Certaines personnes handicapées mentales mettront, dimanche, pour la première fois, un bulletin dans une urne. 300 000 majeurs sous tutelle ont recouvré le droit de vote en 2019. Des associations et institutions organisent des ateliers pour les préparer. Reportage auprès de l'Armée du Salut à Artenay dans le Loiret.

Les travailleurs handicapés et les éducateurs de l'ESAT d'Artenay en plein jeu de l'oie sur les élections municipales
Les travailleurs handicapés et les éducateurs de l'ESAT d'Artenay en plein jeu de l'oie sur les élections municipales © Radio France / Hélène Chevallier

Amélia avance son pion, une pince à linge colorée, sur un plateau de jeu de l'oie où le mot VOTE apparaît au centre. Avec quatre autres camarades de cet établissement et service d'aide par le travail (ESAT) de l'Armée du Salut, elle participe à un atelier pour comprendre le fonctionnement des élections municipales. Pour avancer, la jeune femme doit répondre à des questions. "Comment prends-tu connaissance de la date des élections?" lit Amélia. À son froncement de sourcils, Julie, étudiante en BTS Services et prestations des secteurs sanitaire et social en stage dans l'établissement, reformule la question : "-Comment sais-tu qu'il faut aller voter le 15 mars ?" -"En allant à la mairie ? ", répond timidement la jeune femme.  

Dans cet atelier, tous les participants ne sont pas au même niveau, certains lisent très bien, sont très au courant du fonctionnement d'un vote, d'autres déchiffrent péniblement les cartes sur lesquelles sont rédigées les questions. "Le plus dur est de se mettre à leur place pour qu'ils réussissent à comprendre", constate Julie."On a mis des images, on a écrit les questions en FALC, 'Facile à Lire et à Comprendre'. Le côté ludique du jeu les met face à des situations et leur permet de mieux comprendre".  

Surmonter la peur du bureau de vote

Nouvelle question, cette fois, c'est à Laetitia de répondre : "Peux-tu mettre ton bulletin de vote dans l'enveloppe devant tout le monde ? " l'interroge Julie. "Bah non!" réplique immédiatement la jeune femme. Puis, elle hésite : "Faut se mettre dans le truc, je ne sais plus comment ça s'appelle. La petite cabane." Julie l'aide : "Oui c'est cela, l'isoloir." 

Les mots ne sont certes pas toujours les bons mais le principe est compris. "Le but de ces séances est que les participants gagnent en confiance" explique Dominique François, coordinateur des ateliers pédagogiques de l'ESAT : "Il va y avoir tout un travail de cérébralisation qui va permettre à la personne d'accéder au vote et de pouvoir surmonter un imprévu, parce qu'effectivement on ne va pas avoir décrit la situation parfaite du bureau de vote. Il vont pouvoir se remémorer tout ce qui a été dit et à partir de là, surmonter l'échec".  

Une affiche sur le déroulement des municipales en FALC (Facile à Lire et à comprendre) a été collée dans l'entrée du Château d'Auvilliers, établissement multi-accueil de l'Armée du Salut.
Une affiche sur le déroulement des municipales en FALC (Facile à Lire et à comprendre) a été collée dans l'entrée du Château d'Auvilliers, établissement multi-accueil de l'Armée du Salut. © Radio France / Hélène Chevallier

Amélia s'est aperçue pendant l'atelier qu'elle possédait une carte électorale, la jeune femme de 20 ans ira donc voter pour la première fois ce dimanche 15 mars. Reste une question pour le moment sans réponse pour les participants : pour qui voter ? Les programmes des candidats sont en effet loin d'être accessibles à tous. 

Le droit de vote pour les majeurs sous tutelle a été décrété lors de la loi n°2019-222 du 23 mars 2019. Les personnes sous tutelle ne peuvent plus être empêchées de voter sur décision d'un juge.  Jusqu'alors, lorsqu'il ouvrait ou renouvelait une mesure de tutelle, le magistrat statuait sur le maintien ou la suppression du droit de vote de la personne. Dans 80% des cas, le droit de vote était retiré. 300 000 Français étaient concernés, notamment en situation de handicap mental.

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