Alain Souchon sort un nouveau disque, au titre aussi poétique qu'un poème de Ronsard ou du Bellay : "Ecoutez d'où ma peine vient".Alain Souchon est un homme aimable et curieux. Il salue les standardistes, cachés derrière une vitrine, en arrivant, en repartant. A Nicolas Demorand, il demande à quelle heure il se lève. A Isabelle Giordano, il rappelle qu'il a fait un voyage en Corse avec elle. Elle ne s'en souvient pas et du coup, troublée, elle annonce à Nicolas Demorand que "Jean Paul 2 sera l'invité de Service Public"! Le nouveau Souchon ressemble au chanteur. Il est doux, mais pas lisse. A 64 ans, l'auteur compositeur interprète continue de regarder la manière dont le monde tourne. Il y a longtemps maintenant que ses douleurs et autres états d'âme ne sont plus au centre de son oeuvre (bidon, j'ai dix ans, allo maman bobo). Il évoque ici les parachutes dorés, la condition d'une jeune femme en prison (8 mètres carré). Il se soucie du sort des clandestins ("elle danse") ou fait le bilan de l'utopie de 68 ("Rêveur"), avec des mots justes : "on voulait des matins doux et puis la foule s’est mise à marcher au pas de loi du marché », sans oublier d'évoquer l'amour ou les jupes des filles. Quelle que soit la gravité du sujet, les airs restent légers et les arrangements dépouillés. Le disque est produit par Renaud Létang que tous les chanteurs s'arrachent, désormais. Voulzy n'apparaît que le temps d'une chanson critique envers celles et ceux qui voient en Castro un saint homme, en oubliant le sang qu'il avait sur les mains.Souchon signe un disque engagé, juste et doux, servi par une voix encore charmeuse. On admire une fois encore cette plume enviable de jeune sexagénaire toujours aussi doué pour capter l'air du temps.

Souchon
Souchon © Radio France
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