Interviews élogieuses de responsables étrangers, messages de soutien venus du monde entier, commentaires rassurants : les journaux télévisés de la chaîne francophone CGTN-Français s'efforcent de livrer l'information la plus avantageuse possible pour le régime de Pékin face à l'épidémie.

CGTN-Français est une chaîne de télévision publique chinoise, censée soigner l'image du régime de Pékin auprès d'un public francophone.
CGTN-Français est une chaîne de télévision publique chinoise, censée soigner l'image du régime de Pékin auprès d'un public francophone. © capture d'écran / CGTN-Français

"CGTN français, un regard différent" clame un jingle. Diffusée à l'international par satellite et via son internet, CGTN-Français est la chaîne de télévision de l'État chinois, censée soigner l'image du régime de Pékin auprès d'un public francophone, notamment situé en Afrique. Comment aborde-t-elle l'épidémie de coronavirus ? Nous avons décortiqué les journaux télévisés de ces deux derniers jours.

Lundi 3 février, journal de 13h : "La Chine est confiante"

Le journal de la télévision publique chinoise francophone démarre avec une infographie, répertoriant les cas recensés du coronavirus 2019-nCov : 17 336 cas en Chine, dont 361 morts et 533 personnes rétablies. Le graphique s'attarde ensuite sur les cas confirmés à l'étranger. 

S'ensuivent quelques tacles aux États-Unis, dont la réponse à l'épidémie ne fait "qu'alimenter la peur et la panique", selon une déclaration du ministre chinois des Affaires étrangères que relaie la présentatrice du journal. "Une porte-parole a déclaré que la Chine n'avait pas encore reçu d'aide substantielle de Washington", poursuit la journaliste, rappelant que les États-Unis ont été le premier pays à retirer leur personnel du consulat de Wuhan et à fermer leurs frontières aux Chinois. 

Après l'interview d'une épidémiologiste résumant les dernières avancées de la recherche face à l'épidémie, place à un sujet sur les patients tout juste rétablis et qui sortent de l'hôpital. Ils apparaissent à l'image le visage flouté, avec dans les bras un imposant bouquet de fleurs visiblement offert par le personnel soignant. "Je me suis déjà remise de la maladie", lance l'une d'elle en direction de la caméra

"Je veux dire aux patients, 'n'ayez pas peur', mangez bien pour renforcer votre système immunitaire". 

Les reportages suivants détaillent la façon dont les autorités sanitaires s'appuient sur les technologies pour combattre l'épidémie, vantant notamment l'efficacité de kits de dépistage capables de délivrer un pronostic en 4 heures. La présentatrice en vient aux mesures de sécurité prises par Pékin. Certes, concède-t-elle, la vision des rues désertes peuvent susciter "des inquiétudes étrangères" sur la croissance de la Chine. "Cependant, grâce à l'économie numérique tellement développée, les gens peuvent travailler, étudier, faire des achats sans quitter leur domicile", martèle la jeune femme. 

Le téléspectateur se voit alors expliquée la vigueur de l'économie numérique chinoise, apprenant au passage que depuis l'épidémie, les ventes en ligne de légumes ont été multipliées par 9. "La Chine est confiante", conclut l'auteur du reportage.

Si certains pourraient trouver le temps long, à force d'être confinés chez eux, la chaîne préfère adopter un ton positif. "Je constate que rester à la maison n'empêche pas l'enthousiasme des Chinois pendant leurs vacances", déclare une correspondante. 

"L'épidémie donne du temps à la famille. Certains jouent au ping pong dans le salon, d'autres s'adonnent à la calligraphie".

Direction la France, à présent. Devant une image de Tour Eiffel, la correspondante de CGTN à Paris explique que le défilé du Nouvel An chinois a été annulé dans le XIIIe arrondissement de Paris. Elle décrit le fort élan de sympathie des Français, "impressionnés" par la construction d'un hôpital en moins de dix jours à Wuhan. Les "comportements excessifs ont été marginaux" rapporte-t-elle, faisant allusion aux racisme anti-chinois que le virus a parfois réveillé. "Les gens ne font pas l'amalgame, grâce aux efforts mis en place en Chine"

Lundi 3 février, journal de 19h : les étrangers "impressionnés" par la construction expresse de l'hôpital de Huoshenshan

Le journal du soir diffuse peu ou prou les mêmes reportages qu'à la mi-journée. Seule différence, une longue séquence (plus de 9 minutes) consacrée à l'hôpital de Huoshenshan, un établissement de 25 000 mètres carrés sorti de terre "en seulement neuf jours". "Oui, la construction est allée très, très vite", renchérit la journaliste en plateau. La présentatrice rappelle que "plus de 80 millions d'internautes de Chine et de l'étranger" ont suivi le chantier sur internet. "Pour les étrangers, ça a été très impressionnant de voir comment la Chine a pu mobiliser en neuf jours toutes les forces" nécessaires à la construction, acquiesce son interlocutrice.

Mardi 4 février, journal de 10h : l'épidémie, un "test majeur" pour la Chine

"Les dirigeants chinois qualifient l'épidémie de coronavirus de test majeur pour les systèmes du pays et pour sa gouvernance", commence le présentateur, avant un reportage indiquant que Xi Jinping a appelé tous les officiels à suivre les recommandations du comité central du parti. 

Après une interview de l'ancienne directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé Margaret Chan, et un reportage sur le Kenya qui envoie des équipement vers la Chine, place à un enregistrement vidéo du vice-ministre saoudien de la santé publique, qui loue "l'attitude ouverte et transparente" de Pékin, qui a rapidement transmis le génome du coronavirus à la communauté internationale. S'ensuivent des messages de soutien reçus de Russie. "Mettons le virus en quarantaine, mais pas l'amour", peut-on lire sur l'un d'entre eux. 

Mardi 4 février, journal de 12h : une "réponse sympathique aux messages racistes" apparus en France

Le journal s'intéresse notamment au mouvement #WeAreChina", apparu en France sur les réseaux sociaux en opposition aux discriminations subies par les Chinois. "C'est une réponse claire, rationnelle, sympathique, aux provocations et aux messages racistes", salue le responsable de l'association France Shaanxi. "La Chine combat ce virus pas pour elle-même, mais pour toute l'humanité", souligne-t-il. 

Un peu plus tard, un conseiller ministériel égyptien témoigne de sa foi dans "le grand peuple chinois", capable de lutter contre le virus "grâce à sa volonté et sa détermination". "La Chine est un partenaire de l'Egypte, de l'Afrique et du monde, mais elle représente aussi un besoin pour la création d'un nouveau système économique mondial". Avant de louer les efforts "considérables" réalisés par le régime pour éradiquer la pauvreté. "Cela a permis à l'humanité de retrouver sa splendeur originelle et ses valeurs".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.