L'agrément qui permet à l'association de saisir la justice n'a toujours pas été renouvelé, plusieurs mois après le dépôt de sa demande. Partie civile dans de nombreux dossiers médiatiques, Anticor craint ne plus pouvoir poursuivre sa lutte contre la corruption.

L'université d'été d'Anticor, en 2019.
L'université d'été d'Anticor, en 2019. © AFP / Jeremie Lusseau / Hans Lucas

Fer de lance de la lutte contre la corruption des élus et des hauts fonctionnaires en tout genre, Anticor retient son souffle. L'agrément qui lui permet de saisir la justice expire le 15 février. Et alors que la demande a été déposée il y a plusieurs mois, le gouvernement n'a, jusqu'ici, pas accepté son renouvellement, jugeant insuffisantes les réponses apportées par l'association sur son fonctionnement. "On nous cherche des poux, c'est une évidence", estime la présidente d'Anticor, Elise Van Beneden.

Dossiers politiquement sensibles

Fondée en 2002 dans le but de "réhabiliter le rapport de confiance qui doit exister entre les citoyens et leurs représentants", Anticor s'implique dans des affaires judiciaires en signalant au parquet des faits susceptibles de recevoir une qualification pénale. À son actif, de nombreux dossiers impliquant, pêle-mêle, Alstom, le Grand Paris, Mathieu Gallet ou encore Dassault. Récemment, l'association a obtenu la mise en examen de Richard Ferrand, l'ouverture d'une information judiciaire sur un possible conflit d'intérêt d'Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée. C'est également à la suite de sa plainte que l'actuel garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti est visé par une information judiciaire pour "prises illégales d'intérêt".

Mais pour se porter partie civile et plaider au sein d'une enceinte judiciaire, Anticor a besoin d'un agrément délivré par le gouvernement, et dont seules trois associations disposent aujourd'hui - les deux autres étant Sherpa et Transparency International. Une première demande de renouvellement de cet agrément a été envoyée l'été dernier au ministère de la Justice, elle a été perdue. La seconde demande, examinée depuis le mois d'octobre, est toujours en cours d'instruction.

Point de blocage

Les services de l'État ont demandé à Anticor l'identité de son plus gros donateur, expliquant vouloir s'assurer de son indépendance. Ce à quoi l'association se refuse, confortée le 1er février par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). "Depuis, on a reçu une trentaine de questions. À chaque fois qu'on répond à des questions, on en reçoit d'autres", s'agace Elise Van Beneden.

La présidente de l'association dénonce une procédure "politisée". "On a secoué le pouvoir comme il n'est plus du tout secoué. Anticor a fait des choix courageux en allant dans l'affaire Richard Ferrand, dans l'affaire Alexis Kohler." Elise Van Beneden souligne également le "paradoxe" de demander au gouvernement de renouveler un agrément qui lui a permis de porter plainte contre lui.

"On nous reproche quasiment notre militantisme, mais le militantisme n'est pas interdit par la loi. La corruption, elle, est interdite par la loi."

Si son agrément n'est pas renouvelé d'ici lundi prochain, Anticor se retrouvera dans l'impossibilité d'agir en justice.