Chaque jour, dans la capitale, environ 400 familles qui demandent un hébergement au 115 restent sans réponse. Une "situation inédite" pour le Samusocial qui demande aux pouvoirs publics de créer en urgence davantage de places d'hébergement.

Un centre d'hébergement du Samusocial de Paris, janvier 2017
Un centre d'hébergement du Samusocial de Paris, janvier 2017 © AFP / François Guillot

"C'est une situation inédite", s'alarme Éric Pliez, le président du Samusocial de Paris, qui gère les appels au 115 de la capitale. Ces jours-ci, plus aucune place d'hébergement d'urgence n'est disponible pour les familles qui sont à la rue. Résultat, les familles "vont se réfugier aux urgences des hôpitaux ou restent dehors". Deux mois avant le début de la trêve hivernale, l'hébergement d'urgence parisien est déjà bondé. "Les dispositifs hôteliers sont totalement saturés : il n'y a plus de places dans ce qu'on appelle les hôtels sociaux", déplore Éric Pliez. 

Dans les locaux de la plateforme d'appel du 115, qui déborde toujours d'appels, les demandes des familles sont toujours aussi nombreuses. Ahmed, qui est "écoutant" depuis bientôt deux ans, répond à France Inter après une conversation avec une femme. "Cette dame a un enfant, elle est à la rue, et elle nous appelle tous les jours, mais il n'y a pas de place, malheureusement" se désole le jeune homme, désarmé."On leur dit d'attendre un message, qui généralement n'arrive pas". 

400 familles sans solution d'hébergement chaque jour

Sur la plateforme, qui compte une trentaine de salariés (écoutants, coordinateurs et personnels administratifs), chaque jour, environ 400 familles, soit plus de 1 300 personnes qui contactent le 115, restent sans réponse à leur demande d'hébergement. 

"J'ai connu une époque où il n'y avait aucune famille à la rue, en période hivernale, et là, c'est totalement différent", confie Najette Zaazoui, coordinatrice, qui scrute sur son écran les places disponibles et le nombre de demandes. Sans compter les 130 personnes seules environ, laissées sans solution quotidiennement, un chiffre qui n'inclut que ceux qui ont réussi à joindre un écoutant du 115. 

Les personnes seules ou sans enfants ont beaucoup plus de mal à nous joindre, parce qu'il y a beaucoup de familles qui nous appellent et réitèrent leurs appels.

Un manque de logements accessibles

Cette saturation, le Samusocial l'explique simplement par un manque de places d'hébergement. Celles qui existent sont saturées et totalement obstruées. Faute d'être orientées vers un logement, la plupart des familles ne quittent pas ces hébergement. "Les gens ne sortent pas de ce dispositif parce qu'on manque de logements accessibles", détaille Éric Pliez. "Il y a 25% de travailleurs pauvres dans nos hébergements, qui ne seraient pas chez nous avec du logement accessible", regrette le président du Samusocial. "Cela désespère les familles".

Selon lui, il faut donc à court terme débloquer des hébergements d'urgence, mais aussi, à plus long terme favoriser l'accès au "logement accessible", social notamment. 

On a un manque chronique de logements accessibles : en Île-de-France, trouver un logement pour les gens à faibles ressources, ce n'est pas possible : il faut travailler à des solutions différentes et mobiliser les bailleurs pour construire du logement accessible".

En attendant, les appels au 115 sont toujours aussi nombreux. "On en est presque à espérer que l'hiver arrive car on sait que des places supplémentaires vont nous être proposées", lâche Eric Pliez, conscient que beaucoup de ces places ne seront pas pérennisées au printemps.

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