On les appelle les OFNI : les objets flottants non identifiés. Cette année encore, ils ont fait des dégâts sur le Vendée Globe, le tour du monde à la voile en solitaire. Une collision violente avec un OFNI et c'est la fin de l'aventure. Il existe des solutions pour réduire les mauvaises rencontres.

C'est à cause d'un OFNI que l'un des favoris du Vendée Globe a dû rapidement faire demi-tour. Son safran a été endommagé par une collision en mer.
C'est à cause d'un OFNI que l'un des favoris du Vendée Globe a dû rapidement faire demi-tour. Son safran a été endommagé par une collision en mer. © Olivier Blanchet / Alea #VG2020

Il y a quatre ans lors du précédent Vendée Globe, Tanguy de Lamotte s'était fait une belle frayeur. "Vous voyez ce que je vois, s'exclame le skipper dans une vidéo. Un gros bidon qui flotte, un cube jaune. C'est le genre de choses qu'on préfère voir que de les toucher." 

D'autres n'ont pas eu cette chance cette année. L'un des favoris Jérémie Beyou a été obligé de rentrer au port deux jours après le départ. Son monocoque véloce (Charal) a tapé un OFNI endommageant au passage l'un de ses safrans. Moins dommageable, Maxime Sorel (V and B - Mayenne) a raconté avoir fait "un arrêt buffet" après avoir tapé quelque chose alors qu'il faisait route au large de l'archipel du Cap-Vert. "Mon voilier a tapé sur quelque chose alors que j’étais en train de manœuvrer, poursuit le jeune skipper.Toutes les affaires à bord ont bougé. Une voile, qui était sur le pont, a fait un saut de 3 mètres." 

Les chocs avec un OFNI sont le premier risque d'accidents en mer
Les chocs avec un OFNI sont le premier risque d'accidents en mer / Armel Tripon / L'Occitane en Provence #VG2020

Les OFNI : un acronyme pour désigner des bouts de bois, les containers qui flottent, parfois entre deux eaux, mais aussi les cétacés qui sont souvent les victimes collatérales de ces chocs. Avec les bateaux de dernière génération, le risque s'est accru. "On a des bateaux qui vont de plus en plus vite et quand on tape, ça a de plus en plus de conséquences, explique Kevin Escoffier (PRB), l'un des concurrents du Vendée Globe. On a des bateaux de plus en plus larges avec les foils (des appendices de carbone qui dépassent de la coque) et donc, on va taper de plus en plus souvent. Il faut absolument avoir à bord des systèmes qui réduisent le pourcentage de chances de taper." 

"C'est toujours mieux de perturber un cétacé que de le taper" Kevin Escoffier

Pour réduire le danger, les bateaux embarquent de plus en plus de moyens pour mieux détecter ces objets flottants, en plus des traditionnels radars. "Nous avons des caméras en tête de mât, avait détaillé Kevin Escoffier avant le départ au micro de France Inter. On le fait avec des Pinger dans le bulbe de la quille : c'est une technique utilisée par les bateaux de pêche avec un signal sonore installé sur les chaluts pour éviter de pêcher des mammifères ou des cétacés. Même si ça les perturbe un peu, nous ne faisons que passer et c'est toujours mieux de les perturber que de les taper."   

Parmi les solutions pour limiter les chocs en mer, il y a Oscar : un système de caméras installé en haut des mâts pour détecter les objets flottants
Parmi les solutions pour limiter les chocs en mer, il y a Oscar : un système de caméras installé en haut des mâts pour détecter les objets flottants / Jean-Marie Liot / Alea #VG2020

Parmi ces innovations, il y a Oscar, l’œil du bateau : un appareil avec 3 caméras dont 2 thermiques pour la nuit. Installé en haut du mât, il peut détecter certains de ces OFNIS. "Des petites boues de pêche, des petits navires difficilement visibles, des billes de bois, tout objet qui sort de l'eau", assure Solenn Gouerou, chef de projet chez BSB Marine, la société bretonne qui a développé ce concept. Tout est parti d'un constat : "les collisions sont le premier risque d'accident en mer". 18 bateaux (sur 33 au départ des Sables d'Olonne le 8 novembre dernier) sont équipés d'Oscar qui permet d'alerter le navigateur sur une distance de 600 mètres. "Il est averti grâce à une alarme après qu'Oscar a détecté et identifié l'objet flottant, explique Solenn Gouerou. Le skipper a une application sur sa tablette ou via son ordinateur de bord reliée à un buzzer qui envoie une alarme quand l'objet est détecté." 

Mais comme pour la météo, il y a une forte part de chance sur ce sujet des OFNI. Et ça, aucune technologie ne pourra rien y faire !

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