Chaque année, en France, plus de 55 000 personnes se font opérer pour traiter une obésité sévère (sleeve, by-pass). Si cette chirurgie est bénéfique à long terme, les patients doivent être très surveillés par la suite. C'est ce que rappelle une étude publiée dans The lancet Diabete et Endocrinology.

À l'hôpital de Limoges, une opération (sleeve) pour traiter une obésité sévère.
À l'hôpital de Limoges, une opération (sleeve) pour traiter une obésité sévère. © AFP

La chirurgie bariatrique, qui restreint l'absorption des aliments, est en vogue. Chaque année, plus de 55 000 interventions sont réalisées. Elles consistent à réduire le volume de l’estomac ou à modifier le circuit alimentaire par les techniques du sleeve et du by-pass, sur des patients qui souffrent de graves problèmes d’obésité (c'est-à-dire un indice de masse corporelle supérieur à 40, ou supérieur à 35 avec complications associées).

Jusqu’à présent, aucune étude française n’avait mesuré les bénéfices et/ou complications à long terme d’une telle opération. Les équipes de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, de l'Assurance Maladie et du CHU de Brest se sont penchées sur le sujet et publient une étude dans la revue Lancet Diabetes et Endocrinology

Les travaux, basés sur les données de l’Assurance maladie, concluent qu'il y a un réel bénéfice sur le long terme à être opéré, en termes de mortalité. Malgré tout, l'opération est loin d'être anodine et les patients doivent le savoir

La mortalité des patients baisse s’ils ont été opérés

En tout 18 000 patients ont été suivis pendant sept ans. Il s’agissait de deux groupes homogènes - même répartitions hommes-femmes, patients comparables en terme de poids. Les membres du premier ont été opérés, contrairement à ceux du second, qui n’ont pas subi de chirurgie. 

Au bout de sept ans, on constate que les patients du groupe des opérés voient leur mortalité réduite de 36 %. “C’est une baisse significative dans cette population de patients dont on sait que l'espérance de vie est diminuée par rapport à des personnes qui font un poids standard. La mortalité est d’ordinaire plus forte chez les personnes obèses sévères, car elles accumulent toute une série de complications comme le diabète, l’apnée du sommeil ou des pathologies cardio-vasculaires” détaille le professeur Sébastien Czernikow, co-auteur de l'étude et chef du service de nutrition à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris

L’obésité est une maladie chronique et la chirurgie permet de passer à une autre étape de sa vie mais elle engendre une certaine contrainte.  

En revanche, les membres du groupe des opérés ont deux à trois fois plus de risques d'être hospitalisés pour cause de complications. Des complications post-opératoires, occlusions, ulcères, mais aussi et surtout des complications nutritionnelles (malnutrition, anémie). En effet, le tube digestif opéré, absorbe moins de vitamines et de minéraux et le patient doit donc prendre des compléments alimentaires. 

Le risque de la reprise de poids

Pour Sébastien Czernikow, ces résultats montrent que l'opération en soit ne suffit pas, pour éviter les complications, il faut observer une vraie discipline, ce que trop de patients oublient : “Ce qui nous inquiète le plus c’est la reprise de poids. Les patients vont revenir vers une vie plus normale, se sentir mieux, mais seront peut-être moins vigilants sur la façon de s’alimenter, arrêter ou diminuer l’activité physique alors que ce sont déterminants importants pour conserver le bénéfice de la chirurgie”. 

Car si l'opération est un acte ponctuel, l'obésité est une maladie chronique qui nécessite une surveillance à vie, un suivi médical rigoureux, et qui exige une hygiène comportementale irréprochable. Cinq ans après une chirurgie pourtant, 40 % des patients ont disparu dans la nature, par négligence ou parce qu'ils imaginent à tort qu'ils sont guéris.

Le professeur Sébastien Czernichow est l'auteur du guide pratique “Obésité, quand et comment avoir recours à la chirurgie bariatrique”, au éditions Marabout.

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