En 20 ans, l'artiste français est devenu un visage incontournable, au sens propre. Il nous parle de ses affiches, de ses expos pirates, de sa vision de l'art... et nous dévoile ses prochains coups d'éclat.

Le sourire mutin et les lunettes de John Hamon vous disent sûrement quelque chose...
Le sourire mutin et les lunettes de John Hamon vous disent sûrement quelque chose... © John Hamon

Collée au détour d'une avenue parisienne, placardée devant le Louvre, voire projetée sur la tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe : c'est une tête à côté de laquelle il est difficile de passer. 20 ans que John Hamon exhibe ses binocles et son sourire en coin à la vue de tous. L'artiste français, qui revendique un "art promotionnel", multiplie aussi les "expositions pirates", pour protester contre un milieu verrouillé qui laisse, selon lui, peu de place aux artistes et à la création. Qui est John Hamon ? Quels sont ses prochains coups d'éclat ? Entretien avec le visage anonyme le plus connu du monde de l'art.

FRANCE INTER : D’où vient cette photo d’ado à lunettes et au sourire espiègle, affichée partout ? C’est bien vous ?

JOHN HAMON : "Tout à fait. C’est une photo d’identité scolaire, vous savez, ces portraits qui étaient faits dans certaines écoles. Elle a été prise lorsque j’avais 17 ans. Une photo d’identité, photocopiée des centaines de fois."

Et John Hamon, c’est votre vrai nom ?

"Cette question sur mon identité n’est pas anodine. Si je me présente en tant que John Hamon, c’est que je suis John Hamon. Le nom apposé sur ces portraits, que j’affiche dans la rue depuis 20 ans, est mon identité, et aussi mon identité artistique."

D’où est venue cette idée d’afficher votre tête ?

"C’est une photo qui est venue par la force des choses, au moment où il a fallu choisir une image pour me représenter en tant qu’artiste. Je trouvais que c’était ce qu’il y avait de plus en plus évident : le nom, John Hamon, et le portrait. Dans l’histoire de l’art, le portrait est quelque chose d’important. L’autoportrait, d’autant plus."

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Vous aviez déjà une appétence pour l’art…

"Oui, j’avais commencé à faire de l’art bien avant, à expérimenter des choses dans la peinture, la sculpture… J’étais assez jeune. Puis j’ai entamé des études d’art, qui m’ont amené à comprendre qu’une démarche pouvait peut-être être autre chose que de la peinture et de la sculpture, dans lesquelles je ne me retrouvais pas vraiment à cette époque. À un moment, quand j’ai compris qu’on pouvait faire d‘autres choses, j’ai tout de suite eu l’idée de me promouvoir en tant qu’artiste."

Comment se passent les "collages" ?

"Ce sont des affiches solides, que je colle de façon pérenne en hauteur. J’utilise une perche qui me permet de mettre les affiches dans des endroits difficiles d’accès. Après, il y a les campagnes d'affichage plus vastes ! Pour ces dernières, je suis soutenu par un afficheur politique, qui participe à mon travail depuis longtemps. Il m’aide à faire en sorte que les affiches soient visibles, car c’est la stratégie de ces campagnes. L’idée, c’est de rendre ces affiches massivement visibles sur un temps assez court."

Exemple d'une campagne d'affichage de John Hamon.
Exemple d'une campagne d'affichage de John Hamon. / John Hamon

Vous parlez d’ "art promotionnel". Comme quand on vend un produit ?

"J’utilise ce portrait pour me représenter comme un logo peut représenter une marque, sans non plus me présenter en tant qu’entreprise car ce n’est pas le projet. J’ai synthétisé cette démarche par la phrase suivante : 'c’est la promotion qui fait l’artiste, ou le degré zéro de l’art'. Je voulais que cette phrase ait une sonorité aussi courte qu’un slogan, et cette position de promotion me semble pertinente. 

Très prochainement, je vais d’ailleurs sortir le 'Manifeste de l’art promotionnel', qui va revenir sur cette notion et essayer de regrouper tous les artistes du passé, du présent et du futur dans ce mouvement de l’art promotionnel, car je considère que les artistes font tous leur promotion."

John Hamon, c'est des affiches, mais aussi des projections "sauvages"...

"On pourrait plutôt dire 'projection libre'. Je prends la liberté de projeter ce portrait, qui me représente en tant qu’artiste, sans autorisation, sur différents monuments ou sur des musées."

On a d'ailleurs vu votre portrait projeté sur des monuments très prestigieux : l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Panthéon… Quelle est votre expérience la plus folle ?  

"Celle qui a été le plus compliqué en tout cas, c’est la Tour de Pise ! Car elle est surveillée par l’armée 24h/24… Je savais avant de lancer le projecteur que dans tous les cas je me ferais arrêter par l’armée, ce qui est quand même un peu délicat. J’ai passé un peu de temps en garde à vue à Pise. Vu que j’étais Français, je pense qu’ils n’ont pas voulu aller trop loin dans la paperasse, c’était trop compliqué. Un général est venu pour dire que ça allait, et finalement j’ai été relâché. Ce sont des anecdotes qui font partie de ma démarche."

John Hamon sur la tour de Pise (avant intervention des forces de l'ordre)
John Hamon sur la tour de Pise (avant intervention des forces de l'ordre) / John Hamon
La Tour Eiffel a aussi eu droit aux honneurs de l'artiste
La Tour Eiffel a aussi eu droit aux honneurs de l'artiste / John Hamon

Des projections donc, et des "expositions libres", aussi ?

"Oui ! La première date un peu, au musée d’Art moderne en 2002. J'avais glissé mes affiches dans les panneaux d’affichage dédiés à leurs prochaines expositions. J’ai fait aussi le Palais de Tokyo, et le musée du Louvre l’année dernière. À chaque fois, je mets en place une campagne d’affichage qui vient reprendre l’identité graphique de ces musées, en mettant mon portrait sur l’affiche, plus ou moins réinterprétée selon le musée. Pour le Louvre, j’avais refait La Joconde en fondant mon portrait sur Mona Lisa. J'avais aussi créé un filtre Instagram qui permettait de détourner les œuvres du Louvre en y apposant mon portrait."

La Joconde sauce John Hamon
La Joconde sauce John Hamon / John Hamon

Question qui peut sembler un peu triviale : cela vous coûte-t-il cher d’organiser tout ça ? Et arrivez-vous à vivre de votre art ?

"J’ai commencé alors que j’étais encore étudiant. Avec de petites photocopies, en allant chez des photocopieurs pour étudiants, ce n’était pas encore des coûts astronomiques. On n’était pas encore sur le rétroprojecteur sur la Tour Eiffel. Après, les technologies ont évolué, ce matériel est de plus en plus accessible. Ça reste des coûts qui sont moindres par rapport à ce que peut valoir une campagne dans le métro ou même dans la ville sur des panneaux publicitaires.  

Maintenant, je fais toujours en sorte, quand j’ai un projet, d’éditer un poster en série limitée que je vends aux gens qui me suivent, ce qui me permet quand même de financer en partie la démarche et certains investissements. Puis, je fais confiance à ma bonne étoile pour me guider sur les chemins de la vie, et faire en sorte d’être autonome sans avoir à me poser trop de questions financières. Je vis en tout cas de plus en plus de mon art et suis de plus en plus indépendant."

Des projets dans les tiroirs de John Hamon ?

"Dans la suite du programme de ces expositions pirates, je travaille depuis deux ans sur la mise en place d’une exposition au Centre Pompidou. Elle devait avoir commencé, mais les événements sanitaires l’ont un peu ralentie. Une projection a déjà eu lieu, juste avant le confinement. Il va y avoir une campagne d’affichage, les affiches sont prêtes. Il y aura aussi une action sur laquelle je reste un peu mystérieux, parce qu’elle va certainement se passer à l’intérieur du musée, sans trop d’autorisation.

Quand John Hamon s'incruste au-dessus de Vasarely...
Quand John Hamon s'incruste au-dessus de Vasarely... / John Hamon

Et il y aura peut-être une action en justice. Car le Centre Pompidou a une mission qui est de rendre visible la création contemporaine sous toutes ses formes, mission qu'ils ne respectent pas vraiment. À un moment, il faut essayer d’aller un peu plus loin, ne serait-ce pour symboliquement montrer que quelque chose ne fonctionne pas bien, et que parfois il faut faire en sorte que justice soit faite.

L'affiche pour l'exposition pirate au Centre Pompidou, en septembre, est déjà prête.
L'affiche pour l'exposition pirate au Centre Pompidou, en septembre, est déjà prête. / John Hamon

Il y aura certainement aussi une campagne visant le ministère de la Culture, car c’est tout de même eux qui ont cette responsabilité : l’art est de moins en moins fait par les artistes. Il est dirigé par des haut-fonctionnaires, par tout un tas de gens qui sont à des postes de pouvoir. L’artiste est un petit peu la dernière roue du carrosse dans ce genre de hiérarchie, c’est quand même malheureux."

Ces "expositions libres", c'est aussi un moyen de vous imposer en tant qu'artiste dans un milieu difficile d'accès ?

"Ces expositions traduisent le fait que les artistes vivants ont une place assez réduite dans les institutions culturelles, et dans les musées en particulier. Une grande place est accordée à la conservation, ce que je ne remets pas en cause sur le principe. Mais il n’y a pas assez de programmes pour soutenir et rendre visibles les créations actuelles. 

J’en suis venu, par un manque flagrant de reconnaissance et de soutien de ces institutions, à organiser mes propres expositions, parce qu’en tant qu’artiste on n’est jamais invité pour participer à un programme d’expositions pour les jeunes artistes, des choses comme ça... finalement assez simples à organiser pour ces grands musées car ils ont des fonds importants et beaucoup de visiteurs, et ne mettent en avant que les artistes du passé. À un moment, il faut quand même faire un arbitrage : entre la conservation... et la création."

L'Arc de Triomphe revisité par John Hamon
L'Arc de Triomphe revisité par John Hamon / John Hamon
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