Selon une étude publiée par des chercheurs norvégiens, peindre des pales des éoliennes en noir diminuerait le taux de mortalité des oiseaux. Pourquoi cette couleur ? Parce qu'elle est plus voyante et éviterait les risques de collision avec des oiseaux et des chauves-souris.

"La construction et l'exploitation de centrales éoliennes ont un impact sur la faune" affirment des chercheurs norvégiens.
"La construction et l'exploitation de centrales éoliennes ont un impact sur la faune" affirment des chercheurs norvégiens. © AFP / MOIRENC Camille

Plus il y a d'éoliennes, plus les oiseaux meurent. C'est ce qu'avancent des chercheurs norvégiens dans une étude publiée le 26 juillet dernier dans la revue Ecology and Evolution. La raison ? Les oiseaux et les chauves-souris ne voient pas toujours bien les pales blanches des éoliennes et... se les prennent en plein vol. La solution que ces chercheurs ont trouvée : repeindre une des pales en noir. 

La collision des oiseaux avec ces structures est considérée comme l'un des impacts négatifs des parcs éoliens terrestres, ont observé les chercheurs et auteurs de l'étude. Pour y remédier, ils ont testé de noircir une pale sur trois de quatre turbines du parc éolien de Smola, sur la côte ouest de la Norvège. L’alternance de blanc et noir dans la rotation permet "d'augmenter le contraste et de rendre les éoliennes plus détectables" explique Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au CNRS au laboratoire de Chizé. Et la conclusion semble sans appel : l'expérimentation a permis de faire chuter de 70 % la mortalité des rapaces due à des collisions. 

Dans ce tableau paru dans l'étude, on note effectivement une évolution du nombre d'oiseaux tués par un impact avant et après le coup de peinture. 

Evolution du nombre d'oiseaux tués par l'impact d'une pale d'éolienne, avant et après la peinture d'une des pales en noir.
Evolution du nombre d'oiseaux tués par l'impact d'une pale d'éolienne, avant et après la peinture d'une des pales en noir. / Ecology and Evolution

Ce sont surtout les rapaces qui sont concernés par cette baisse de la mortalité due aux collisions, notamment les pygargues à queue blanche, une espèce d'aigle marin. Ils sont passés de six impacts à zéro impact avant et après la peinture."Ils ont une relativement mauvaise vision binoculaire, c'est-à-dire devant eux", explique Vincent Bretagnolle. "Ils ont donc du mal à repérer les éoliennes quand elles sont peintes seulement en blanc", ajoute-t-il. "Les rapaces sont donc directement concernés par cette expérimentation, et il semblerait sur la base de cette étude qu'il y ait des résultats assez encourageants". La solution est donc intéressante aux yeux du chercheur, pour cette espèce d'oiseaux là.

Mais "il faut prendre cette étude avec des pincettes" explique-t-il. "Il s'agit d'extrapolations à partir de peu d'oiseaux retrouvés morts et peu d'éoliennes expérimentales". Elle ne concerne effectivement que les rapaces et quatre des 68 éoliennes du parc de Smola. "Il faudrait étendre les tests à d'autres espèces et d'autre endroits", indique Vincent Bretagnolle.

Cette étude interroge : comment un dispositif censé être écologique, comme les éoliennes, aurait en fait un impact négatif sur la biodiversité ? "Ça fait des années que les scientifiques pointent les effets néfastes des éoliennes sur la faune, et les oiseaux en particulier" assure le chercheur au CNRS. D'ailleurs, les morts d'oiseaux par collusions ne sont pas le seul problème que posent les éoliennes. "Les éoliennes obligent certaines espèces d'oiseaux à quitter un territoire parce qu'elles prennent peur en voyant ces immenses objets en mouvement qu'elles peuvent assimiler à des risques ou à de prédateurs", raconte Vincent Bretagnolle. Un autre problème selon lui, est la trop grande présence des éoliennes, notamment de grands parcs éoliens, qui "peuvent oblitérer du terrain pour ces oiseaux et donc réduire leur espace vital. Dans certains secteurs, on s'aperçoit que des espèces sont en régression car elles évitent ces secteurs", affirme le chercheur. D'autres solutions sont donc à envisager pour assurer la préservation de la biodiversité et la création d'énergies renouvelables, conclut-il.

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