Rufus Wainwright porte un nom imprononçable, le nom de son père qui a connu, dans les années 70, un succès que l'on compare souvent (en plus modeste, tout de même) à celui de Bob Dylan. Sa mère était choriste de Lou Reed, et les enfants Wainwright ont grandi dans cette ambiance de folk. Rufus et Martha sont devenus chanteurs, naturellement. On peut donc affirmer que Rufus est un song writer de naissance! Depuis dix ans, ses chansons (dont il signe paroles et musiques) passent de l'orchestration la plus baroque au traditionnel piano-voix. Rufus Wainwright possède, à l'instar d'un Jeff Buckley, une grâce exceptionnelle dans la voix et un talent de showman que les chanteurs français doivent lui envier. Il suffisait de le voir à l'Olympia, en avril dernier, reprendre intégralement le récital que Judy Garland avait donné en 1961 au Carneggie Hall de New York. Grippé, incapable de monter dans les aigus, il a fait de son insuffisance une performance, en s'amusant de ses "couacs". On a pu vérifier aussi sa "touche", cette manière si décomplexée et naturelle d'occuper la scène et de faire du spectacle une vaste caravane familiale où sa soeur Martha et la soeur de Judy Garland venaient de temps à autre donner de la voix (et quelle voix, cette Martha, jazz woman d'une sensibilité exceptionnelle!). Après dix ans de carrière durant lesquelles le trentenaire a bien failli ne pas se relever de ses frasques (drogue dure, sauvé par son ami Elton John qui l'a forcé à se désintoxiquer), le chanteur homosexuel qui s'amuse aussi en lançant des blagues gay sur scène, sort un 5è album, "Release the stars". Libère-t-il les étoiles? Pas à chaque titre. Rufus aime le cabaret, l'opéra, le folk, l'excès, le rococo. Il alterne ballades et pop symphonique sans doute trop orchestrée pour être totalement envoutante. Mais sur une douzaine de titres, 4 valent l'achat et l'écoute du disque. Le meilleur album du song writer reste le 4è, "Want two", plus doux, moins ampoulé. Si vous ne connaissez pas cette voix, écoutez-là. Et découvrez ce garçon fantasque(dont la place au Trianon à Paris le 22 mai atteint tout de même la somme honteuse de 80 euros), ce chanteur bien dans sa peau, ce canadien gay qui a grandi à Québec puis à New York, Berlin, puis New-York et qui après moulte aventures, connaît enfin l'amour (il l'avoue en interview)... "avec un grand Berlinois maigre"!

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