Pedro Winter, compositeur-producteur, DJ et créateur du label de musique électronique Ed Banger Records, interviewe l'artiste Nicolas Godin pour "Popopop". Rencontre avec le producteur, compositeur, bassiste, musicien (moitié du duo Air), qui poursuit sa route électronique.

Nicolas Godin & Pedro Winter
Nicolas Godin & Pedro Winter © Stéphane Manel

Pour sa première chronique de la saison dans Popopop, Pedro Winter aka Busy P, a retrouvé Nicolas Godin dans son studio niché dans les hauteurs de Montmartre pour parler avec lui de son dernier album solo "Concrete and glass".

Pop Culture, Versailles et mocassins

Nicolas Godin : "J'ai découvert Joe Jackson, The Police... dans la première émission rock Chorus d'Antoine de Caunes, un révélateur pour moi !"

Chorus avec Police est un souvenir incroyable, mémorable. J'ai racheté la basse qu'on voit dans le générique de Chorus, la basse de Sting de 1983, j'avais le poster dans ma chambre d'ado...

[Extrait du Concert de Police et petites galères d'enregistrement de l'émission Chorus, le 23 décembre 1979 sur Antenne 2 ]

Nicolas Godin gratte sa guitare et commence à bidouiller ses premières maquettes à 16 ans à Versailles mais personne ne s'intéresse à sa musique. Déprimé, il décide de faire "Archi" après son bac. 1995, cinq ans plus tard... il vit à Montmartre, rue Burq - Pedro Winter aussi, rue Durantin ! - Marc Teissier du Cros créé le label Source, Daft Punk a un studio perché avenue Junot, Etienne de Crécy et Philippe Zdar vivent rue Lepic, une atmosphère électro-pop plane sur Montmartre,  il se remet à la musique !

Pedro Winter : Comment expliques-tu qu'une ville comme Versailles, plus connue pour ses habitants à mocassins à glands et ses pulls noués sur les épaules, que pour ses fans de musique, ait donné un tel courant ?! Daft Punk et Air sont arrivés plus tard dans ce nouveau courant musical, puis Phoenix. On a tendance à parler d'une French Touch Versaillaise et on a un peu mélangé ces groupes.

Nicolas Godin : Au tout début, Branco (Laurent Brancowitz de Phoenix) avait créé un groupe avec les Daft Punk qui s'appelait Darlin', groupe qui a fait ses premiers concerts à Versailles dans un camion loué par le père de Thomas (Mars), chanteur de Phoenix, pour la Fête de la musique 1993, d'où la confusion.

Trip hop & Funk Mob...

PW : Pour en revenir à Phoenix et à Air, musicalement, vous vous retrouviez dans les mêmes magazines, associés à la dance music, alors que vous en étiez très loin ?

NG : A l'époque, il y avait surtout la Trip hop. Il y avait deux courants dans la musique électro : un courant pour planer et un courant pour clubber. Beaucoup de gens utilisaient des samplers, des synthés, des boîtes à rythmes pour faire du Trip hop. Portishead a sorti son premier album dans lequel ils utilisaient beaucoup de samples, de musiques de film (John Barry, Ennio Morricone) et je me suis reconnu là-dedans. J'étais incapable de faire de la musique pour faire danser, et cet album "Dummy" était dingue, il était partout ! 

C'était génial parce que j'avais tout le matos pour travailler, et pour une fois surtout, la musique lente, la musique inspirée de la musique de film, devenait commerciale. Quand j'ai fait écouter mes premières maquettes à Thomas Bangalter (Daft Punk), lui qui produisait des morceaux hyper dansants, m'a dit : "C'est génial ce que tu fais, il y a tout un univers...". Je me suis demandé tout de même comment j'allais pouvoir évoluer avec cette musique. Après Portishead, il y a eu Massive Attack, groupe devenu incontournable. Dans la musique électronique, on a tendance à oublier qu'il y a eu un mouvement lent et un mouvement rapide.

PW : la Funk Mob ...

NG : que j’adorais ! J'ai toujours regretté qu’ils n’aient pas continué la Funk Mob, qu’ils aient fait Cassius. Je trouve que la Funk Mob a un côté crade, underground que je trouvais génial. "I Love U So" par exemple est pour moi plus Funk Mob que Cassius

PW : Il me semble qu’Hubert (Blanc-Francard - Boombass) a envie de revenir à quelque chose de plus Funk Mob, quelque chose qui sente un peu plus la fumée. 

Musique instrumentale, BO & Cinéma

PW : Tu as mentionné John Barry, Ennio Morricone, on pense souvent à toi comme le petit-fils de Vladimir Cosma, de Michel Legrand, de Jean-Claude Vannier et pourtant tu n’as signé qu’une seule B.O. ?

NG : C’est vrai, mais c’est un métier à part. Depuis 1997, les tournées avec Air durent un an et demi, deux ans, on est toujours en concert quelque part dans le monde. Cela ne nous a pas laissé beaucoup de temps pour composer des musiques de film ou pour nous consacrer à d'autres artistes.(...) On fait de la musique qui sonne "musique de film", les gens pensent qu'on sait faire cela et finalement non. Quoique... tu prends n'importe quel morceau de Air, tu le mets sur un film, ça marche !

PW : oui, vous avez signé la musique du film Virgin Suicides de Sofia Coppola, et votre musique a été utilisée pour des séries comme Gossip girls, Nip Tuck, Les Experts. Vous étiez au top de la planète pop. 

NG : J'aime beaucoup la musique instrumentale, il est plus facile que mes productions soient utilisées comme B.O. Je ne sais pas pourquoi j’aime tant la musique instrumentale. En fait si, déjà je ne sais pas chanter, je dois utiliser des vocoders. Tout le monde a cru que c’était une idée de génie alors qu’en fait c’était un choix par défaut (rires). 

Le fait de composer de la musique instrumentale t’ouvre les portes du cinéma. 

Collaborations artistiques

PW : Vous avez collaboré avec peu d’artistes. Il y a Charlotte Gainsbourg pour l’album 5:55. 

NG : Oui on a composé l’album, Nigel l’a produit (Nigel Godrich, producteur de Radiohead), Jarvis Cocker et Neil Hannon (The Divine Comedy) ont fait les textes et elle a chanté, c'était un travail d’équipe. 

PW : C'est quelque chose que tu aimerais retenter ? 

NG :  Produire pour un artiste c’est 50% de travail technique et 50 % de travail psychologique. Je connais assez bien Nigel Godrich et je m'en rends compte. Je ne sais pas si je suis assez doué pour gérer le côté psy. Je n’hésiterai pas à donner mon avis et les gens parfois pourraient peut-être ne pas supporter (rires).

Pour mon dernier album, j’ai travaillé avec Pierre (Rousseau), cela s’est bien passé. On se disait les choses : "le morceau est trop lent, là ça ne va pas, il manque ça, etc…". En tant qu’artiste quand tu te fais produire, il faut pouvoir entendre cela. Il y a des artistes très susceptibles. Humainement certains artistes ne sont pas des personnalités très funs, souvent des gens très paranos. Même avec certaines idées progressistes, ce sont des gens assez dictatoriaux, ils ne sont jamais dans la diplomatie. Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de produire des artistes, des personnalités trop "space". Ce que je voudrais c’est que le chanteur me file sa voix, qu’il se casse et que je me démerde avec ! 

Mais ça c’est mon rêve ! Pouvoir faire des voix sans chanteur.

Sur un petit Air de Bach

PW : Avant de produire ce nouvel et deuxième album "Concrete and glass", tu avais composé Contrepoint (Because Music, 2015) ton premier album solo inspiré par Jean-Sébastien Bach, dont "_Orca_" est un extrait.

Nicolas Godin qui rencontre Jean-Sébastien Bach, on était déjà là au cœur du réacteur de la Pop Culture. Je ne peux m'empêcher de penser à Wendy Carlos qui reprend au "Moog" (la machine à synthétiser les sons inventé par Robert Moog) les thèmes de Ludwig van Beethoven dans Orange Mécanique.

NG : Justice a une influence non négligeable pour ce morceau "Orca" parce qu'ils sont arrivés avec encore un nouveau son par rapport à toute la "French Touch" précédente, et ce morceau témoigne de leur empreinte.

"Concrete and glass", le nouvel album solo de Nicolas Godin

PW : Cela aurait été une sublime sortie Ed Banger ! (label).  Ce nouvel album solo Concrete and glass (Because Music, 2020) est un hommage à l'architecture. C'est un retour au source puisque le 1er morceau de Air "Modular mix" était un hommage à l'architecte Le Corbusier. "Béton et verre", ode aux matériaux, pourtant la moitié de ses titres a un cœur, quelque chose de très organique. 

PW : Pourquoi ce titre "Concrete and glass" ?

NG : La deuxième maison dans laquelle j’ai travaillé pour cet album était celle de Sheats Goldstein Residence, construite par John Lautner à Beverly Hills. C'est la maison faite de verre et de béton qu’on voit dans le fim The Big Lebowski, sans doute la maison la plus sexy que je connaisse. La première fois, j’y suis allé avec Xavier Veilhan (artiste plasticien), la deuxième fois, j’étais dans ma voiture et je ne trouvais pas la route, c’est comme cela qu’est venue une des chansons. 

Dans ma tête, j’ai entendu : "I'm looking for a house made of concrete and glass", parce que je cherchais cette baraque, dans toutes ces petits méandres de Beverly Hills, en-dessous de Mulholland Drive. 

Chaque tournant nous amène ailleurs, on se perd facilement. La chanson est née comme ça et a donné le titre de l’album. Ce sont des maisons de modernistes dont le béton est le matériau principal, toutes ces maisons dans lesquelles Xavier (Veilhan) a voulu exposer. Les mélodies et les harmonies ont été créées pour ces maisons-là. Mais je veux vraiment que l’album puisse s’écouter hors contexte, il faut que cela reste un album pop classique, on n’a pas besoin de savoir que cela a été fait pour des expositions. Quand tu parles de musique pour des expositions il y a un côté sérieux un peu "album concept" à la Brian Eno. Ce n’était pas du tout mon esprit, je voulais faire des chansons couplet / refrain avec des mélodies qu’on pourrait chanter sous la douche.

Studio & composition

PW : Dans quel endroit compose-t-on un album qui s’inspire de l’architecture ?

NG : C’est génial que tu aies parlé de "Modular mix" qui était un retour aux sources parce que j'ai aussi voulu faire un retour aux sources dans ma manière de travailler. J’ai joué au studio Ferber dans une cabine de 9 m2, je me suis retrouvé comme à mes débuts quand j’enregistrais en home studio. Avec Air, on a enregistré dans des studios de plus en plus importants.

J’avais envie de retrouver ces sensations, quand je bricolais dans ma chambre à Montmartre.

En fait, cet album qui illustre des maisons dans de superbes paysages, a été fait entre les quatre murs d’un tout petit endroit. D’ailleurs quand on ouvre la pochette, il y a cette photo zénithale de la pièce. 

Je suis repassé l’autre jour au studio Ferber. Je n'en revenais pas d’être resté dans cette pièce tellement petite avec Pierre (Rousseau) pendant 6-8 mois. Quand on vient du home studio je pense que c’est bien d’y retourner, c’est ma nature. Je me suis perdu dans de grands studios, j’ai commencé à faire de la musique qui ne me correspondait plus. Le succès qu'on a eu avec Air nous a éloigné de notre base finalement. Avec cet album, j’avais envie d’y retourner. Je pensais pouvoir dominer ce genre de problème, en fait non, c'est vraiment une loi.

PW : Je ne sais pas si c'est une loi, regarde, les Daft Punk, Thomas (Bangalter) et Guy-Manuel (de Homem Cristo) n'ont pas eu ce problème. Ils ont complètement changé de style sur le dernier disque.

NG : Je ne suis pas sûr, ils se sont fait plaisir c'est certain, mais ce qui a fait le succès du disque, c'est surtout le tube "Get Lucky" (ft. Pharrell Williams). Il aurait été fait dans une chambre ou dans un studio...

PW : Mais justement, le set up a complètement changé. Pareil pour Cassius, ils composaient sur des machines par terre, et ils se sont retrouvés avec Motorbass dans un studio imposant. Et Justice aussi a eu différentes phases, ils composent aujourd'hui dans la maison de Xavier (de Rosnay), le studio est super bien équipé... tout s'est étoffé.

Nicolas Godin

En fait, pour composer, il faut du bordel. Quand tu dis que tu es par terre, que tout est mal branché et que cela ne marche pas... c'est ça qui fait un bon disque !

PW : Nous sommes dans ton nouveau studio parisien qui est splendide...

NG : J'ai acheté tout ce dont je me sers mais il y a quand même une petite "vibe home studio". Je n'ai pas de console, je fait tout dans l'ordi, j'ai mes 5-6 synthés préférés et mon Rhodes. Après tout ce qui s'est passé et l'expérience sur l'album Contrepoint, j'ai pris l'habitude de composer au piano à queue. Il faut de la place mais je ne pourrais plus m'en passer, j'adore composer au piano. Je n'ai pas fait un studio trop grand, j'aime les endroits confinés. A l'époque du Home studio, je composais sur mon Rhodes. Le seul truc qui manquait au studio Ferber, c'était le piano.

Musique & Architecture : le lien essentiel !

PW :  Tu dis que tu travailles la matière comme un sculpteur, comment as-tu conçu ton nouvel album ? 

NG : Avant de travailler, les sons n’existent pas. On les a créés. Avec un synthétiseur analogique, tu as une onde sonore et tu la sculptes avec le potentiomètre pour qu’elle sonne comme le son que tu as imaginé dans ta tête. On créé nos sons, comme dans une usine. Un musicien a son instrument, nous, on a des synthétiseurs analogiques. Un compositeur va créer au piano, il aura tout de même son propre son puisque le toucher de chaque musicien est différent, on reconnaît sa personnalité. 

Créer son propre son est le b.a.- ba de la composition au synthé. Ces appareils sont magiques, parce qu’on créé en composant mais on créé aussi en créant les sons. Il y a deux niveaux de créations. 

PW : Et il y a des accidents aussi…

NG : Oui, et c'est surtout par accident qu’on créé les meilleurs trucs !

PW : Est-ce que le son spatialisé t'intéresse ? Le binaural ? Le son en 5 points ?

NG : Oui et non, c'est trop facile. Mon intérêt est de faire avec de la stéréo, que le rendu ne soit pas en 3D mais en 20D ! Avec le minimum de moyens, je veux qu'on se retrouve devant la pampa à des milliers de kilomètres, avec des vues qui se perdent... Je n'ai pas l'impression que l'outil de diffusion soit mon outil préféré pour spatialiser le son, mais plutôt la manière dont les sons sont choisis, puis arrangés, placés. 

C'est plutôt dans l'arrangement que je créé l'espace. Placer le son, c'est spectaculaire, mais c'est trop facile.

PW : Justement on parlait d'architecture. Imagine, tu as un plan et tu places tes sons…

NG : J'avais donné à Pierre Rousseau, mon producteur, une règle pour cet album : que ce soit comme des angles droits et des lignes parallèles, comme sur un plan d'architecte. C'est pour cela que l'album était extrêmement quantifié et qu'on utilisait l'ordinateur pour tout caler. Je voulais que ce soit aussi rectiligne qu’un bâtiment d’architecture. 

Il y a vraiment une influence de l'architecture sur la production de cet album. 

Alors que pour l’album Contrepoint c’était complètement libre, on n’avait pas de tempo, on n’avait pas de clic, on enregistrait en live. 

PW : A la production de cet album architecturé, on retrouve Pierre Rousseau (du duo français Paradis), jeune producteur qui monte. En featuring, on retrouve pas mal de noms de la jeune génération, pas forcément connus, ce qui créé une belle surprise. Pourquoi ce choix de nouvelles venues plutôt que des valeurs sûres ou des gens qui auraient demandé à collaborer avec toi ?

NG : Je voulais quelque chose de frais. Quand tu as un chanteur connu tu n’entends pas le morceau, tu n’entends que lui. C’est comme un film avec Brad Pitt, tu ne vois que Brad Pitt, tu ne vois pas le personnage. Sur l’album de Air "10 000 Hz Legend " (2ème album, 2001), il y a un titre avec la voix de Beck ("Don't be light"). Quand tu écoutes l’album piste par piste, tu arrives au titre chanté par Beck, tu as l’impression que tu as changé d’album, que tu es sur un disque de Beck. C'est l’effet produit quand tu travailles avec une voix connue. Pour ce nouvel album, je voulais une entité, qu’il n’y ait rien qui nous sorte du disque. 

PW : C’est toi qui a choisi  le casting ? 

NG : D’abord il y a Marc Ducros, qui est là depuis les années Montmartroises, avec qui je travaille depuis le début. Et César, son directeur artistique chez Record Makers. On a écouté plein de choses sur Youtube, on a été voir plein de concerts à Paris, et on a jeté notre dévolu sur cinq personnes. Je considère un morceau avec un regard extérieur : "quelle voix me faut-il pour ce morceau ?" Je ne me dis pas "Tiens, je voudrais faire un morceau avec untel".  S'il faut une harpe ou une trompette pour tel morceau, je prends une harpe ou une trompette, et s'il faut tel chanteur, je prends tel chanteur. 

C’est vraiment en fonction de la musique que je cherche la voix 

PW : Avec qui aimerais-tu collaborer ? 

NG : Sur cet album, j’avais demandé Weyes Blood parce que j’adore cette chanteuse. J’aimerais vraiment bien faire une chanson avec elle mais elle préparait son disque. Je ne rêve pas de travailler avec untel ou untel, j’attends d’être surpris par la vie.

Les réseaux sociaux

PW : Il y a peu de temps que tu es sur les réseaux sociaux. Est-ce toi qui gère ? T'es-tu forcé ? 

NG : Je gère mon Instagram. Je ne suis pas allé dans une Clic Farm au Pakistan pour avoir plus de followers ! Je trouve qu’Instagram a de mauvais côtés car il joue sur l’addiction et le narcissisme. Mais il y a tout de même un côté bienveillant et surtout les gens mettent de belles choses. Il n’y a pas d’insulte, de troll, c’est beaucoup moins méchant que Twitter ou Facebook. Il n’y a pas de groupes qui se créent pour défendre des causes indéfendables. 

J'ai lu "10 reasons to delete your social media accounts" de Jaron Lanier ("10 arguments pour supprimer vos comptes de médias sociaux dès maintenant", éd. Henry Holt & co). Même Instagram, sous des dehors séduisants, a quelque chose d’assez terrible. Très tôt, nous avons été pris en photo, on a fait des couvertures, on était sur scène, il y a des milliers de gens qui nous applaudissent… avec Instagram, tout le monde y a accès. 

On se rend compte que si tu veux faire un business qui marche, tu as intérêt à cocher toutes les cases des pêchés capitaux et des tentations : la gourmandise, l’envie, le narcissisme, l’orgueil. C’est tout ce que les industries de la Silicon Valley utilisent pour leurs algorithmes et faire de l’argent. Je tiens à dire aussi qu’il y a 3 featurings sur le disque qui viennent d’Instagram. Par exemple, Kadhja Bonet, j’ai su qu’elle était à Paris grâce à son compte Instagram, c’est comme ça qu’on a pu l’inviter à participer au disque. 

Kraftwerk, vocodeur & matos...

PW : Dernière question technique : sur ton nouvel album Concrete and glass, tu retournes à tes premières amours techniques et tu utilises notamment le même vocodeur que Kraftwerk

NG : Avant j’utilisais un autre vocodeur, un Korg parce que je voulais faire un pendant plus doux aux voix un peu trop robotiques de Kraftwerk, quelque chose de plus doux. Pour la musique que je composais avec Air, je voulais quelque chose de plus éthéré et angélique. Quand j’ai travaillé avec Pierre (Rousseau), très grand fan de Kraftwerk, on a pris un vocodeur E.M.S. qui a un son plus métallique. Le premier titre commence comme cela. J’ai laissé tomber mon côté angélique pour avoir quelque chose de plus industriel. D’ailleurs, j'ai demandé à Ralf (leader du groupe Kraftwerk)… 

PW : Ralf Hütter carrément ? Mais non ! 

NG : Si ! Je lui ai demandé de chanter cette phrase… Mais il m’a répondu "Je préférerais que ce soit toi qui la chante", une manière super polie de dire non ! (rires) Mais je ne voulais pas avoir le regret de ne pas avoir fait la demande. C’est un tel génie ! Un tel mythe ! On s’est rencontré parce qu’on a fait un concert ensemble pour le départ du Tour de France à Düsseldorf, il y a deux, trois ans. C’est un ancien étudiant en architecture, son père était architecte donc on a pas mal parlé "architecture" ensemble.

Prochainement sur scène avec "Concrete and glass" ?

NG : Je suis dans un paradoxe. Sur l’album, il y a beaucoup de featuring et je n’aime pas quand les gens viennent et repartent, sur scène. Quand tu vois Massive Attack, par exemple, toutes les chanteuses viennent pour un titre et repartent, ce qui a un côté "école des fans" je trouve, ça me fout le cafard. D’un autre côté, j’ai besoin de mes featurings ! Il faut que je retourne un peu en répétition pour tenir une heure. 

Aller plus loin

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