Contraintes de porter un masque durant leur accouchement, certaines femmes dénoncent une forme de violence obstétricale. Si aucune recommandation claire n'a encore été émise, les futures mères pourraient être exemptées du port du masque en salle de naissance.

Le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques dit recevoir plus d'un millier de témoignages de jeunes mamans ayant vécu difficilement un accouchement masqué.
Le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques dit recevoir plus d'un millier de témoignages de jeunes mamans ayant vécu difficilement un accouchement masqué. © AFP / STR

Lauranne garde un souvenir mitigé de ce moment, qu'elle imaginait être le plus beau jour de sa vie. Enceinte de son premier enfant, la jeune femme de 35 ans entre à la maternité de Talence (Gironde) en avril dernier. Elle se voit remettre un masque chirurgical jetable. Ce sera l'unique masque qui lui sera donné durant ses cinq jours de présence à la maternité. Tenue de le porter en présence du personnel soignant, elle le garde durant toute la phase de travail, jusqu'au moment des "efforts expulsifs", l'instant fatidique où la future mère doit pousser pendant les contractions utérines. 

"Le masque m’empêchait de reprendre correctement ma respiration" raconte Lauranne : "Cela m'a donné des maux de têtes, des nausées. Donc cette phase a duré plus longtemps que prévu, et il a fallu sortir le bébé avec une ventouse après une épisiotomie." Des complications que la jeune femme met sur le compte du masque. Amère, elle regrette également de n'avoir pu découvrir le visage de son fils qu'à travers l'écran de smartphone de son compagnon, durant les deux heures qu'ont duré le "peau à peau" après l'accouchement, car le masque l'empêchait de voir clairement son nouveau né. 

Julie, 37 ans, décrit une expérience similaire, avec un masque trempé de sueur, qu'elle retire "par réflexe" car il l'empêche d'inspirer de grands volumes d'air. Et une première rencontre gâchée avec son nourrisson.

Je n'ai pas pu embrasser mon fils. Cela peut paraître anecdotique, mais la naissance est un moment physique, un lien très fort qui se crée avec l'enfant. Dans ce contexte, j'ai trouvé le masque particulièrement gênant

"L'accouchement est un marathon"

Des difficultés que le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques recense depuis début septembre à travers un mot clef sur les réseaux sociaux. Le collectif dit recevoir plus d'un millier de témoignages de jeunes mamans ayant vécu difficilement un accouchement masqué. Pour Sonia Bisch, fondatrice et porte parole du collectif, le masque génère un stress qui peut entraîner des traumatismes : 

Nous avons mené une enquête qui met en évidence une corrélation entre le port du masque et des complications à l'accouchement. Davantage de stress, de dépressions post-partum [...] L'OMS recommande de ne pas porter de masque durant les efforts physiques, l'accouchement est pourtant un effort physique intense, c'est un marathon".

Le collectif regrette que les autorités de santé ne délivrent pas de consignes claires alors même que le Collège National des Sages Femmes britanniques et le Collège des Gynécologues américains se sont récemment opposés au port du masque en salle de naissance. Pour l'heure en France, chaque maternité, chaque équipe soignante décide ou non si la future mère doit porter un masque. 

Recommandations à venir

Mais la situation devrait évoluer rapidement, car le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) s'apprête justement à publier des recommandations en la matière. Son secrétaire général, le Professeur Philippe Deruelle en détaille la teneur auprès de France Inter :

La recommandation est claire : pas de masque en salle de naissance pour les femmes qui ne présentent aucun symptôme de la Covid 19.

Voilà qui devrait rassurer les futures mamans, même si cette recommandation n'a pas valeur d'obligation. Au final, les équipes soignantes sont seules décisionnaires. Reste la question de leur protection. Le CNGOF indique que les professionnels qui le souhaitent peuvent porter un masque FFP2, sans que la littérature scientifique n'ait apporté la preuve d'une réelle plus-value de ces masques pour limiter la transmission du virus dans le contexte d'une salle d'accouchement. 

Pour Adrien Gantois, président du collège des Sages Femmes de France, le nœud du problème demeure dans les capacités de dépistage de la Covid-19, insuffisantes jusqu'à présent : "On ne peut pas imaginer une équipe de sage-femmes contaminée au Covid-19. Contrairement à d'autres spécialités, on ne peut pas déprogrammer un accouchement. Le jour où une femme pourra, dès son admission en maternité, faire un test de dépistage rapide, les choses seront évidemment beaucoup plus simples".