Barbara
Barbara © Radio France

A la terrasse d’un bistrot de la place Pie, à Avignon, une femme distribue des tracts; elle chante Barbara dans le off. L’amie qui boit un café avec moi se rappelle 1993, l’année de sa rencontre avec Barbara. Marie était une jeune attachée de presse. Quand son directeur apprit à ses employés qu’il avait signé avec l’interprète de « l’Aigle noir », Marie avait levé les yeux au ciel . «Pourquoi lèves-tu les yeux au ciel ? demanda-t-il. Tu as déjà vu Barbara sur scène ? Tu sais ce dont elle est capable ? » Marie rougit.

En novembre 1993, Barbara s’installe au théâtre. Elle dort dans un hôtel voisin mais dès 9 heures du matin, elle prend place dans sa loge, montée sur le plateau, derrière la scène. L’antre qu’elle ne quitte pas jusqu’à la représentation, « pour sentir le lieu », précise Marie.

Le premier rendez-vous avec l’équipe augure du pire. Les membres du service « communication » sont assis au premier rang, devant la star installée dans son rocking-chair. La chef du service de presse rompt le silence et demande si la diva accepte les interviews télé. Toute la presse réclame Barbara. L’artiste, muette, se balance. Elle appelle son assistante et s’amuse ouvertement de la question. « Posez-la moi encore !» insiste-t-elle avec ironie. La chef s’exécute à nouveau. Alors, Barbara lance un glacial : « Ecoutez-moi bien, si j’aperçois une caméra, je romps mon contrat et vous ne me voyez plus ».

Les jours passent et Barbara révèle son vrai visage. Elle mulitplie les gestes d’amitié. La glace du premier jour est brisée. Chaque matin, de sa loge, elle téléphone à Marie, originaire du Sud. Barbara la surnomme « mon soleil ». « Dis-moi, mon soleil, quelles sont les nouvelles ? Qu'y a-t-il dans les journaux, dis moi ». Le rituel a lieu tous les jours. Souvent, Marie, gourmande, reçoit des mains du chauffeur de la chanteuse, des paquets de bonbons, pas un, pas deux mais des dizaines, au point de ne plus savoir que faire de ces cadeaux !

Une après-midi, Barbara convoque la supérieure de Marie. Inquiétude! Mais non. La star veut simplement lui offrir un cadeau, des boucles d’oreille. Heureuse, l’attachée de presse les porte aussitôt mais Barbara pousse un cri : « Mon Dieu, elles ne te vont pas du tout ! Pas du tout ! Je vais en trouver d’autres ! » Dans la journée, les boucles d’oreille sont échangées.

Souvent, Barbara colle des petits mots dans sa loge ou sur les murs du théâtre. Marie demande parfois si elle peut les emporter. Elle conserve ainsi plusieurs petits billets sur lesquels on peut lire, signées de la main de Barbara : « Je vous remercie de vous ».

Le soir de la première, Marie se trouve en corbeille. Son directeur, soucieux de lui faire plaisir et de lui faire connaître Barbara, l’a conviée dans sa loge. Marie a peur. Le public est fou d’impatience, fiévreux, même. Hommes et femmes tapent des deux pieds au point de faire trembler le sol et vibrer la corbeille. « Nous allons nous retrouver à l’orchestre ! », s‘inquiète Marie.

Barbara entre enfin, les bras ouverts, elle salue, elle chante, elle salue. Succès total. Les fans ne quittent pas l’entrée du théâtre. La maladie ne permet pas à l'artiste d’assurer tous ses concerts, loin de là. Une ambulance vient la chercher pour ne jamais la ramener.

Au café, Marie ne dit plus rien, les yeux rêveurs, on se dit qu’une voix chante pour elle :

« Mon soleil,

rappelle-toi.

Barbara. »

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