L'institution lance son dispositif anti-harcèlement moral et sexuel. Votée au printemps dernier, cette cellule d’écoute est désormais opérationnelle pour les personnels, les députés et les collaborateurs.

L'Assemblée nationale lance son dispositif anti-harcèlement
L'Assemblée nationale lance son dispositif anti-harcèlement © Maxppp / Julien de Rosa

L’Assemblée nationale s’engage contre le harcèlement. Des cellules d’écoute et de prévention existent déjà au Sénat, depuis plus d’un an, et au Parlement européen depuis six ans. Cette fois, c’est au tour du palais Bourbon de lancer, en interne, un numéro vert et une plateforme internet, accessibles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. 

Si le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, se dit convaincu des effets préventifs et dissuasifs de cette cellule, Clémentine Autain dénonce, elle, un retard en la matière au sein de l’Assemblée nationale. Un lieu particulièrement propice au harcèlement, selon la député de la France Insoumise : "C’est un univers où les normes viriles peuvent être bien présentes. Il peut y avoir notamment des rapports de domination entre des jeunes collaboratrices et des députés parfois plus âgés". 

Selon un sondage de 2019, une collaboratrice sur deux affirme avoir été victime de blagues sexistes et sexuelles, une sur cinq victimes d'agressions sexuelles. La question des comportements sexistes à l’Assemblée nationale a émergé à la faveur de l’action du collectif "Chair collaboratrice", qui souhaitait la création d’un tel dispositif.

Une cellule composée d’un psychologue, un médecin et un juriste

Concrètement, après un premier échange avec un psychologue, trois formes d'accompagnement sont possibles : orientation vers un psychologue agréé avec cinq séances gratuites, transmission de l’analyse à Agnès Roblot-Troizier, la déontologue, et orientation vers un médecin, une organisation syndicale ou un avocat. Enfin, c’est un prestataire extérieur qui décidera de transmettre les dossiers, ou non, à la justice. 

Clémentine Autain s’inquiète d’un rapport de dépendance entre ce prestataire et l’Assemblée : "Ce dispositif n’est pas le plus opérationnel. Il aurait fallu une structure plus indépendante, plus pérenne dans ses financements. Il n’y a pas vraiment de possibilité pour cette cellule de saisir la justice."

En 2016, quand l’affaire Denis Baupin a secoué Europe-Écologie-Les Verts, Eva Sas était élue du parti dans l’Essonne. Elle avait demandé la démission de l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale, accusé d’agressions sexuelles. Aujourd’hui, elle porte un regard critique sur la cellule de l’Assemblée : "C’est une opération de communication. Il faut agir au niveau du pouvoir de la déontologue. Elle devrait avoir un vrai pouvoir de sanction à l’égard des députés". Jusqu’ici, la déontologue était garante de la lutte anti-harcèlement à l’Assemblée nationale. 

Une campagne de prévention accompagnera le lancement de la cellule. Le prestataire devrait remettre dans un an un rapport d’activité anonymisé. 

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