Début janvier le chanteur sortait la première chanson de son prochain album à paraître le 9 mars, accompagnée d’un clip animé signé Sébastien Laudenbach, auteur de La fille sans mains, un très émouvant film d’animation primé au Festival d’Annecy. Histoire d’une rencontre entre deux artistes.

Capture écran du clip de la chanson Toute latitude de Dominique A par Sébastien Laudenbach
Capture écran du clip de la chanson Toute latitude de Dominique A par Sébastien Laudenbach © Sébastien Laudenbach/Dominique A pour 5/7

Pour quelqu’un arrivé par hasard dans l’animation, Sébastien Laudenbach excelle. Dans le clip Toute latitude, qu'il a réalisé pour Dominique A, les personnages apparaissent comme peints avec une économie de traits - la marque de son style. La chanson évoque la jeunesse, le temps de l’innocence, et de l’insouciance. En écho, le dessin animé onirique et poétique, fait la part belle au corps, et aux sensations, avec des couleurs lumineuses. Dans un décor de forêt, une jeune fille apparaît et disparaît. A la fin du film, les couleurs s’assombrissent, et Dominique A entre dans l’histoire avec une attitude bienveillante.

Si Sébastien Laudenbach écoute la musique de Dominique A depuis longtemps, (il avait même déjà dessiné une libre interprétation de la chanson Vasco), c’est au cours d’une rencontre récente à la Villa Medicis qu’il va lui faire part de son envie d’expérimenter le clip en animation. Deux ans plus tard, le chanteur lui passe commande de quatre clips du double album Toute latitude. 

Pour la chanson phare de l’album, Toute Latitude, le chanteur et le réalisateur ont juste évoqué l’idée d’une jeunesse un peu magique dans une sorte de forêt enchantée avec des créatures mythologiques… Ensuite Sébastien Laudenbach s’est laissé guider. Il envoyait progressivement le résultat de son travail à Dominique A pour validation, vingt secondes de clip par vingt secondes dans l’ordre chronologique du morceau,  avec comme seule consigne : « Si jusqu’ici tout va bien on continue, et si ça ne va pas, on change, on modifie ». Mis en confiance, Dominique A a même demandé à un moment à ne voir le clip qu’une fois terminé. Pour les titres suivants, Sébastien Laudenbach ne lui a même pas dit ce qu’il faisait. 

Sébastien Laudenbach travaille seul, sans scénario et sans storyboard

Capture écran de la bande annonce de "La Jeune fille sans mains" de Sébastien Laudenbach
Capture écran de la bande annonce de "La Jeune fille sans mains" de Sébastien Laudenbach / Les Films sauvages, les films Pélléas

La particularité de Sébastien Laudenbach ? Pour retrouver une certaine spontanéité, et gagner en légèreté, il dessine ses films, seul. Une démarche qu’il a expérimentée sur La Jeune fille sans mains (prix du jury au festival international du film d'animation d'Annecy 2016) qui a libéré « sa mise en scène, son trait, et même sa manière de penser l’animation ».  Il doit donc abattre une somme de travail phénoménale. Mais cette façon originale de travailler lui permet souplesse et improvisation, pas très éloignées de l’écriture d’une chanson, par tâtonnement

Le travail se constitue comme un modelage

Pour éviter le risque de perdre de vue l’histoire, Sebastien Laudenbach fait confiance à son entourage : régulièrement il montre le résultat à ses proches, et rectifie quand c’est nécessaire.

Concrètement, ce clip se fait entièrement sur ordinateur avec un logiciel dédié à l’animation (TV Paint) qui lui permet de décomposer le film image par image… Ensuite, c’est la technique de l’animation classique plutôt qui s’applique : pour une seconde, 12 dessins. Il y a aussi des plans sur lesquels il n’y a pas d’animation ou très peu, juste un mouvement de caméra sur un dessin qui vibre légèrement. Pour d’autres plans, comme la séquence non figurative avec des petites billes et des petits filaments du refrain de Toute Latitude, il utilise une des fonctionnalités du logiciel qui permet d’enregistrer un mouvement, pratiquement de façon continue. Le rendu est hypnotique, et poétique. 

Capture écran du clip "Toute Latitude" de Dominique A par Sébastien Laudenbach
Capture écran du clip "Toute Latitude" de Dominique A par Sébastien Laudenbach / Cinq7

Au départ, Sébastien Laudenbach voulait faire de la BD, «pour raconter des histoires en images». Mais il avait peur de ne pas trouver sa place, tellement admiratif des auteurs qui l’avaient nourri. Alors qu’il était étudiant à l’Ecole nationale des arts décoratifs, des élèves ont demandé la création d’une filière dédiée à l’art d’animer. Comme il était leur délégué, il a porté le projet et s’y est inscrit. Aujourd’hui, il se dit heureux de participer à cette période de l’animation, dans laquelle il reste encore beaucoup à défricher. 

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