Sur leur aire près de l'aéroport de Roissy, les gens du voyage ont été "touchés de plein fouet" par le Covid-19. Un membre de la communauté est mort et quasiment tous sont tombés malades. Tous dénoncent une promiscuité incompatible avec l'exigence de confinement.

Confinement sur l'aire des gens du voyage de Tremblay-en-France
Confinement sur l'aire des gens du voyage de Tremblay-en-France © Radio France / Rémi Brancato

"On a tous été malades". Sur ce terrain, situé sur la route périphérique Sud de l'aéroport de Roissy, à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, Louis Scheitz, 62 ans, raconte un mois très difficile pour sa famille et tous les gens du voyage qui vivent sur cette aire provisoire depuis près de 15 ans. Son cousin, âgé de 58 ans, est mort du coronavirus, et la quasi-totalité des soixante membres de la communauté est tombée malade depuis le début du confinement.

Une communauté endeuillée 

"C’était mon cousin germain, j'ai grandi avec lui", raconte Emile Scheitz, le frère de Louis, ancien président de l'association familiale des gens du voyage d'Île-de-France, "c'est une catastrophe". "Sa femme est encore à l’hôpital : elle aussi a été intubée et mise dans le coma, mais elle va bientôt sortir", raconte-t-il.

Confinement sur l'aire des gens du voyage de Tremblay-en-France
Confinement sur l'aire des gens du voyage de Tremblay-en-France © Radio France / Rémi Brancato

Au début du confinement, quasiment "impossible" selon beaucoup ici, la maladie s'est développée très vite. "En trois quatre jours" raconte Jean-Paul, le troisième de la fratrie Scheitz. "On est parqués comme des bêtes, ce n'est pas du confinement ça !" s'emporte-t-il. Avec sa famille, avant le confinement, il se trouvait sur un autre terrain, illégal celui-là, faute d'aires d'accueil en nombre suffisant en Île-de-France. Alors pour ne pas avoir de problème pendant cette période, il a choisi de venir s'installer ici.

Une aire "petite et surchargée"

De douze familles habituellement, le terrain est ainsi passé à une quinzaine, soit une soixantaine de personnes, qui vivent dans une promiscuité importante. "C’est ce qui se passe sur toutes les aires d’accueil en ce moment : les familles ont eu peur d’être en voyage, comme d’habitude, dans des aires illicites, car on est toujours en manque de terrain" explique Emile Scheitz, qui a entendu parler de situations compliquées dans certaines régions : "Des familles se sont fait expulser, malgré le confinement".

Louis Scheitz,devant sa caravane, confiné sur l'aire des gens du voyage de Tremblay-en-France.
Louis Scheitz,devant sa caravane, confiné sur l'aire des gens du voyage de Tremblay-en-France. © Radio France / Rémi Brancato

L'aire, sous-dimensionnée, ne compte que quatre sanitaires pour l'ensemble des familles et la promiscuité pourrait avoir accéléré la propagation du virus. "L'aire est petite et surchargée" dénonce Emile Scheitz. "Regardez, les toilettes qui sont là, pour toute la communauté, sont à 2,50 mètres de ma caravane et en plus là, c’est une fosse sceptique, ça se bouche et il y a des fuites" montre son frère Louis, de l'autre côté du terrain. "On ne peut pas tenir les distances, c’est impossible, on est trop serrés, on est trop collés, il suffit que l'un de nous ait le coronavirus pour que tout le monde soit infecté" raconte-t-il.

Une majorité de gens du voyage sans revenus

"Ils auraient pu nous donner un grand parking, pour s’espacer, là on est les uns sur les autres" regrette Jean-Paul, qui n'a eu qu'une forme bénigne de la maladie. Son frère Louis a, lui, été alité une dizaine de jours, inquiet, surtout pour ses "trois enfants et sept petits-enfants", qui vivent pour la plupart sur d'autres terrains et ne viennent plus manger dans sa caravane de 12 m², comme à leur habitude. Son fils de 35 ans a lui aussi été contaminé par le coronavirus : "Il va mieux mais cela fait peur" dit Louis.

Emile Scheitz, de l'association familiale des gens du voyage d'Île-de-France, sur l'aire de Tremblay-en-France, pendant le confinement
Emile Scheitz, de l'association familiale des gens du voyage d'Île-de-France, sur l'aire de Tremblay-en-France, pendant le confinement © Radio France / Rémi Brancato

D'autant que l'épidémie a des conséquences économiques. Louis et son fils vendent des vêtements sur les marchés : "C'est à l'arrêt, on n'a aucun revenu et aucune aide". Le paiement de la location du terrain a été suspendu, mais l'avenir inquiète aussi. L'été, les caravanes prennent  habituellement la route. Mais Emile Scheitz craint de rencontrer des difficultés pour voyager, que l'accueil soit moins évident pour des raisons sanitaires. "Au moment du déconfinement, ceux qui sont en stationnement illicite risquent des expulsions et le problème sera repoussé à la ville d’à-côté" estime-t-il.

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