Comédie en 3 actes et un prologue de Jean-Philippe Rameau Direction musicale, Paul Agnew * William Christie étant convalescentMise en scène et lumières, Robert Carsen Chorégraphie, Nicolas Paul Dramaturgie,Ian Burton Platée, Marcel BeekmanLa Folie, Simone KermesThalie, Virginie ThomasMercure, Thespis, Cyril AuvityClarine, Amour, Emmanuelle de NegriJupiter, Edwin Crossley-MercerMomus, João FernandesCithéron / Momus du Prologue, Marc MauillonJunon, Emilie RenardChœur et orchestre, Les Arts Florissants Danseurs, Camille Brulais, Anaëlle Echalier, Fanny Gombert, Anna Konopska, Suzanne Meyer, Haruka Miyamoto, Gaël Alamagrot, Alexandre Bado, Jean Gérald Dupau.

Platée
Platée © Monika Rittershaus

Jean-Philippe Rameau marque un jalon crucial dans la musique française : ce contemporain de Handel révolutionna le langage de l’orchestre et conçut parmi les plus grands chefs-d’œuvre lyriques de son siècle.La reine des marais, Platée la nymphomane, est victime d’une cruelle machination fomentée par Jupiter qui veut châtier la jalousie de son épouse Junon , avec l’aide de l’Olympe et des éléments déchaînés.L’étrange créature, chantée par un homme et entourée de grenouilles , fait voler les conventions en éclat : déclamation, danse et chant sont mis sens dessus-dessous. Conduite par William Christie et Robert Carsen, la Folie en personne vient donner au genre bouffon ses lettres de noblesse.

Un opéra créé à la Cour

Platée est créée le 31 mars 1745 à l’occasion du premier mariage du dauphin Louis (1729-1765) fils de Louis XV et de Marie Leszczyńska.En 1744, Louis XV décide de fêter somptueusement le mariage de son fils Louis, dauphin de la couronne de France avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne. Il charge Louis François Armand de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, l’un des premier gentilshommes de la Chambre, d’organiser les fêtes.Après un voyage de plus de deux mois depuis Madrid, l’infante épouse le dauphin de France le 23 février 1745 à Versailles. Les festivités organisées pour les noces débutent le soir même avec la représentation de La Princesse de Navarre comédie-ballet commandée pour la circonstance à Voltaire et Rameau. Le spectacle a lieu dans le théâtre de la Grande Écurie installé pour l’occasion.C’est dans ce contexte qu’est créée Platée le 31 mars 1745 dans la salle du Manège transformée en salle de spectacle et de bal.L’oeuvre est la sixième d’une série de sept spectacles qui comprend entre autres une reprise du Thésée de Lully, Zélindor de Rebel et Francoeur et Les Amours de Ragonde de Mouret. Il semble que Platée soit passée relativement inaperçue au milieu de cette profusion de spectacles, et ce malgré le lien qui aurait pu être fait entre le personnage de nymphe repoussante et la future jeune mariée qui était dit-on peu gâtée par la nature. L’oeuvre ne connaîtra pas de seconde représentation à l’occasion des noces.« On exécute le ballet comique de Platée ; on ne parait pas que l’on en ait été fort content ; la musique, qui est de Rameau, a été trouvée singulière ; il y a cependant des morceaux agréables, mais en tout ce divertissement a paru trop long et uniforme. M. de Richelieu avait proposé au Roi de le faire exécuter le lendemain encore ; il lui en parla trois fois sans que le Roi lui répondit rien. […]D’ailleurs le succès le mercredi a fait juger qu’une seconde représentation ne réussirait pas. La curiosité avait attiré un monde prodigieux ici, et à peine pouvait-on trouver une place dans la salle. » Extrait des Mémoires du Duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758).

Platée
Platée © Monika Rittershaus

La carrière de Platée

L’ouvrage est repris le 9 février 1749 à l’Académie royale de musique pour une série d’une vingtaine de représentations et sera à nouveau donné l’année suivante. À cette occasion un nouveau livret légèrement remanié par Ballot de Sauvot est publié. Un nouveau décor est construit pour le deuxième acte et Rameau prépare une édition gravée de la partition avec de nombreux détails pour l’interprétation vocale et instrumentale. Les journaux parlent cependant peu de l’oeuvre.Il faut attendre la reprise en 1754 à l’occasion du Carnaval pour que Platée obtienne un véritable succès et soit même considérée par certains comme le chef-d’oeuvre du compositeur. Les éloges abondent de la part de Grimm, Diderot, d’Alembert, pourtant adversaires du compositeur dans la querelle des Bouffons qui s’atténue au même moment avec le départ de la troupe italienne.Le très sceptique Rousseau n’hésitera pas à avouer « À l’égard de la musique de Platée […] ne vous repentez jamais de l’avoir regardée comme le chef-d’oeuvre de M. Rameau et le plus excellent morceau de musique qui jusqu’ici ait été entendu sur notre théâtre. »De 1759 à 1773, le prologue seul sera donné à l’Académie royale de musique lors de spectacles de « fragments » aux côtés notamment de Pygmalion et du Devin du village de Rousseau.

Platée
Platée © Monika Rittershaus

Platée : une oeuvre aux multiples dénominations

Dès sa création, Platée est considéré comme une oeuvre hors du commun, d’où la difficulté à la rattacher à un genre précis à une époque où le manque de cohésion terminologique pour un même ouvrage est monnaie courante. Il n’est en effet pas rare à l’époque de Rameau de trouver différentes appellation pour une même oeuvre selon que l’on se fie au livret imprimé ou à la partition.Dans le cas de Platée le livret l’intitule « ballet-bouffon » rapprochant ainsi l’oeuvre du genre bouffe italien et de l’opéracomique.La partition de 1749 gravée sous la direction de Rameau nomme l’oeuvre « comédie-ballet. » On ne peut pourtant pas rapprocher Platée de ce genre mi- chanté mi- parlé illustré parMolière et Lully. Les musicologues s’accordent aujourd’hui sur le terme de comédie lyrique pour désigner Platée.

Platée
Platée © Radio France

Rameau musicien de Cour

Rameau réapparaît de manière éclatante en 1745 à l’occasion du mariage du dauphin qui va lui permettre de parvenir à l’apogée de sa carrière avec une série de nouvelles oeuvres : La princesse de Navarre, comédie-ballet en collaboration avec Voltaire, la comédie lyrique Platée, les opéra-ballet Les Fêtes de Polymnie et le Temple de la Gloire (Voltaire) ainsi que l’acte de ballet Ramire. En récompense de ses services, Rameau obtient la protection du roi Louis XV, le titre de « Compositeur de la Musique de la Chambre » avec deux mille livres de pension annuelle. Il est désormais un personnage officiel. Jusqu’en 1751 il poursuit sa production avec Les fêtes de l’hymen et de l’amour (1747), Zaïs, Pygmalion, et Les surprises de l’amour (1748), Naïs (1749), et Zoroastre en 1751 (reprise à Dresde pour le carnaval de 1752), la réputation de Rameau a franchi les frontières. Il poursuit par ailleurs son activité de théoricien et publie en 1750 son ultime traité théorique, sa Démonstration des principes de l’harmonie.

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