En raison de la crise sanitaire, les organisateurs du Concours eurovision de la chanson ont décidé d'annuler l'édition 2020 de cet événement. Sur France 2, une soirée spéciale est organisée ce samedi. Mais nous vous racontons ce qu'aurait pu être L'Eurovision, si elle avait eu lieu.

Le groupe "The Mamas" faisait partie des favorites de l'Eurovision 2020, qui a été annulée
Le groupe "The Mamas" faisait partie des favorites de l'Eurovision 2020, qui a été annulée © AFP / JONAS EKSTROMER / TT NEWS AGENCY / TT News Agency

Comme l'Euro de football, les jeux olympiques ou bien d'autres événements, l'Eurovision n'aura pas lieu cette année. En raison de la crise mondiale liée au coronavirus, les organisateurs ont décidé, le 18 mars dernier, d'annuler l'édition 2020 du concours. À la place, les téléspectateurs découvriront samedi soir une soirée spéciale intitulée Europe Shine a Light, au cours de laquelle chacun des concurrents interprétera un extrait de la chanson qui aurait dû représenter son pays. 

Mais point de "Twelve points", pas de classement, zéro vainqueur à l'horizon. Pour pallier ce manque, plusieurs organisations et fan-clubs ont organisé leur propre compétition, invitant les internautes à voter pour leurs chansons préférées : au moins trois initiatives du genre ont été menées, dont une par la très officielle OGAE, l’Organisation générale des amateurs de l'Eurovision. Le service de streaming Spotify a, de son côté, fait son propre palmarès en fonction des titres les plus écoutés. Quant à la télé australienne, elle organise sa propre soirée de votes samedi soir à la place du concours. Nous nous sommes donc inspirés de ces classements pour imaginer, détails à l'appui, ce qu'aurait pu être le Concours eurovision de la chanson 2020, dans une dimension parallèle où la crise du Covid-19 n'est pas passée par là. 

"Welcome Europe"

Nous sommes le samedi 16 mai 2020, la météo estivale fait la une des journaux, images de plages bondées et de terrasses remplies à l'appui. Sur France 2, les téléspectateurs français découvrent donc, ce samedi soir, les finalistes de cette compétition, après deux demi-finales diffusées sur France 4 (très suivies ailleurs en Europe, mais dont globalement tout le monde se moque en France, l'artiste qui représente la France étant qualifié d'office chaque année – la France est encore l'un des cinq plus gros financeurs de l'Union européenne de radiodiffusion). 

Dans une salle Ahoy de Rotterdam pleine à craquer – où le public néerlandais attendait le retour de l'Eurovision dans son pays depuis 1980, la soirée est lancée dans une ambiance électrique, défilé des participants sur musique électro à l'appui, après la longue et habituelle séquence d'introduction sur laquelle les téléspectateurs ont déjà eu l'occasion d'entendre la voix des commentateurs français du spectacle, Stéphane Bern et un people plus ou moins lié à l'Eurovision (au choix, on peut imaginer Nana Mouskouri, Jean-Paul Gaultier, ou même Michel Leeb, le père du candidat français Tom Leeb). 

"C'est la bonne"

Comme chaque année, gros espoir pour la France, on n’a pas gagné depuis 1977 et la chanson L’Oiseau et l’enfant de Marie Myriam. On le dit, et on va le marteler toute la soirée, la France a été une fois dans le top 5 des bookmakers cette année, on a vraiment nos chances. La veille encore sur le plateau d’un talk-show branché, un journaliste spécialiste (autoproclamé) de l’Eurovision l’assurait : cette année, avec la chanson de Tom Leeb, c’est la bonne. 

Pendant toute la première partie de soirée, on voit se succéder, sur une scène panoramique et devant un immense écran lumineux entouré de nombreux rayons de lumière, les candidats des pays finalistes… et l'incontournable défilé des clones de tubes électro-pop du moment : Vincent Bueno côté autrichien, la grecque Stefania avec son tubesque Superg!rl, ou encore le groupe Val pour la Biélorussie. 

Impossible de ne pas voir une tentative de se rapprocher du style de Billie Eilish dans la performance dark, un brin dérangeante, et planante de Victoria, la candidate bulgare – elle était l'une des favorites des bookmakers dans les débuts mais s'est petit à petit laissée distancer, note Stéphane Bern, qui pourtant l'imagine bien gagner le concours. 

Les réseaux sociaux commentent aussi

Les candidats danois, Ben & Tan, se lancent dans une chanson un peu celtique qui ne déplaît pas aux commentateurs français. La drôle de chorégraphie du chanteur du groupe lituanien The Roop sur la chanson On Fire remporte l’adhésion des réseaux sociaux, gif à l’appui. Le hashtag #Eurovision2020 enregistre des records ce soir – au thermomètre de Twitter, ce sont pour l’instant les favoris -. 

Hasard du tirage au sort, nos voisins belges et suisses se succèdent : côté belge, c’est le groupe Hooverphonic qui est sur scène pour un titre intitulé Release Me. Le groupe de trip-hop salué par la critique et au succès international, connu par exemple pour son titre Mad About You, pose un cas de conscience sur les réseaux sociaux aux mélomanes (les vrais, disent-ils) : comment parler d’un groupe qu’on aime bien dans un événement dont on est censé dire du mal ? 

Une chanson en français pour la Suisse

Côté suisse, le candidat n’est autre que Gjon’s Tears, qui s’est fait repérer en France dans The Voice. Son titre Répondez-moi est le seul de la compétition à être interprété intégralement en français, l’occasion d’effleurer à l’antenne la polémique sur le titre de Tom Leeb — la chanson The Best in me a été renommée Mon alliée après s’être attirée les foudres d’une partie de l’opinion, jusqu’au ministre de la Culture. D’ailleurs la France arrive bientôt, plus que trois chansons, le compte à rebours est lancé sur France 2. 

La parenthèse enchantée de Gjon’s Tears est rapidement suspendue par le morceau qui représente l’Azerbidjan, une électro bien musclée portée par la chanteuse Efendi. Le titre met le feu dans la salle, jusqu’à la "Green room", la fameuse salle où toutes les délégations assistent au show – qui cette année a réintégré la salle après avoir été reléguée en coulisses l’an dernier. Pendant la présentation "carte postale" de la candidate australienne, Montaigne, Stéphane Bern et son collègue people se moquent gentiment des cheveux bleus et des pommettes rouges de la chanteuse, ça fait partie des incontournables de l’Eurovision en France, on se moque toujours un peu. 

La France et les favoris 

Arrivent la France et Tom Leeb, qui interprète Mon alliée dans une mise en scène minimaliste – comme souvent pour la France à l’Eurovision, les tentatives de sortir du cadre se sont rarement soldées par des réussites, les Fatals Picards ou Twin Twin peuvent en témoigner. C’était superbe, on va gagner, enfin mettre fin à la malédiction qui pèse sur la France, qui n’a plus gagné depuis 1977 et la chanson de Marie Myriam. Ou au moins faire un top 5, et si ce n’est pas le cas c’est que le vote aura été plus que jamais politique, disent les commentateurs, dont les voix couvrent les applaudissements tièdes du public. 

Ou alors, ce sera la faute à l’ordre de passage : la France n’a pas de bol, elle passe juste avant la grande favorite du concours, l’Islande et Daði & Gagnamagnið, pour la chanson Think About Things. Pull moche, dégaine improbable, clavier-guitare tout droit sorti des années 80 : dans leur cabine, les commentateurs français n’en peuvent plus de rire après que Stéphane Bern a reçu un texto de Laurent Ruquier lui demandant de lui ramener du concours le même pull que le chanteur. Pendant ce temps, folie dans la salle.

La chanteuse israélienne, Eden Alene, rajoute une couche d’ambiance dans la salle de spectacle. Ce qui laisse le temps aux commentateurs de respirer avant un nouveau fou rire provoqué par les costumes et la mise en scène des candidats russes, le groupe Little Big avec Uno. Nana Mouskouri (ou Jean-Paul Gaultier, ou Michel Leeb) avait pourtant bien lu la biographie du groupe qui parlait d’esprit décalé, de second degré et d’influences latines, ils ne s’attendaient pas à ça. 

Chouchous et anciens tubes

Mais voilà LES chouchous de Stéphane Bern, il en parle depuis le début de la soirée, on les voit enfin, The Mamas, les candidates suédoises. Look à la Supremes, avec robe noire et micros sur pied, elles délivrent une prestation pop de haut vol. Pour eux – et pour une partie des réseaux sociaux – les choses sont très claires : ce sont les gagnantes. 

La candidate maltaise, avec une chanson pop et épique taillée sur mesure pour les codes musicaux du concours, clôt le défilé des chansons, et avant d’attaquer un autre défilé, celui des points, l’entracte fait la part belle aux anciens tubes issus du concours, qui fête ses 65 ans. Sur la scène, d’anciens gagnants reprennent leurs succès, dont plusieurs néerlandais, comme Duncan Laurence, gagnant de l’an dernier, et le groupe Teach-In connu pour Ding a Dong, et jusqu’à Gigliola Cinquetti, gagnante pour l’Italie avec Non Ho L’Èta, gagnante… en 1964. 

Tiens, au cours d’une rétrospective en vidéo de grands titres, on voit passer Patricia Kaas, mais pas Marie Myriam (qui est la dernière à avoir gagné le concours pour la France en 1977, on vous l’a déjà dit ?)

And twelve points go to…

Et puis c’est parti pour l’interminable distribution des points, notablement raccourcie depuis que le représentant ou la représentante de chaque pays ne donne plus oralement que les 8, 10 et 12 points. Pour la France, Elodie Gossuin tente d’amuser la galerie (comme les trois dernières années) en chantant à sa façon un bout de la chanson de Tom Leeb — mais c’était plus facile avec les "Youhouhou" de la chanson d’Amir, J’ai cherché

Au terme du vote des jurys nationaux, le sort de la France, qui arrive à cinq places de la lanterne rouge, est plié. Mais Stéphane Bern jubile : les suédoises de The Mamas sont en tête, loin devant la Belgique et la Lituanie. L’Islande et Malte complètent le quintet de tête. Mais c’est sans compter sur le vote du public, qui depuis 2016 est annoncé séparément et en dernier lieu. Et avec près de 200 points supplémentaires accordés par le public, c’est l’Islande qui reprend la tête du classement, suivie par la Lituanie, la Suède, la Russie et.. la Suisse. La France remonte en milieu de tableau grâce aux votes du public, l’honneur est sauf. L’an prochain, l’Eurovision aura lieu à Reykjavik.

Voilà pour la soirée d’un univers parallèle. Dans le vrai monde, personne n’a gagné le concours – même si deux des classements parallèles organisés par les fan-clubs ont mis l’Islande en tête, et la Suède et la Lituanie dans le top 5, et la France dans la deuxième moitié du classement. Quant à l’édition 2021, elle sera organisée à nouveau à Rotterdam, et certains pays ont d’ores et déjà annoncé que leurs candidats 2020 les représenteraient à nouveau l’an prochain… mais avec une nouvelle chanson, les règles de l’Eurovision l’imposant. Peut-être que l'année prochaine, la France arrivera enfin à gagner, pour la première fois depuis Marie Myriam en 1977. 

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