École, devoirs, musique, sports, activités artistiques, langues, rendez-vous amicaux, médicaux… Avec leurs emplois du temps surchargés, les enfants présentent de plus en plus des signes d’épuisement. Comment les aider à retrouver leur insouciance ?

Si on laissait la place au jeu libre et au temps vide ?
Si on laissait la place au jeu libre et au temps vide ? © Getty / d3sign

Dans l’émission Grand bien vous fasse, la psychologue clinicienne, Aline Nativel Id Hammou, la psychiatre, Aurélia Schneider, la rédactrice en chef d’Astrapi, Gwenaëlle Boulet et l’humoriste, Olivia Moore, ont délivré leurs conseils pour une rentrée et une année plus sereines.

Qu’est-ce la charge mentale chez l’enfant ? 

Ali Rebeihi rappelle que la chercheuse canadienne, Nicole Brais, parle "d'un travail de gestion, d'organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence". Une pression qui repose sur les femmes, mais de plus en plus également sur les enfants. Elle prend la forme de multiplication d’activités scolaires et périscolaires.

Aurélia Schneider raconte : 

J’avais discuté avec une pédopsychiatre à Paris qui disait que des enfants avaient plus de 65h de leur temps occupé du départ à l’école à la fin des activités, samedi compris. Or l'OMS dit que pour un adulte, au-delà de 48h, on risque d’avoir des soucis.

Aline Nativel Id Hammou explique le processus : "L’enfant accepte ces emplois du temps à rallonge parce qu’il veut faire plaisir à ses parents, il veut être félicité d’avoir répondu à leur désir de réussite. Quitte à oublier ses propres envies, ce qui le rend malheureux. C’est problématique à long terme. À l’âge adulte, il est impossible de faire plaisir à tout le monde".

Reconnaître les signes qui alertent

Pour Aline Nativel Id Hammou, avec la charge mentale, on est face à une difficulté : "Souvent, elle n’est pas clairement identifiée. Les parents trouvent leurs enfants fatigués, peu concentrés, ou stressés. Ils constatent leurs troubles scolaires ou relationnels. Mais le sujet reste tabou : les parents veulent trop bien faire et se sentent remis en question par le mal-être de leur enfant". 

Or le stress répété excessif lié à charge mentale se manifeste par des troubles du sommeil : les enfants ont du mal à se détendre. 

Les petits peuvent également souffrir de troubles alimentaires : le temps du repas peut être vu comme inutile. Comme de sages petits robots, ils sont dans le "il faut", "je dois", etc… 

Ces enfants surchargés ne jouent plus et aident trop leurs parents… Surtout, ils sont tristes, et perdent leurs yeux malicieux. Ils peuvent développer des phobies et ont du mal à être en lien avec des enfants de leur âge : ils ont trop de préoccupations d’adultes".

Multiplication des activités : savoir d’où ça vient

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Pourquoi multiplie-t-on les activités de nos enfants ? Aurélia Schneider donne une piste : "On assiste aujourd’hui au développement d’une hyper-parentalité avec un haut degré d’exigence. En multipliant les activités, les parents vont avoir l’impression d’avoir fait le maximum pour leurs enfants".

Aline Nativel Id Hammou : "Les parents se projettent dans le futur. En faisant apprendre des langues, ou en offrant des cours de tennis à leurs enfants, ils pensent leur donner toutes les possibilités de réussir leur vie. Ils ont envie de bien faire, mais ils oublient que l’enfant, lui, est dans l’ici et maintenant. Il faut vraiment s’interroger sur ce que cache cette boulimie d’activité qu’on inflige à nos enfants".

Gwenaëlle Boulet pense que cette boulimie provient de la perte confiance dans la parentalité. "Autrefois, la transmission des savoir-faire se faisait en famille. Maintenant on suit des cours, de cuisine par exemple : c’est plus scolaire, et cela met plus de pression".

Olivia Moore : "La charge mentale des enfants est le reflet de celle que l’on se met".

Aurélia Schneider : "À la décharge des parents, il est compliqué, en France, de rester dans l’activité de plaisir. Les cours de musique les plus abordables sont donnés au Conservatoire, mais cela veut dire : cours de solfège, cours d’instrument, cours avec l’ensemble… et on arrive très vite à trois créneaux hebdomadaires. Et idem pour le sport : si l’enfant est bon, très vite, il fera des compétitions…"

Diminuer la pression que l’on se met en tant que parent, pour diminuer celle des enfants

Aurélia Schneider : "Il faut accepter de faire des erreurs, et faire le deuil du parent idéal qu’on voulait être. 

On peut se détendre en se disant que rien n’est figé : on peut s’être trompé une année, mais pas une autre.

On peut s’interroger sur son désir de s’accrocher à telle ou telle idée de réussite qui a conduit à ce choix d’activités multiples. Parfois on peut se faire aider par un psy, si on rencontre de gros problème à lâcher. On peut penser à soi, à la charge mentale des parents, car qui dit activité, dit accompagnement. On peut aussi se dire que l’organisation de la famille de la rentrée ne sera effective qu’à la Toussaint ! 

On arrête les comparaisons des réussites des enfants entre amis et en famille. C’est diabolique. J’incite vraiment à ne pas regarder ce qui se passe chez le voisin. Il n’y a pas de famille idéale ! Commencez par vous occuper de la vôtre. Ce sera déjà bien !"

Aline Nativel Id Hammou : "On pense aujourd’hui qu’on réussit sa parentalité si l’enfant est autonome. Il y a confusion : l’enfant est une personne, mais pas une grande personne, ni un super héros. 

Et on se détend sur l’éducation bienveillante qui parfois ajoute une pression supplémentaire aux parents. Les principes sont bons (écouter son enfant, éviter la violence physique…) mais il faut accepter de craquer de temps en temps. Parfois l’un des parents fait une erreur, et remet en cause toute sa parentalité. Il faut revenir à son désir propre de parent : que veut-on faire avec ses enfants ?"

Accepter le temps vide et celui du jeu libre

Aline Nativel Id Hammou : "Beaucoup de parents ont du mal à accorder du temps libre à leur enfant. Ils ont peur qu’il s’ennuie". 

Or l’ennui est bénéfique pour la construction de la personnalité.

Gwenaëlle Boulet : "Le métier d’enfant, c’est le jeu, pendant lequel on se construit. Il a besoin du jeu libre. À la rentrée, si on fabriquait un emploi du temps ensemble en famille en veillant à ce qu’il y ait assez de jeu, de rêve de temps libre ?"

Écouter le désir de l’enfant

Aurélia Schneider : "Il faut trouver un compromis entre le désir et le besoin de l’enfant, et l’envie de transmission des parents. Pour cela, on peut se réunir en famille et voir ce que l’on a envie de faire et quelle place on donne au temps passé ensemble ?" 

Aline Nativel Id Hammou : "Pour alléger l’emploi du temps, on peut faire des activités ponctuelles, plutôt qu’à l’année !"

Parents, vous n’êtes pas seuls !

Aline Nativel Id Hammou : "On peut se faire aider en confiant ses enfants à leurs grands-parents chez qui il peut jouer, ne rien faire, rêvasser et où la pression éducative est moindre. L’épanouissement des enfants ne repose pas que sur les parents, mais aussi sur la famille élargie, les copains… L’enfant va se développer grâce à vous et en dehors de vous !"

ÉCOUTER | L'émission Grand bien vous fasse sur le trop plein d'activités et la charge mentale des enfants.

Avec : 

  • Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne, autrice de La charge mentale des enfants (ed. Larousse)
  • Gwenaëlle Boulet, rédactrice en chef d’Astrapi
  • Aurélia Schneider, psychiatre, autrice de La charge mentale des femmes (ed. Larousse)
  • L'humoriste Olivia Moore : en spectacle, à partir du 15 septembre, à la Comédie de Paris

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