Après 6 ans d'absence, c'est le grand retour de l'exubérant Sébastien Tellier. Un 6e album aux tonalités électro inspiré par sa paternité et les tâches ménagères. Ce disque intitulé "Domesticated" repoussé pour cause de confinement, prend tout son sens dans cette période si particulière.

Après 6 ans d'absence, c'est le grand retour de l'exubérant Sebastien Tellier
Après 6 ans d'absence, c'est le grand retour de l'exubérant Sebastien Tellier © AFP / Alain JOCARD

Sebastien Tellier est l'un des premiers artistes à rencontrer à nouveau physiquement les journalistes, Matthieu Culleron s'est entretenu cette semaine à Paris avec lu, pour parler musique, confinement et famille musicale.

FRANCE INTER : C’est la paternité qui a visiblement inspiré ce nouveau disque ?

SÉBASTIEN TELLIER : "Cela faisait 5 ans que mon fils était né. Ma fille allait naître. C’est là que j’ai senti le poids de la vie domestique. Je me suis dit « Ohala je crois que je vais faire un burn-out ». Et puis je me suis rendu compte que je n’avais pas le choix. D’être père c’est un choc et c’est à partir de cet instant que je me suis dit que j’allais faire un disque là-dessus. Je n’ai jamais fait un album qui était aussi proche de la réalité de ma vie. Moi, les tâches ménagères ça me relaxe. Avant, j’avais une vision totalement romanesque de l’Art, de l’artiste. Les tâches domestiques ça te remet les pieds sur terre et pour être heureux, il faut avoir les pieds sur terre.

Déjà je voulais un album électro parce que ça marche bien avec le ménage. Le ménage l’objectif c’est que les choses soient propres voire trop propres. Et c’est donc pour ça que j’ai fait un album électro car le style correspond très bien à l’aspect propreté du disque. ça m’amusait d’aller piocher dans quelque chose de pas glamour pour en faire du glamour.

"J’ai un liquide vaisselle rose, il est légèrement nacré, il est magnifique ! Et moi je trouve que les liquides vaisselle ils sont parfois plus beaux que les plus belles peintures des grands maîtres !"

Sur le disque la voix est vocodée comme sur les albums de rap du moment.

"Moi j’ai toujours adoré les voix trafiquées : Stevie Wonder parfois, Daft Punk. ça faisait longtemps que j’avais envie de le faire  et d’avoir une voix hyper aiguë, mais j’ai 45 ans, j’au du fumer un million de cigarettes et je ne peux plus chanter très haut. Comme je voulais des grosses basses et une voix très haute j’ai trouvé cette solution. Je me suis dit que c’était l’occasion. En plus j’étais tombé sur l’album « Trans » de Neil Young où il utilise le vocoder. Et quand j’ai écouté ça je me suis dit « wow ! Ça passe nickel ! ». Du coup, j’en ai mis partout !"

Le titre Venezia est produit par Philippe Zdar qui est décédé accidentellement il y a un an à cette période.

"Ce titre je l’ai vraiment enregistré à Venise. J’ai emmené Philippe Zdar avec moi et c’était merveilleux. C’est la dernière fois que j’ai travaillé avec lui avant qu’il parte. Et ça a été un grand final ! Il était déchaîné ! Un moment il faisait de la batterie, juste après des percus, après il faisait chanter les spectateurs, après il revenait mixer puis soudain il faisait de sons de synthés. On a passé du temps ensemble et c’était formidable. Heureusement qu’il y a eu ça car je conserve avec cette chanson une petite trace de lui. C’est comme si j’avais quelque chose avec son odeur. À la fin de la chanson on l’entend, il est dans les chœurs." 

"J'ai la voix de Zdar présente sur ce disque, comme une dernière danse."

Autre disparition récente qui te touche de près, c’est celle du batteur Tony Allen

"Tony Allen c’est simple, c’est le batteur qui a joué sur mon morceau le plus célèbre (NDLR La ritournelle). C’est un titre que j’ai fait un matin vite fait mais quand la batterie est venue dessus, le morceau est devenu exceptionnel. Il a donné une énergie et une direction au morceau que je n’imaginais pas du tout. J’ai aussi joué avec lui en tournée. Un moment j’ai fait une résidence avec lui dans un endroit perdu dans les bois. Là j’ai vraiment vu comment il était. Un mec bien funky, malin, hyper intuitif, toujours super bien sapé, survet impeccable, petite chaîne en or. C’est quelqu’un qui a bien vécu. Je l’ai vu fumer de nombreuses cigarettes magiques et tôt le matin des grands verres de whisky mais quand je dis des grands verres,  des grands verres quoi ! Un peu comme des grands verres à soda dans un fast-food américain ! (rires) C’était ça Tony aussi. J’ai eu de la chance d’avoir connu ces gens-là."

Qu’est-ce que ça donne un Sebastien Tellier domestiqué et confiné ? 

"Et bien beaucoup de tâches ménagères évidemment. Je peux te dire que des sauces au vin j’en ai faites... Et puis ma fille adorait jouer à un jeu où j’étais elle et elle était maman. Je devais donc obéir à tous ses ordres et surtout très, très souvent faire semblant d’être malade. Donc j’ai passé le confinement à faire semblant de pleurer."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.