Dans les premier temps de l'épidémie de coronavirus, les recommandations du Haut Conseil de la santé publique ont été particulièrement radicales. Kathy, dont le mari est décédé le 18 mars, veut aujourd'hui crier sa douleur et son incompréhension.

La douleur de ne pas avoir pu organiser les obsèques est longue à se dissiper
La douleur de ne pas avoir pu organiser les obsèques est longue à se dissiper © AFP / César MANSO

"Pour l'instant c'est juste le vide, l'absence". Kathy a perdu son mari, mort le 18 mars du Covid-19. Aucune cérémonie n'a pu être organisée. Elle a seulement pu récupérer l'urne funéraire, déposée chez elle par le personnel du funérarium. Aujourd'hui, elle dénonce "la violence" et la "brutalité"  d'une situation "dont nos politiques n'ont pas conscience". 

Mesures radicales

Avec l'arrivée de l'épidémie de coronavirus, l'urgence a été d'éviter toute contamination des professionnels comme des familles. Si bien que dans les premiers temps de la crise, des mesures radicales ont été prises : aucun soin funéraire possible, une mise en bière immédiate, sans présentation à la famille. "Mon mari a été 'ramené', avec un accord préfectoral, dans le petit village des Côtes-d'Armor où nous habitons. Il a été transporté dans des sacs étanches, avec les draps mêmes dans lesquels il avait reposé", expliquait Kathy, ce jeudi, à l'antenne de France Inter. 

"Là, l'entreprise de pompes funèbres m'a dit que mon mari était bien arrivé, je leur ai dit qu'il souhaitait une crémation". Puis, le silence. Kathy reste sans nouvelles durant une semaine. "J'ai appelé les pompes funèbres. Ils m'ont dit qu'ils étaient absolument débordés, mais qu'ils avaient pu trouver un créneau, le samedi matin, donc que tout avait été fait et que l'urne était bien rangée."

"Ils ont déposé l'urne dans le garage"

Les pompes funèbres proposent à Kathy de garder l'urne, jusqu'à temps qu'elle puisse venir la chercher. "Sauf que moi, comme j'avais été avec un grand malade, je ne pouvais même pas sortir de chez moi. Donc, très gentiment, ils ont déposé l'urne dans le garage où je suis allée la chercher."

"Et puis, il n'y a rien eu", poursuit Kathy. Car ses filles sont confinées à Paris, son fils a dû repartir à Montréal. "Mon mari était musicien. Il y a plein de gens du monde de la musique, de l'Opéra de Paris, de partout, qui ont téléphoné et qui m'ont dit 'peut-on faire quelque chose ? Peut-on venir jouer ?' Je leur disais non, il n'y a rien parce qu'on ne peut rien faire."

"On est interdit de tout, même d'aller au funérarium. C'est très dur."

Pour Kathy, cette situation est inhumaine. "Même dans les sociétés les plus primitives, qu'on a tendance parfois à regarder de haut, il y a un accompagnement de la mort, du deuil, du mort. Tout ça, ce sont des décisions techniques, administratives, mais qui ne tiennent pas compte de l'humain. On en crèvera. Je suis abasourdie de ce qui se passe." 

Actuellement, le nombre de personnes assistant aux cérémonies funéraires est limité à 20 personnes.

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