Dans "The Beautiful Ones", les fans pourront découvrir des croquis, des photos, mais surtout l'autobiographie qu'avait commencé à écrire le chanteur juste avant sa mort, en 2016. Le journaliste Dan Piepenbring y raconte également sa rencontre avec Prince à Paisley Park et l'ambition que celui-ci avait pour ce livre.

Allen Beaulieu a photographié Prince et son groupe pour l’album Dirty Mind, sorti en 1980.
Allen Beaulieu a photographié Prince et son groupe pour l’album Dirty Mind, sorti en 1980. © 1985 Allen Beaulieu

Les fans trépignent depuis des mois. Les mémoires inachevés de Prince, intitulés The Beautiful Ones (du nom de l'une des chansons de l'album Purple Rain) paraissent ce mardi dans les librairies américaines. Pour la version française, il faudra patienter deux jours de plus, jusqu'au jeudi 31 octobre. 

Prince nourrissait pour son autobiographie une grande ambition. Il avait mandaté, pour l'aider dans son entreprise, le journaliste Dan Piepenbring, à qui il avait confié sa volonté d'aborder pêle-mêle dans ce livre les questions raciales, la musique et la créativité. Mais le projet fut interrompu au bout de trois mois par la mort de l'artiste, victime à 57 ans d'une overdose de médicaments anti-douleur le 21 avril 2016, dans sa somptueuse résidence de Paisley Park (Minnesota). 

"The Beautiful Ones, Mémoires inachevés" (éd. Robert Laffont) sort en France le 31 octobre.
"The Beautiful Ones, Mémoires inachevés" (éd. Robert Laffont) sort en France le 31 octobre. / Robert Laffont

Récit d'enfance

Sur quelque 300 pages, The Beautiful Ones compile différents écrits, photos personnelles, collages, dessins. On y lit surtout l'autobiographie que Prince Rogers Nelson avait commencé à rédiger. Celle-ci s'arrête à la fin de l'adolescence, mais lève le voile sur une époque moins documentée de la vie du Kid de Minneapolis. 

Il y évoque son premier souvenir : celui des yeux de sa mère. "Parfois, elle plissait les yeux comme si elle allait nous révéler un secret. J'ai découvert plus tard que ma mère avait de nombreux secrets". Il raconte également comment celle-ci, plus tard, dépensait les économies de la famille dans des fêtes, demandant ensuite à son fils de lui prêter l'argent gagné grâce au baby-sitting. 

Prince sirote un jus d’orange en coulisse au cours de la tournée Dirty Mind en 1981.
Prince sirote un jus d’orange en coulisse au cours de la tournée Dirty Mind en 1981. / 1985 Allen Beaulieu

Prince se souvient aussi du style vestimentaire de ses parents musiciens, de leur séparation quand il avait 7 ans, de son premier baiser avec une fille, de son surnom, "Skipper", des crises d'épilepsie dont il souffrait, enfant, de la première fois qu'il a vu un film interdit aux mineurs.

Il évoque également son obsession d'alors pour Superman, le sentiment "étrange d'allumer la télé et de ne tomber que sur des héros joués par des Blancs". De quoi affecter l'estime de soi du gamin qu'il est alors, dit-il.

Ed Sheeran et Kary Perry en prennent pour leur grade

L'icône de la pop évoque ses premières influences musicales (James Brown, Aretha Franklin, Marvin Gaye, Ray Charles...) et le rôle joué par un DJ local. Dans certains extraits publiés par The Guardian, il égratigne l'industrie du disque : 

Il faut leur dire que même s'ils continuent à essayer de nous infliger du Katy Perry et du Ed Sheeran, nous n'aimons pas ça, et peu importe le nombre de fois où ils nous les passeront. 

Prince joue de la guitare au lit dans sa nouvelle maison de France Avenue, en avril 1978.
Prince joue de la guitare au lit dans sa nouvelle maison de France Avenue, en avril 1978. / 1986 Joseph Giannetti

L'écriture singulière de Prince

L'intérêt principal de ce livre est peut-être néanmoins la reproduction de l'écriture manuscrite de Prince. Ciselée, parfois illisible, explique Dan Piepenbring, elle reflète selon lui à la fois "la discipline et l'esprit libre" de la star. On y découvre aussi le code orthographique adopté par le musicien : un 4 (four en anglais) pour le mot "for", "eye" pour le pronom "I", et "U" for "you".

En introduction, le journaliste américain livre par ailleurs le récit de sa rencontre avec Prince (il y consacrait en septembre un long article dans les colonnes du New Yorker). Dan Piepenbring a alors 29 ans. La star ne voulait pas d'un auteur reconnu. C'est après lui avoir demandé de mettre par écrit ce qu'il pense de sa musique et comment il imagine leur collaboration que Prince fait son choix. Il dira  néanmoins regretter que Piepenbring n'ait pas fait personnellement l'expérience du racisme. 

Pour son autobiographie, le chanteur voit les choses en grand. Son livre doit surprendre, provoquer. Et pourquoi pas devenir une référence, un ouvrage qui passe de mains en mains, démontant les thèses racistes. 

Prince voulait également se réserver le droit de retirer à tout moment le livre de la vente, s'il avait le sentiment que celui-ci ne reflétait plus qu'il était. Ce sont finalement d'autres que lui qui auront eu le dernier mot sur la forme de l'ouvrage. 

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