Apprendre la mort d'un artiste, c'est refaire le chemin à l'envers, défiler rien que pour soi ses diapositives mentales.Bashung est mort. A chacun son Bashung. Le mien apparaît en 1973, sur un 33 tours usé à force d'écoutes. Claude-Michel Shoenberg triomphe avec un opéra rock, la Révolution française. La voix la plus puissante du disque, un rocker qui fait tomber les têtes, c'est Robespierre. Sur la pochette, on cherche le nom de ce chanteur exceptionnel : Alain Bashung.La révolution et la chanson française gagnent un nouveau membre élu 7 ans plus tard avec "Gaby, oh Gaby", chanteur populaire.1991 : souvenir cette fois de stagiaire à France Inter. Jean-Luc Hees prépare "Synergie" en musique. En boucle, il écoute "Madame rêve" et pousse le volume si fort que ses voisins de bureau finissent par taper dans le mur. En vain d'ailleurs, et tant mieux, on plonge avec Bashung dans une forme d'hypnose qui ne s'explique pas mais qui perdure.Eté dernier, l'Islande. De longues distances en voiture se prêtent à l'écoute répétée de "Bleu Pétrole", émotion renforcée par ce que l'on devine : ce sera peut-être le dernier Bashung. Le chanteur ne fait pas mystère du cancer qui le ronge."Bleu Pétrole" : après l'expérimentation, le goût des guitares et des mélodies revient. Bashung réveille les textes de Manset et fait confiance aux mots des jeunes, Mélies, d'Anvers, Gaëtan Roussel. Devant des espaces parfois lunaires, on roule, on se tait, on écoute.Dimanche 16 nov 2008, Bashung s'avance péniblement sur la scène de "l'Elysée Montmartre". Comme à son habitude, chapeau noir, lunettes, mince comme un rocker, le visage est gonflé mais la voix passe, superbe. Assis, il annonce au public debout "quelques chansons que vous connaissez et d'autres que j'aimerais vous faire découvrir". Il chante "Vénus" et l'on comprend du texte obscur ce que l'on veut, peut-être une idée du voyage ultime qui l'attend. Hier, il y avait, dehors, une émotion perceptible. Dans le métro, un guitariste chantait du Bashung et les gens s'arrêtaient. Dans un café, on avait éteint la télé et Bashung chantait encore "Vénus"."C'est la radio?" demande un client. "Non! répond le patron, la soixantaine, c'est mon disque!".Il marque un temps et confie : "Et oui, tout de même, du respect pour Bashung. Bashung... C'est ma génération".

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bashung © Radio France
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