Il y a 40 ans, paraissait le double album "Saturday Night Fever", la bande originale du film qui révéla John Travolta à l’écran et fit des Bee Gees les stars mondiales du disco…

 Tournage de "Saturday Night Fever" de John Badham , en 1977 avecKaren Lynn Gorney et John Travolta
Tournage de "Saturday Night Fever" de John Badham , en 1977 avecKaren Lynn Gorney et John Travolta © AFP / Photo12.com - Collection Cinema / Photo12

La date de naissance du disco est difficile à préciser mais une chose reste certaine : sa grande vogue fut déclenchée à la fin de l’année 1977 avec la sortie mondiale du film de John Badham, La Fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever en VO). 

Au-delà de son triomphe au box-office, le disco devient surtout un phénomène sociologique incontestable. Ils seront des millions dans le monde à rejouer chaque week-end, dans les clubs, l’aventure qui révéla John Travolta à l’écran sous les traits de Tony Manero. Pourtant, au départ, peu nombreux furent ceux qui auraient misé sur une telle mode. Les Bee Gees eux-mêmes confesseront plus tard qu’ils ne croyaient guère au succès du film. 

La sortie française du film "Saturday night fever" au JT de TF1, le 3 avril 1978   

Pour une fois, les Américains vont être contraints à prendre le train en marche d’un mouvement dont ils ne sont pas les pères fondateurs, alors que, jusqu’à présent, toutes les modes musicales provenaient exclusivement d’Outre-Atlantique ou d’Outre-Manche depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Il n’est pas exagéré de préciser que l’Europe continentale, et plus particulièrement la France, se trouve à l’origine de la folle aventure du Disco. On peut citer Marc Cerrone (Love in C Minor), Jacques Morali et Henri Belolo qui ont présidé aux destinées des Village People, ainsi que David Christie qui, sous le pseudonyme de James Bolden, a écrit le planétaire I’ll Love To Love (But My Baby Loves To Dance) pour Tina Charles. Mention spéciale aussi pour Giorgio Moroder et Pete Bellote, le tandem qui, à Munich, a propulsé Donna Summer avec le sensuel Love To Love You Baby

Saturday Night Fever sera alors le plus fort succès mondial de toute l’histoire de la musique de film, avant d’être détrônée par la B.O. de Bodyguard en 1992. Parallèlement, elle marque le retour fracassant des Bee Gees au premier plan

En 1975, avec Jive Talking et Nights On Broadway, extraits de leur album Main course, les frères Gibbs inventent déjà l’irrésistible machine à danser qui les conduiront à la célèbre fièvre. Ce succès se poursuivra avec l’album suivant Children of The World, en 1976, notamment grâce au titre You should be dancing

Mais le plus gros séisme reste encore à venir ! 

Il était une fois au château d’Hérouville 

Maurice Gibb se souvient qu’en 1972, Elton John avait réalisé son album Honky Château en France, au studio d’Hérouville, propriété du compositeur Michel Magne. Il convainc ses frères, séduits d’aller enregistrer dans un château. Les Bee Gees n’étaient pas installés depuis six jours dans le Val-d’Oise que leur manager Robert Stigwood leur téléphone tout excité pour leur signaler la couverture de New York Magazine qui titrait Tribal Rites of the New Saturday Night sous la plume du journaliste Nik Cohn. L’article évoque une nouvelle mode qui transforme les jeunes de la classe ouvrière  en seigneurs des discothèques chaque week-end où ils oubliaient  leur condition sociale. Subjugué par cette histoire, Stigwood rencontre le journaliste et négocie les droits pour l’adapter au cinéma. 

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Si Stigwood connaît déjà ceux qui signeront la musique du film, il lui reste à dénicher la vedette de son film. Il se souvient alors qu’en montant le film Jesus Christ Superstar quelques années auparavant, il avait auditionné un acteur qu’il jugeait à l’époque beaucoup trop jeune : John Travollta. N’oubliant jamais un visage, il s’en souvient et le contacte. L’acteur déclarera à la sortie de Saturday Night Fever

J’ai auditionné pour Stigwood voici cinq ans, et c’est seulement maintenant qu’il me donne une réponse ! 

Robert Stigwood rappelle Hérouville et demande aux Bee Gees de composer cinq chansons pour le film en préparation. Les trois frères s’exécutent sans avoir jamais lu le script au préalable. Le producteur qui s’était souvenu d’une chanson que la fratrie chantait souvent autrefois en vacances aux Bermudes et dont le refrain répétait « Saturday night… Saturday night », leur demande d’en faire une version de huit minutes avec un pont-ballade au milieu : ce sera Stayin’ Alive

Dans la foulée, les Bee Gees écrivent et composent How Deep Is Your Love, Night Fever, If I Can't Have You et More Than A Woman qui seront ajoutés à la bande sonore du film. 

Pour l’anecdote, ces chansons ont été enregistrées dans l’escalier du château d’Hérouville, un endroit dont l’acoustique était préférée aux studios par les trois musiciens. 

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, en attendant que les bandes d’Hérouville soient livrées, John Travolta répète toutes les scènes de danse du film sur You Should Be Dancing. L’acteur adorait ce titre au point d’imposer à Stigwood de l’inclure dans la bande originale, même si la chanson était déjà sortie l’année précédente. Sera également intégrée la chanson Jive Talkin’ qui, elle, datait de 1975. 

En décembre 1977, Saturday Night Fever qui vient de sortir sur les écrans, se transforme aussitôt en phénomène de société. Le double album sera récompensé par cinq Grammy Awards et restera 24 semaines en tête des hits avec trois singles n°1 consécutifs. 

En outre, à ce jour, il deviendra la septième plus grosse vente d’albums de tous les temps, totalisant quelque quarante millions d’exemplaires.  Et la légende ne s'arrête pas là puisque la célèbre piste de danse a été vendue aux enchères en juin dernier.

En 1993, Maurice Gibb confiait à Libération que lors de l’enregistrement des cinq chansons du film au château d’Hérouville, le batteur des Bee Gees était tombé malade. Pour pallier son absence, ils ont dû recourir à la technique du « looping », en reprenant pour chacune des chansons, le même enregistrement de batterie. 

Maurice Gibb :

Cela sonnait bien, personne ne s’en est rendu compte sauf les professionnels. On avait, sans le savoir, inventé la batterie échantillonnée, la boîte à rythme. 

Outre les sept titres des Bee Gees, le double album Saturday Night Fever compile également les titres et les artistes les plus en vogue dans les clubs de cette fin des années 70 : Yvonne Elliman, Walter Murphy, Tavares, David Shire, Kool & The Gang, KC & The Sunshine Band, The Trammps et M.F.S.B. 

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