Le déconfinement se rapproche mais on sait déjà que dans les zones rouges, où le virus est encore très actif, il sera beaucoup plus lent qu’ailleurs. C’est souvent difficile à accepter quand déjà le confinement est une très forte contrainte, comme dans les quartiers dévaforisés. Reportage à Bourtzwiller, en Alsace.

Beaucoup des 15 000 habitants de Bourtzwiller ont de plus en plus de mal à vivre le confinement : certains n'hésitent plus à exprimer leur colère.
Beaucoup des 15 000 habitants de Bourtzwiller ont de plus en plus de mal à vivre le confinement : certains n'hésitent plus à exprimer leur colère. © Radio France / Jérôme Val

Le grand rassemblement évangélique de février dernier, sans doute à l’origine de la propagation rapide du coronavirus en France, a eu lieu à Bourtzwiller, le plus grand quartier de Mulhouse en Alsace, et l’un des foyers les plus virulents du Covid-19. Alors que le retour à la vie normale semble très loin, les 15 000 habitants du quartier balancent entre désarroi et colère. 

"Zone noire"

Cela fait 58 ans qu'Abdel-Karim habite dans le quartier. Son masque posé sur le guidon de son vélo, il raconte l’horreur des premières semaines du confinement, la mort qui rode partout à Bourtzwiller. "Si ça ne tenait qu’à moi, je mettrais la zone de Mulhouse en zone noire plutôt, et pas uniquement en rouge. Il y a eu beaucoup de dégâts autour de nous. On a tous perdu une personne, eu un malade dans notre entourage ou quelqu’un en réanimation. Donc pour moi, c’est une zone noire."

Entre les petites barres d’immeubles, il y a très peu de monde, seulement quelques voitures et le chant des oiseaux. Mais après sept semaines de confinement, il est difficile d’ignorer une colère qui monte. "On voit que les gens craquent vraiment", raconte Yacine qui se trouve devant un petit restaurant reconverti dans la vente à emporter. "Je vois des gens qui ont vraiment du mal à supporter tout ça. J’aimerais que ça s’arrête le plus vite possible." 

Un peu plus loin, une voiture s’arrête devant nous. Nous sommes interpellés par Karim qui a perdu son emploi avec la crise. Pour lui, zone rouge ou pas, le déconfinement doit se faire. "On sait que pour les soignants, la situation est très difficile. On sait que c’est dur, que le déconfinement va se faire progressivement, très doucement...

"Mais nous, on n’en peut plus : la police vient tous les jours, on sort comme des rats. On ne vit plus. Quand on sort, on a tout le temps la boule au ventre : les contrôles, la police, les attestations ou pas. Ça joue sur le mental et du coup, ça part un peu dans tous les sens ces derniers jours."

Comme partout ailleurs, toutes les structures comme les stades sont fermées
Comme partout ailleurs, toutes les structures comme les stades sont fermées © Radio France / Jérôme Val

Grande précarité

En plein ramadan, la mosquée est fermée, les associations n’accueillent plus personne. Un peu à l’écart, le stade, lieu traditionnel de rassemblement, est clos. "C’est un stade mort", se désole Toufik Barkat. Il est le président du club de foot du CS Mulhouse Bourtzwiller et lui a perdu sa mère, emportée par le virus. "Tout le monde est à la maison et cette situation nous rend triste. Plus personne ne fait de sport, on a du mal. On fait un footing et on se fait arrêter par la police. Ça me met en colère." 

Le quartier de Bourtzwiller, le plus grand de Mulhouse, classé parmi les 47 "quartiers de reconquête républicaine", selon la terminologie du gouvernement, compte 15 000 habitants avec beaucoup de précarité. Mohamed, lycéen de 17 ans, s’occupe d’une association pour les jeunes. "On a une population qui est très jeune. Avec la fermeture des écoles, aucune activité pour eux, des milieux sociaux qui sont très différents, on a maintenant la crainte, si cela perdure, d’un fort décrochage scolaire."

Le déconfinement est peut-être plus ou moins proche mais Bourtzwiller a déjà l’impression de vivre une histoire sans fin.   

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