Le témoignage accablant d'un diplomate américain mardi pourrait-il marquer la fin de la présidence Trump ? Les représentants démocrates l'espèrent. Ils enquêtent actuellement pour déterminer si une procédure en destitution serait justifiée ou non. Le processus est rapide mais complexe.

Donald Trump prononce son discours de l'Etat de l'union en février 2019 devant Nancy Pelosi et Mike Pence
Donald Trump prononce son discours de l'Etat de l'union en février 2019 devant Nancy Pelosi et Mike Pence © AFP / Cheriss May / NurPhoto

Donald Trump est empêtré dans une enquête de la Commission judiciaire de la Chambre des représentants (à majorité démocrate) sur une éventuelle procédure d'impeachment, qui pourrait ensuite mener à sa destitution. 

Que se passe-t-il actuellement ?

La Commission judiciaire de la Chambre des représentants mène une enquête actuellement pour déterminer si, en proposant un deal donnant-donnant au président ukrainien, Donald Trump s'est rendu coupable de "trahison, corruption ou autre crime ou délit” comme le dit la Constitution. 

La procédure d'impeachment américaine
La procédure d'impeachment américaine © AFP / Vincent LEFAI, Jonathan JACOBSEN

De quoi Donald Trump est-il accusé ? 

Le président américain est accusé d'avoir insisté auprès du président ukrainien Volodymyr Zelensky pour qu'il enquête sur le fils du  probable candidat démocrate à la présidentielle de 2020 Joe Biden. Donald Trump aurait conditionné le versement d'une aide en faveur de l'Ukraine à cette enquête. Le fils de Joe Biden, Hunter Biden, a siégé au conseil d'administration d'une compagnie gazière ukrainienne pendant que son père était vice-président de Barack Obama.

Comment l'enquête a-t-elle commencé ? 

La présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a annoncé la procédure d'enquête le 24 septembre dernier. 

Un lanceur d'alerte anonyme, membre de la CIA, a témoigné en août et a fourni des documents de première main démontrant que Donald Trump avait négocié avec le président ukrainien pour obtenir une enquête sur Hunter Biden en échange d'une aide financière à l'Ukraine. Le lanceur d'alerte est maintenant sous protection pour que son identité reste secrète comme la loi sur les lanceurs d'alerte le permet aux Etats-Unis. Il a également confirmé que plusieurs officiels de la Maison Blanche étaient au courant du deal proposé par Trump. 

Un deuxième témoin, lui aussi lanceur d'alerte anonyme, a confirmé ces informations. 

Ce mardi, un troisième témoin clé, diplomate de premier rang,  William Taylor Jr., ambassadeur des États-Unis en Ukraine par intérim, a été entendu à huis clos par la Commission. Il a confirmé les accusations des lanceurs d'alerte. Son discours préliminaire a été transcrit et publié dans la presse. 

De son coté, la Maison Blanche, affirmant vouloir être transparente, a rendu public le script d'une conversation téléphonique de Trump avec Zelensky datant du 25 juillet. On y lit clairement que le président américain propose un deal à son homologue ukrainien

Que répond Donald Trump ? 

Depuis que le premier lanceur d'alerte a témoigné, la Maison blanche a tenté de découvrir son identité et de le présenter comme un militant démocrate voulant "se payer" Trump. 

Le président américain évoque une chasse aux sorcières menée par les démocrates, et qualifie le lanceur d'alerte d'escroc. Il est allé encore plus loin en parlant de "lynchage" à son encontre. Or, le terme de lynchage a une signification très lourde aux Etats-Unis car il évoque les noirs lynchés par les blancs durant la ségrégation. 

Un président américain a-t-il déjà été sous le coup d'une telle procédure ?

Trois présidents ont fait l'objet d'enquête en vue d'impeachment dans l'histoire des États-Unis. Il s'agit d'Andrew Johnson en 1868, de Richard Nixon en 1973 et de Bill Clinton en 1998. Dans les cas de Johnson et Clinton, la Chambre avait voté pour l'impeachment, mais le Sénat les a acquittés. Ils ont terminé leurs mandats. Richard Nixon, lui, a démissionné en 1974 après l'affaire du Watergate afin d'éviter une destitution.

Que va-t-il se passer maintenant ? 

Les membres de la Commission judiciaire continuent leur enquête et devront envoyer leur compte rendu et leurs recommandations à la Chambre. Celle-ci devra alors se prononcer. Si elle vote pour l'impeachment, le texte ira ensuite au Sénat. Le Sénat étant à majorité républicaine, il reste peu de chances que l'impeachment soit adopté, mais une telle procédure pèsera forcément sur la campagne présidentielle de 2020. 

Les Américains soutiennent-ils la procédure d'impeachment ? 

Selon la moyenne de 12 sondages réalisés entre le 1er octobre et le 21 octobre 2019, menés par plusieurs instituts de sondages sur des échantillons représentatifs de la population tous partis confondus, les Américains sont favorables à l'enquête sur l'Ukraine à 50,9%, alors que 40,3% s'y opposent. Un soutien qui a augmenté de sept points par rapport à la vague de sondages du mois de septembre. 

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