C'est pas un hôtel... La chambre ne va pas se ranger toute seule... Lâche ce portable... C'est ma vie, je fais ce que je veux... Eh bien, rassurez-vous tout va bien entre votre ado et vous ! Patrick Ben Soussan, Sophie Benkemoun et Marion Joseph vous expliquent pourquoi c'est dans le conflit que tout s'arrange.

Parents/adolescents : pourquoi les disputes sont-elles inévitables ?
Parents/adolescents : pourquoi les disputes sont-elles inévitables ? © Getty / Fuse

N'y aurait-il pas une vertu positive du négatif dans une dispute avec votre ado ? C'est la question à laquelle répondent le pédopsychiatre Patrick Ben Soussan, le docteur Sophie Benkemoun, fondatrice de l’Atelier des parents et la journaliste chez Phosphore Mag Marion Joseph au micro de Ali Rebeihi dans "Grand Bien Vous Fasse". 

Les parents et les adolescents ont des rapports interposés totalement différents de la vie de tous les jours, c'est pourquoi ils sont souvent amenés à gérer quelques petites mésententes qui ne sont pas systématiquement négatives, bien au contraire ! Explications : 

Tout va bien, tout est normal, on va se planter un jour mais dans tous les cas on va survivre

_ Patrick Ben Soussan

Les disputes sont indéniables 

Patrick Ben Soussan souligne que "l'adolescence correspond presque à une période de nouvelle naissance, avec des transformations qui vont affecter toute la vie de l'ado. Il affiche une plus grande volonté de s'émanciper de ses parents qui, eux-mêmes, ne paraissent plus infaillibles". 

C'est toute la relation parent/enfant qui se reconfigure et la communication qui l'accompagne. Oui, les parents connaissent aussi une évolution dans leur manière d'être, dans leurs méthodes de transmissions.

"Ils deviennent, d'après Sophie Benkemoun, des parents d'ados et ne sont plus des parents d'enfants. Ce qui est difficile à vivre pour beaucoup de parents, c'est que leurs paroles ne sont plus infaillibles. Il faut faire le deuil de l'enfant désormais devenu un adolescent. Être parent d'ado change totalement les choses. Ça confronte aussi les parents au fait qu'ils vieillissent".

Il y a la crise de l'adolescent mais aussi celui du parent et particulièrement celui de l’adolescent dont le propre est de se séparer !

_ Sophie Benkemoun

Le pédopsychiatre affirme ensuite qu'il n'y a pas lieu de désamorcer quoi que soit car "de toutes façons, ces situations déplaisantes arrivent forcément un jour ou l'autre, c'est indéniable : lorsque le parent demande quelque chose à son adolescent, comme participer aux tâches de la maison, l'adolescent en vient à ces crises". Ce à quoi Marion Joseph ajoute "qu'une réflexion est tout de suite apparentée à une critique personnelle. Ils ne supportent pas le jugement, les ados trouvent qu'on les critique en permanence".

Nous vivons aussi dans un monde où les écrans sont omniprésents. C'est une telle révolution anthropologique pour le rapport parents/ado qu'elle suscite une véritable rupture de compréhension" qui débouche alors souvent sur des disputes. Comment donc réagir, un bon parent doit-il rester zen et pacifique sans prendre le risque d'élever la voix, et vice versa ? 

La parentalité positive c'est aussi des disputes

La parentalité positive (qui tend souvent à être pensée comme des relations purement détendues) étant essentielle pour désamorcer bien des conflits, la bienveillance peut aussi s'exprimer dans la dispute dans la mesure où un certain nombre de messages peuvent être transmis à ce moment-là. Les querelles manifestent aussi une envie d'aider son ado bien plus que de s'opposer à lui

Patrick Ben Soussan explique que "toutes ces querelles ne sont pas importantes dans le fond car finalement l'objectif c'est de garder le lien à tout prix". Il ajoute : que les situations soient conflictuelles ou pas, on est souvent tenté de croire qu'il existe des boites à outils miraculeuses qui puissent nous expliquer comment il faudrait bien faire. Mais ça demande une telle latitude ce métier de parent que de toute façon on va forcément se planter un jour ou l'autre, mais on va survivre et nos enfants aussi ! C'est important de se le répéter". 

Se disputer : une vertu positive pour que tout s'arrange ? 

C'est pourquoi le pédopsychiatre vous conseille "de profiter de la dispute pour aboutir à quelque chose de constructif car elle montre surtout que le lien est toujours là. Ce n'est pas parce qu'on communique mal qu'il n'y a plus de liens. Il y a souvent des moments de rupture qui ne doivent absolument pas paraître inquiétants, cela ne veut pas dire que quelque chose se casse ; il faut un accident qui puisse montrer que les choses doivent être repensées différemment. Il faut buter contre le mur pour accepter et fonctionner différemment. 

Tous les contrats qui sont établis avec les adolescents sont appelés à être ratés, et celui qui pourrait penser qu'on va mettre en place un contrat, qu'on va discuter et que ça va bien se passer ensuite, immanquablement c'est appelé à ne pas fonctionner ! 

Il faut que ça frictionne pour que ça puisse aller. Il faut que les parents acceptent à un moment donné que les choses ne se passent pas comme ils le voudraient

D'après Sophie Benkemoun, "l'objectif n'est pas d'éliminer tous les conflits, mais de penser à la façon dont on doit le gérer". Les engueulades permettent ainsi de mieux mettre à plat ce qui ne va pas une bonne fois pour toutes, même si ça ne sera pas la première ni peut-être la dernière. Mais l'objectif c'est d'avancer sans avoir peur de se dire les choses et d'établir des règles. Car comme l'explique Marion Joseph, "ces crises-là peuvent être l'occasion d'échanges pour établir un contrat entre les deux parties". 

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