Le réquisitoire du procès fleuve du Mediator, où plus de 4.000 personnes se sont constituées parties civiles, débute ce mardi. Les laboratoires Servier encourent de lourdes peines d'amende.

Ce mardi, les deux procureures qui ont assuré les 7 mois d’audience vont se relayer pour le réquisitoire.
Ce mardi, les deux procureures qui ont assuré les 7 mois d’audience vont se relayer pour le réquisitoire. © AFP / Fred Tanneau

C’est un procès fleuve qui entre dans sa dernière ligne droite : le procès du Mediator, un médicament antidiabétique des laboratoires Servier, accusé d’avoir causé la mort de plusieurs centaines de personnes et blessé des milliers d’autres, notamment par des atteintes aux valves cardiaques. Ouvert en septembre, interrompu deux mois pendant le confinement, le procès se terminera le 6 juillet.

Ce mardi, les deux procureures qui ont assuré les 7 mois d’audience vont se relayer pour le réquisitoire, qui durera un jour et demi (mardi, toute la journée, et mercredi matin). Plus de 4.000 personnes se sont constituées parties civiles, les unes pour homicides et blessures involontaires, les autres pour tromperie aggravée. Ce qu’elles attendent ? Des réparations financières, mais aussi que les laboratoires et ses dirigeants (dont l’ex numéro 2 Jean-Philippe Seita) soient lourdement sanctionnés. 

"On a beaucoup souffert"

Kader a pris du Mediator pendant 14 ans, pour son diabète. Il a été opéré des deux valves cardiaques. Avec sa femme et sa fille, il n’est venu qu’une seule journée au procès, pour écouter plaider son avocat. Tous les trois attendent une chose, depuis plus de 10 ans : que la justice passe.

"On est là pour qu'ils paient un peu pour ce qu'ils ont fait. On a beaucoup souffert", lâche la fille de Kader. "Quand on entend tous les avocats et tous les arguments, on se dit que c'est quand même incroyable que Servier ne paie pas. On attend qu'ils paient pour tout ce qu'ils ont fait. En écoutant, on se rend compte que c'est plus grave que ce qu'on pensait. Ça fait vraiment très longtemps et il y a des informations graves qui ont été cachées."

"On se dit qu'on est chanceux finalement, puisqu'on a encore [mon père] avec nous".

Au total, les dommages et intérêts, demandés à Servier par les 4.000 personnes parties civiles au procès, avoisinent les 500 millions d’euros. Françoise, elle, n’est pas tombée malade, mais elle estime avoir été trompée par les laboratoires : "J'ai pris du Mediator pendant 9 ans. Ils nous ont quand même fait avaler des produits toxiques, c'est aberrant. Dieu merci je n'ai pas été trop touché. J'ai fait une échographie récemment, c'est infime. Mais plus tard, on ne sait pas ce que ça peut devenir."

"Quand on a avalé ça, on les prenait sans arrière pensée. On faisait confiance aux médecins, aux laboratoires. C'est de la tromperie." Françoise, victime du Mediator

"Qu'ils paient pour tout le mal qu'on a souffert", espère la femme de Kader, même si "la justice ne rendra pas la santé" de son mari. Mais elle apaisera un peu leur colère et leur sentiment d’avoir été trompés.

Servier encourt de lourdes peines

Les laboratoires Servier et ses anciens dirigeants encourent de lourdes peines d’amende, jusqu’à 5 ans de prison pour Jean-Philippe Seta, l’ex numéro 2, poursuivi pour homicides et blessures involontaires ; et des centaines de millions de dommages et intérêts. Des peines complémentaires comme une interdiction d’exercer en France pour le laboratoire peuvent aussi être prononcées.

Après le réquisitoire, les plaidoiries de la défense commenceront jeudi. Le jugement sera lui rendu au début de l’année prochaine.

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