92110 : en envoyant le mot "DON" 
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