Après le confinement, et la crainte de nouvelles fermetures de classes, le CNESCO a fait une étude sur le numérique à l'école. La présidente du Centre national d'étude des systèmes scolaires, Nathalie Mons, évoque pour France Inter la question des inégalités numériques en fonction des territoires.

Selon cette étude du cnesco, à l'école primaire, les élèves disposent d'un ordinateur pour 12.
Selon cette étude du cnesco, à l'école primaire, les élèves disposent d'un ordinateur pour 12. © AFP / MARIJAN MURAT

Quelle est la place du numérique dans l’enseignement ? L’étude rendue publique par le centre national d’études des systèmes scolaires (Cnesco), après deux ans de recherches menées par 12 universitaires dans tous les domaines, arrive au moment où la plupart des parents et des professeurs se demandent si l'école à la maison va oui ou non reprendre, comme c'est d'ores et déjà le cas pour une partie des étudiants des universités située en zones d'alerte. 

Ce que révèlent ces recherches, c’est notamment l’ampleur des inégalités territoriales dans ce domaine. Quelques chiffres : sur l’ensemble du territoire, dans le primaire, on compte un ordinateur pour plus de 12 élèves. Inégalités des équipements mais aussi du réseau puisque 15% seulement des élèves dans les Outre-mer ont accès à la fibre quand 85% des Parisiens en bénéficient.

Nathalie Mons, professeur au Cnam et responsable du Cnesco a répondu à nos question sur ces fractures numériques territoriales. 

FRANCE INTER : A-t-on accès au numérique de la même manière dans toute la France ? 

NATHALIE MONS : on se rend compte aujourd'hui que les élèves ne sont pas égaux devant l'équipement scolaire de leur école. Ce n'est pas le cas au collège et au lycée où on a un équipement relativement convenable un peu partout. Mais par contre il y a un vrai problème dans l'enseignement primaire avec des écoles qui apparaissent vraiment sous-dotées à des endroits où malheureusement on attend ces équipements, c'est-à-dire les Outre-mer, mais aussi à des endroits où on les attend beaucoup moins notamment certaines grandes agglomérations comme Strasbourg, Lyon, Marseille. Aujourd'hui, ce sont les communes qui sont responsables des équipements et dans certains cas, soit parce qu'elles n'ont pas une politique assez volontariste, soit parce que ce sont des communes pauvres notamment dans la petite couronne, elles n’ont pas assez équipé leurs écoles.

Il faudrait donc engager une politique plus homogène à l'échelle nationale ?

Il faut compenser la décentralisation avec des plans numériques. C'est par exemple ce qui a été fait pour les collèges et les lycées, c'est ce qui explique qu'il y ait moins de disparité territoriale en collège et en lycée.

Les élèves sont-ils tous à l'aise avec les outils numériques ?

On se rend compte, quand on réfléchit aux usages numériques, que l'on n'oublie souvent les compétences technologiques des jeunes. Tous les adultes pensent que les tous les jeunes sont des geeks. Malheureusement ce n'est pas le cas. Quand on évalue précisément leurs compétences à manier un ordinateur, à produire des textes avec Word, à connaître les problèmes de protection des données individuelles, on se rend compte qu'il y a beaucoup de jeunes qui ont un niveau très faible de compétence dans ce domaine-là. En France, on a 43 % des jeunes qui ont des compétences faibles dans le maniement des ordinateurs et des outils numériques. 

Il faut pouvoir équiper les familles qui ont les revenus les plus faibles. On a encore 36 % des familles aux revenus les plus faibles qui n'ont pas d'ordinateur à la maison et un tiers des téléphones ne sont pas des smartphones et donc ne sont pas connectés à internet dans ces foyers aux plus faibles revenus. 

Comment aider ces familles les plus en difficulté économiquement ?

Il faut à la fois un chèque équipement. Il faut aussi un accès au passe numérique. Puisqu'on sait que les familles les plus défavorisées socialement sont aussi celles où les compétences technologiques les plus faibles.

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