En France et à l’étranger, les musées ont des règlements plus ou moins contraignants... Mais toutes les interdictions sont-elles légitimes ? Même si certaines ont l'air loufoques ou zélées, la plupart trouvent leur justification dans la sécurité ou l'évolution historique des musées.

Ne pas faire de photos "dans" la sculpture, une interdiction loufoque ?
Ne pas faire de photos "dans" la sculpture, une interdiction loufoque ? © Getty

Vous avez certainement déjà connu cette situation : vous arrivez dans un musée, votre appareil photo et votre sac à dos sur vous, et au moment d’entrer dans les galeries, un surveillant vous interpelle. Non, vous n’avez pas le droit de prendre de photos ou de garder votre sac à dos sur vous. 

Frustrant, n’est-ce pas ? Et pourtant, ces interdictions, qui sont souvent pléthoriques dans les musées, ont pour la plupart de bonnes raisons d’exister. Sur franceinter.fr, nous vous avons demandé de nous soumettre les “Ne Pas” les plus étonnants auxquels vous avez été confrontés, et nous avons essayé d’apporter des explications à ces interdictions avec Omer Pesquer, consultant numérique auprès des institutions culturelles et concepteur d’un “générateur de Ne Pas” sur Internet. 

#NePas... porter ses affaires sur le bras 

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FRANCE INTER : Quelle est la plus fréquente et la plus compréhensible des interdictions au musée ? 

OMER PESQUER :"C’est évidemment "Ne pas toucher". On a des œuvres très fragiles, voire ultra. C'est impossible de les toucher. Après, on a tout un ensemble d’interdictions qui en découlent et sont dues à la place du corps, par exemple l'interdiction de porter un sac à dos, car on peut heurter une vitrine.

Certains musées tentent d’expliquer pourquoi il ne faut pas toucher, voire le démontrent. À Oxford, un musée assez connu a fait ça : un petit cadre avec d'un côté des matières que l'on peut toucher, de l'autre les mêmes matières, qu'on ne peut pas toucher. On constate que du côté où l'on peut toucher, les matières se détériorent très rapidement."

#NePas... s'asseoir ou s’allonger 

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On nous a cité beaucoup d’interdictions liées à la place du corps. D’où cela vient-il ?

"Elles découlent de celle de ne pas toucher. Dans les musées, le corps est mis à distance. On ne peut pas courir, ni escalader. Ça a aussi à voir avec le musée tel qu'il était avant, qui était un lieu de construction du citoyen. Aujourd'hui, on est dans des musées qui sont autre chose. En ce moment, l'ICOM, le conseil international des musées, est en train de revoir sa définition du musée. De plus en plus,  d’anciennes interdictions entrent en collision avec des nouveaux usages, comme lorsqu’on trouve des dispositifs tactiles à côté d’œuvres qu’il ne faut pas toucher."

Est-ce que la question des nouveaux usages est aussi en jeu dans l’interdiction ou pas de photographier ? 

"C’est un très bon exemple, avec quelque chose qui a duré pendant des années au Musée d'Orsay, un vrai combat entre les pro-photo et les no-photo. Ça a été un champ de bataille, car le musée est un champ de bataille.

Ça a fini par une victoire des pro-photo réalisée par la ministre de la Culture de l'époque, Fleur Pellerin, qui a photographié deux Bonnard et les a publiés en ligne. Deux jours plus tard, le musée permettait les photos. Alors que précédemment, le directeur du musée avait dit que les gens qui prenaient des photos dans les musées étaient des barbares. Donc on a ce côté "opposition d'une culture savante", de gens qui savent, face à des gens qui ne savent pas ; alors qu'en face, on a des messages de la médiation, qui dit qu'il faut incorporer tout le monde, que tout le monde est bienvenu au musée. Les interdictions sont au cœur de ces plaques qui bougent dans les musées."

#NePas... amener ses enfants en poussette 

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Les conditions de circulation sont-elles aussi souvent à l’origine de ce genre d’interdiction ? 

"Oui : un autre problème dans les musées, ce sont les interdictions qui sont là pour aider à ce que le bien-être global de tous les visiteurs soit le meilleur possible. Les musées sont dans des tentations d'augmenter leur nombre de visiteurs, d'avoir des flux très importants. Quand certains musées, comme le Louvre, ont plus de 10 millions de visiteurs par an, il faut évidemment des contraintes assez fortes pour éviter que ce soit l'anarchie."

#NePas... avoir de stylo 

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On nous a aussi parlé de stylos interdits dans des salles...

"C’est une interdiction qui a existé dans plusieurs musées, car les stylos sont des objets pointus ! Pour ne pas risquer d’endommager les tableaux, ils étaient donc eux aussi interdits dans les salles."

#NePas... porter de chapeau 

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Ces interdictions peuvent-elles être liées aux prêteurs des œuvres, aux collectionneurs privés ?

"Cela peut arriver. Pour faire une exposition, il y a des dispositifs très complexes. Il arrive par exemple qu’une œuvre que l’on peut photographier dans un lieu ne puisse plus l’être dans un autre. Les musées doivent se faire prêter des œuvre. Même si l'œuvre est dans un certain musée avec certaines règles, le placement dans un autre musée fait que le prêteur peut choisir d'autres conditions. Ou alors qu'il va laisser des flous qui feront que le musée d'accueil ne prendra pas le risque d'avoir un procès, et donc qu'il va créer ces interdictions supplémentaires pour se protéger."

#NePas... photographier l’extincteur 

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On trouve des interdictions parfois très étonnantes… 

"Les catalogues de "Ne Pas" dans les règlements des musées, c'est un peu un catalogue à la Prévert. On a des dizaines de "Ne Pas" : au musée du Louvre par exemple, on a "Ne pas venir en maillot de bain" mais aussi "Ne pas utiliser une loupe pour regarder les œuvres" ou encore "Ne pas porter un casque de protection". Dans un autre musée, on trouve "Ne pas venir avec des objets nauséabonds". 

Chacun essaie d'avoir une sorte de catalogue le plus large possible pour se couvrir, mais en même temps cela provoque une accumulation amusante, d'autant plus que certains indiquent qu'il existe d'autres interdictions : au Louvre, une phrase précise que toutes les interdictions ne sont pas forcément mentionnées dans le règlement."

Faut-il supprimer toutes ces règles ?

"Supprimer toutes les interdictions, ce ne serait pas terrible. Faire de la pédagogie, c'est mieux. Chaque musée jongle de façon différente avec ces approches : il y a des musées qui cherchent des nouvelles formes de médiation, avec des messages vers le public. Il y a par exemple, au musée des Beaux-Arts de Lyon, un panneau indiquant les choses qu'on ne peut pas faire mais aussi ce que l'on peut faire. Cela incite à faire des choses qu'on ne fait pas nécessairement au musée.

D’autres musées utilisent des démarches assez poétiques pour formuler leurs interdictions : au Musée de la Chasse et de la Nature, l'interdiction de s'asseoir est représentée par un chardon sur les chaises. On comprend bien qu'il ne faut pas s'asseoir sur ce chardon."

Quel "Ne Pas" vous a le plus surpris ? 

"Ceux qui m'intéressent le plus sont ceux qui peuvent entraîner autre chose. Un "Ne Pas" célèbre est celui d'une chaussure à talon aiguille barrée de rouge. En 1964, le Louvre et d'autres musées interdisent les talons aiguille. Un jeune homme visite un musée parisien et voit cette chaussure barrée de rouge. Il s'appelait Christian Louboutin."

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