Le clip de "Thriller", parachèvement de la transmutation de Michael Jackson en Roi de la pop, a bien failli disparaître avant sa sortie en 1983.

Michael Jackson en live à Buffalo, août 1984
Michael Jackson en live à Buffalo, août 1984 © Getty / Joe Traver

5 juillet 2017 : le clip de Thriller affiche un bon 420 millions de vues sur la chaîne YouTube officielle de Michael Jackson. Mais il est en réalité impossible de savoir exactement combien de gens ont tremblé depuis ce jour de décembre 1983 en voyant l’œuvre de Michael Jackson et John Landis, écrite par Rod Temperton, rythmée par le sorcier Quincy Jones et hantée par la voix de Vincent Price. Par la suite, aucun autre clip vidéo n'a créé un événement équivalent. Pourtant, cette oeuvre a failli ne pas voir le jour.

Automne 83 : John Branca, avocat et manager de Michael Jackson, reçoit un appel. La personne au bout du fil est en larmes, en crise de panique et ne prononce pas un seul mot. Impossible de savoir ce que lui veut son interlocuteur. L’histoire se répète durant quelques jours. Comme le raconte J. Randy Taraborelli dans La Magie et la Folie, il faudra quelques jours à John Branca pour avoir le fin mot de l'histoire. Michael souhaite purement et simplement détruire les copies et interdire la diffusion du clip Thriller.

On peut aisément imaginer la stupeur de John Branca et de l'entourage de Michael Jackson. Il a tellement investi de lui-même pour faire le plus grand album de tous les temps. Ses proches s'inquiétaient de sa santé. A l'époque de l’enregistrement de l'album, Sam Moore (du duo Sam and Dave) le croise dans la rue et a d'abord pensé que c'était un clochard. Il a investi son argent pour réaliser ce clip qui parachève son ouvrage, sa transmutation.

Je ne suis pas comme les autres gars, je suis différent.

Avant même la sortie du clip, le tournage à Los Angeles est un événement. Les fans, informés par la radio (Twitter et Snapchat n'existaient pas à l'époque les enfants !) se précipitent sur le lieu du tournage. La maison de disque met la main à la poche mais Michael finance le projet aussi sur ses fonds. Le budget du clip est digne d’un film. On parle d'un budget approchant le million de dollars. Il contrôle toute la chaîne de diffusion. Lui qui fut le premier noir à être diffusé sur MTV, il impose à la chaîne ses conditions pour l'exclusivité du clip et fait faire le making of dont il vend ensuite les droits de diffusion.

John Landis filme en 35 mm. On y découvre un Michael Jackson au visage déjà transformé avec ce nez plus fin, en compagnie de la mannequin et playmate Ola Ray. Tous les codes des séries B de l'épouvante sont là : amours adolescentes très prudes, pleine lune, loup garou et zombie avec un Michael Jackson qui se transforme en monstre pour la première fois.

John Landis avait déclaré que le clip était une allégorie de ce qui arrivait à Michael Jackson, une transformation physique et psychique, entre ange et démon. Le monstre, celui qui est hors de la société et que le monde montre du doigt, c'est bien cela que Michael incarne. Dans la tradition populaire, le zombie est un vivant déchu, un vivant corrompu, un démon qui à l'image de Dracula a signé un pacte de sang. Il s'assure l'éternité mais aussi la damnation.

Et cela pose un problème car depuis 1981, Michael est baptisé comme témoin de Jéhovah. La mère de Michael est témoin de Jéhovah et Michael a suivi cet enseignement. Il est croyant, il fait du porte à porte et respecte les règles de sa religion. Mais si les fans ont eu vent du tournage, sa congrégation aussi. Elle ne peut accepter le caractère impie de l'oeuvre de Michael dont le nom signifie en hébreu "Qui est comme Dieu". La pression est tellement forte que Michael est prêt à renoncer à sortir le clip. Il appelle alors son manager John Branca pour faire détruire les bandes. Il faudra à John Branca force de diplomatie et de patience pour convaincre Michael de renoncer à cette folie. Il lui explique qu'il n'est pas dans la vie, il n'est pas (encore) ce qu'il incarne dans le clip. Ainsi, avant le début de ce court métrage, il fait inscrire cet avertissement :

En raison de mes fortes convictions personnelles, je tiens à insister sur le fait que ce film ne s'appuie en aucun cas sur une croyance en l'occultisme.

Avec ce clip, Michael Jackson fini d'imposer les codes qui marqueront la musique pop jusqu'à aujourd'hui. Il réalisa son rêve de faire l'album qui marquera l'histoire de la musique, reconnu par ses pairs. Quant aux Témoins de Jéhovah, ils appellent les fidèles à se détourner de lui. Peu lui importe désormais, il est à son apothéose.

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