Le premier numéro de Tchika est sorti début juin. C’est un magazine pour enfants, de 7 à 12 ans, qui met en valeur les femmes, se bat pour l’inclusion et lutte contre les stéréotypes. Et même s’il s’adresse principalement aux jeunes filles, rien n’interdit aux garçons de le lire aussi !

Tchika nous révèle que la robe qui symbolise souvent les filles sur les pancartes des toilettes était en fait - et depuis toujours - une cape de super-héroïne !
Tchika nous révèle que la robe qui symbolise souvent les filles sur les pancartes des toilettes était en fait - et depuis toujours - une cape de super-héroïne ! © Tchika

Il s’appelle Tchika, et ça sonne un peu comme “chica”, fille en espagnol. Le slogan - “Faites du bruit, les filles !” - est écrit en gros sur la couverture. Ce trimestriel féministe pour enfants, inédit en France, a été lancé avec un premier numéro édité début juin à 2000 exemplaires, après un appel de fond record sur la plateforme Ulule. Vendu 10 euros, il vise, d’ici un an, les 10 à 15 000 exemplaires à chaque parution.  

Lutter contre les stéréotypes (sur le fond et la forme)

Je voulais un nom qui sonne énergique”, raconte Elisabeth Roman. Parce que les Tchikas, ce sont aussi les mascottes du magazine. “L’idée c’était de créer des filles avec des visages différents, des goûts différents, des couleurs de peau différentes, des formes” détaille-t-elle à propos de ces personnages, des filles pleines d’énergie, dessinées au fil des pages “pour que toutes les lectrices puissent s’identifier”.

Tchika reprend par ailleurs tous les codes d’un magazine pour cette tranche d’âge, avec des typographies faciles à lire, de grandes et belles images, un courrier des lectrices et un tuto pour réussir de belles ombres chinoises. Tous les codes sauf un, les couleurs : on a compté, le rose n'apparaît pas plus d’une dizaine de fois sur une cinquantaine de pages, contrairement aux magazines traditionnels “pour filles”.

Capture d'écran d'une recherche Google montrant plusieurs couvertures de magazines "pour filles".
Capture d'écran d'une recherche Google montrant plusieurs couvertures de magazines "pour filles".

Dans Tchika, c’est le orange qui prédomine. “On ne dénigre pas le rose, il n’est pas exclu, mais on l’explique”. D’ailleurs, ce premier numéro consacre une double page à cette couleur : non, on n’a pas toujours habillé les bébés filles en rose et d’ailleurs, pendant longtemps, filles et garçons étaient habillés pareil ; non, les infirmières ne sont pas obligatoirement des filles et les médecins des garçons ; non, le rose ne doit pas être la couleur de toutes les filles et oui, les garçons peuvent, eux aussi et s’ils le veulent, en porter.

Non, le rose ce n'est pas que pour les filles, nous dit Tchika.
Non, le rose ce n'est pas que pour les filles, nous dit Tchika. / Tchika

Quant au style d’écriture, Tchika, qui préférera dire “ta mère” plutôt que “ta maman”, a le mérite d’éviter le “gnangnan”. Il s’épargne toutefois des problématiques trop “adultes”, comme la question de l’écriture inclusive : “Les enfants ne connaissent pas. Et puis je m’adresse à des filles donc le discours est essentiellement féminisé. Lorsqu’on parle d’un métier mixte, on va parler des deux : les agricultrices et agriculteurs”, souligne Elisabeth Roman.

Mettre en valeur des femmes (et lutter contre la mentrification)

Au fond, l’intention de Tchika est claire : montrer aux petites filles qu’elles sont fortes, qu’elles peuvent avoir des idées et les concrétiser, qu’elles peuvent se construire seules et comme elles l’entendent. Pour preuve, ce poster (voir notre photo de une) qui nous révèle (oui, oui) que la robe qui symbolise souvent les filles sur les pancartes des toilettes était en fait - et depuis toujours - une cape de super-héroïne. Montrer aussi qu’avant elles, d’autres femmes ont accompli des tas de choses. En fait, Tchika lutte contre la “mentrification” (autrement dit, l’invisibilisation des femmes dans l’Histoire, comme on vous l’expliquait dans cet article).

L'histoire de Rosa Parks, une "super girl qui n'a pas voulu laisser sa place dans le bus", racontée par Tchika.
L'histoire de Rosa Parks, une "super girl qui n'a pas voulu laisser sa place dans le bus", racontée par Tchika.

Parmi les figures évoquées, on croise Rosa Parks, Frida Kahlo, l’héroïne de romans Fantômette, etc. Déjà vu, bâteau ? Un peu, mais il s’agit d’un premier numéro qui doit planter les contours d’un magazine et de sa ligne éditoriale. Page 14, on peut aussi faire la connaissance d’Amandine Henry, capitaine de l’équipe de France de football (oui, le mondial ne pouvait pas mieux tomber pour Tchika !).

On apprend plein de choses

Tchika a beau être un magazine féministe, il est ouvert à tous les sujets. Une double page est ainsi consacrée à la conquête spatiale et aux astronautes américains qui, il y a cinquante ans déjà, ont marché sur la Lune. Une autre est consacrée à des actualités scientifiques et là aussi, il y a de quoi apprendre plein de choses sur les abeilles ou les économies de plastique au marathon de Londres. On croise Annie Edson Taylor, la première personne à avoir franchi les chutes du Niagara dans un tonneau ; on apprend d’où viennent nos colères.    

Tchika raconte l'histoire d'Annie Edson Taylor dans sa rubrique "Les pionnières".
Tchika raconte l'histoire d'Annie Edson Taylor dans sa rubrique "Les pionnières". / Tchika

Je n’ai jamais eu de tabous sur les sujets à traiter : on peut tout expliquer, à condition de parler de notions que les enfants connaissent. Aujourd’hui, ils ont accès à beaucoup d’informations donc autant leur expliquer”, argumente la fondatrice de Tchika. 

Les garçons ne sont pas exclus (loin de là)

Les garçons, même si le magazine ne s’adresse pas spécifiquement à eux, n’en sont pas exclus, ni sur le fond ni sur la forme. Mais dans la lutte contre les stéréotypes, “autant les filles peuvent être fortes, ça commence à rentrer, autant, quand on commence à parler de rose, ou de jouer à la poupée s’ils le veulent, arrivent encore des réactions très violentes. Les gens sont moins prêts à ‘l’empowerment’ des garçons que des filles”, regrette Elisabeth Roman. Elle n’exclut toutefois pas de se lancer dans la rédaction d’un magazine similaire à destination des garçons. Car pour faire évoluer l’égalité femmes-hommes, rien de tel que de faire évoluer ensemble filles et garçons.

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