Ce sont de véritables machines à tubes. Peu connus, mais indispensables. Ils sont probablement derrière le dernier succès de votre artiste préféré. Et, avec l'émergence des refrains chantés dans le rap, même les rappeurs font appel à eux.

Enregistrement en studio
Enregistrement en studio © Getty / Adriano Oliveria

La rappeuse Meryl était l'invitée de l'émission Le Grand Urbain à l'occasion de la sortie de son album Jour avant caviar, premier album pour celle qui s'est faite connaitre jusqu'ici comme "toplineuse", notamment pour Niska et Soprano.

"Topliner", "beatmaker", qu'est-ce que c'est ?

Si je vous dis "Allumer le feu", vous allez me répondre : Johnny Hallyday. Et pourtant, derrière ce tube se cachent Zazie, qui a écrit les paroles, et Pascal Obispo qui, avec l'aide de Pierre Jaconelli, a composé la chanson pour qu’elle soit finalement interprétée par Johnny Hallyday. Pascal Obispo, sur cette chanson, remplit à la fois le travail du beatmaker et du topliner

Le beatmaker compose les accords, l'instrumental. Le topliner, lui, doit essayer de trouver la mélodie. Celle-ci doit être efficace et rentrer dans la tête de l'auditeur. La palette de ces artisans de l'ombre peut varier. Certains se contentent de la topline en proposant un "yaourt" mélodieux sur l'instrumental : ils vont fredonner la mélodie qu'ils ont en tête en y ajoutant parfois des mots aléatoires pour que l'artiste puisse se projeter. D'autres font tout à la fois, des paroles à l'instrumental en passant par la mélodie. 

Si le beatmaker a toujours été présent dans l’industrie du disque, le topliner a, pendant longtemps, été un sujet tabou dans l'industrie de la musique. Car si on savait que Pascal Obispo composait pour son collègue Johnny Hallyday, d'autres topliners n'ont jamais eu la reconnaissance qu'ils méritaient : Rod Temperton par exemple, qui est derrière le tube Thriller de Michael Jackson ou encore Give Me The Night de George Benson.

Ces stars qui ont fait appel à la "topline"

Derrière la plupart des tubes se cache un topliner. Kendji Girac ou Gims, par exemple, sont entourés de topliners. Parmi les artistes les plus connus de l'industrie du disque, on peut citer Rihanna qui a fait appel à des topliners pour une grande partie de ses tubes : le titre Work composé par Partynextdoor ou encore What's My Name par Ester Dean, mais aussi, comme cité plus haut, Michael Jackson qui, lui, s'est inspiré du "yaourt" de Rod Temperton pour Rock With You

Même si la grande majorité reste dans l'ombre, certains passent sur le devant de la scène. Toplineuse pour Céline Dion ou Rihanna, Sia n'était pas encore connue lorsqu'elle a travaillé sur Diamond. 

Les choses ont évolué, aujourd’hui le topliner est beaucoup plus reconnu et crédité qu’auparavant et il y a de belles histoires comme celle de Sia ou encore Meryl.

Meryl, de toplineuse à rappeuse

La rappeuse, originaire de Saint-Martin en Martinique, s'est fait connaitre en avril 2018 avec le refrain, au ton estival, qu’elle interprète sur le morceau Cartel de Timal. Habituée à conceptualiser les refrains d'autres rappeurs, ses qualités sont utilisées dans ce titre de la meilleure des manières : chanter ce refrain.

Meryl va réitérer un peu moins d’un an après, cette fois-ci seule, avec le morceau Béni. Elle y rappe en créole, sa langue natale, et parle d’elle. C’est ce premier single solo qui va la faire sortir de l'ombre de Timal (détenteur d’un disque de platine pour son album Trop chaud) et lui donner de la crédibilité aux yeux des auditeurs de rap.

Meryl va continuer son ascension en sortant les morceaux Wollan et Ah lala, son titre le plus écouté jusqu’à présent. 

Elle était l'invitée d’Eric et Quentin dans Le Grand Urbain et y a interprété un titre inédit : Johnny

Émergence de la topline dans le rap français

Si les topliners sont aussi prisés dans le milieu du rap, c’est parce que ce dernier a évolué. Devenue la musique la plus écoutée dans l’hexagone, il s’est diversifié et touche maintenant un large public. La majorité des albums de rap français sont désormais composés de morceaux avec des refrains chantés par les rappeurs eux-mêmes. Et ça marche ! 

Si à l’époque, ils pouvaient s’appuyer sur des chanteuses R'n'B comme Sheryfa Luna ou Amel Bent pour interpréter des refrains mélodieux, aujourd’hui cette mode est passée. Avec le retour en force de l’autotune (cet instrument qui adoucit la voix), plus d’excuses, tout le monde peut s’y mettre. Or, cet outil musical ne fait pas tout. Les rappeurs ont donc besoin d’être entourés pour trouver les meilleures mélodies. 

Il y a tout de même des artistes qui respirent l’aisance quand il s’agit de mélodies : PNL, Maes, Landy ou encore Niska, etc. Cependant, un petit coup de pouce ne fait pas de mal et se révèle souvent être indispensable pour qu’un refrain reste en tête. C’est pourquoi le rap a droit, lui aussi, à sa nouvelle génération d’artistes avec les topliners.

Ce sont de véritables "couteaux suisses". Ils ne sont plus assignés à une seule tache mais peuvent composer l’instrumental, fredonner des mélodies, écrire les paroles. En France, ils travaillent directement avec l’artiste en studio. Ils peuvent échanger leurs idées, ainsi la collaboration est plus fructueuse qu’à l’époque, où ils se contentaient de renvoyer un fichier son. Ils sont là pour aiguiller l’artiste. Une session studio, c’est une réunion de personnes passionnées qui sont animées par un même fantasme : produire le meilleur morceau possible. 

La France connaît son petit lot de topliner/beatmaker. Si vous écoutez des productions de rap français, pensez à regarder les crédits, vous trouverez souvent les mêmes artistes : Le Motif, Junior Alaprod, Dany Synthé ou encore Heezy Lee, l’auteur du fameux gimmick "pouloulou" de Niska.

Aller loin

Pour vivre cette ambiance de feu qui anime les studios lors de la composition d’un morceau et mieux comprendre le travail d’un topliner ou d’un beatmaker, je vous invite à regarder la série de vidéos de Booska-P : "Un son en 1h".

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