Ces dernières semaines, plusieurs hashtags ont fleuri sur les réseaux sociaux pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles dans le monde du travail ou dans le milieu scolaire : #BalanceTonStage, #BalanceTonBahut, #PayeTonPinard. Mais il en existait déjà beaucoup d'autres. Quels sont ces hashtags de la colère ?

En France, 1 femme sur 5 est confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle, selon les chiffres du gouvernement.
En France, 1 femme sur 5 est confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle, selon les chiffres du gouvernement. © Getty / Alex Bramwell

Tous ces mots-dièse ont une chose en commun : dénoncer le sexisme et les violences sexuelles en entreprise ou à l'école. Souvent lancés par des victimes ou témoins de ce genre de situations, ils sont là pour faire entendre la parole des victimes. Et surtout, ils veulent éveiller les consciences : ces violences existent, et dans tous les milieux du monde du travail. Voici une analyse des plus célèbres hashtags qui disent "stop au sexisme".

#BalanceTonStage 

  • Comment est-il né ?

#BalanceTonStage est lancé fin juillet 2020 pour dénoncer le sexisme, mais aussi les cas de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles subis par les étudiants pendant leurs stages. À l'origine du hashtag : trois étudiants de l'EM Lyon, Camille, Simon et Agathe. Après avoir été eux-mêmes victimes ou témoins de scènes de sexisme, ils recueillent les témoignages de plusieurs élèves de leur école, puis d'autres écoles. Ils en reçoivent de plus en plus. Tellement, qu'ils décident de les publier sur un compte Instagram qu'ils appellent #BalanceTonStage. L'idée est de mettre en lumière ces témoignages et d'éveiller les consciences, mais aussi d'offrir aux victimes un moyen de se confier, anonymement ou pas.

  • Quel impact ?

En quelques semaines seulement, le compte Instagram comptabilise 8 435 abonnés et publie un nouveau témoignage tous les deux jours en moyenne. Le hashtag quant à lui a été utilisé 66 478 fois sur Twitter ces trente derniers jours, avec un pic notamment le 6 septembre dernier où il a été utilisé 25 637 fois.

Pour aller plus loin, les trois étudiants de l'EM Lyon ont créé un manuel pour sensibiliser les étudiants au sexisme en entreprise, qu'ils soient victimes ou témoins, appelé "Petit manuel du sexisme en entreprise" et disponible en bio de leur page Instagram.

#BalanceTonBahut et #BalanceTonProf

  • Comment est-il né ?

#BalanceTonBahut et #BalanceTonProf sont nés le week-end du 12/13 septembre dernier. Des centaines de tweets avec ces hashtags ont relayé des témoignages d'élèves ou anciens élèves concernant des faits de violence à l'école, comme du harcèlement scolaire, des agressions sexistes ou sexuelles ou encore des remarques racistes. Au départ, le samedi, une étudiante avait posté un thread sur Twitter sur le harcèlement scolaire qu’elle a vécu lorsqu’elle était collégienne, accompagné de #BalanceTonBahut.

En parallèle est né #Lundi14septembre. Tout commence lorsqu'une élève du lycée de Borda à Dax s'est insurgée sur les réseaux sociaux contre une affiche collée sur les portes de son établissement. "Tenue correcte exigée", peut-on lire sur l'affiche qui interdit aux filles de porter des jupes courtes et des croc-tops dans l'enceinte du lycée. La lycéenne, qui préfère rester anonyme, décide de créer le jour même, jeudi 10 septembre dernier, un compte Instagram pour dénoncer ces mesures sexistes.

Dès le lendemain, #Lundi14septembre naissait sur le réseau social TikTok avant d’être suivi sur Twitter et Instagram. Il a fait suite aux témoignages de plusieurs lycéennes qui se sont vues reprocher leurs tenues, comme un "crop-top", un t-shirt laissant apparaître le nombril. Certaines ont même été refusées à l'entrée de leur établissement.

  • Quel impact ?

En quelques jours seulement, #BalanceTonBahut a généré 48 923 tweets, avec un pic à 24 947 tweet le samedi 13 septembre. Le hashtag #BalanceTonProf a lui été à l'origine de 20 242 tweets, dont un peu plus de 17 000 le samedi également. Le plus impressionnant reste #Lundi14septembre, il a été cité dans 103 285 tweets depuis le 12 septembre dernier. Il explose le jour J, lundi 14 septembre, où il est utilisé près de 56 000 fois. La parole des collégien.ne.s, des lycéen.ne.s et des étudiant.e.s aussi, semble s'être libérée depuis quelques jours. Marlène Schiappa a affiché sur Twitter soutenir le mouvement. 

Pourtant, l'idée n'est pas nouvelle. En 2017 déjà, galvanisés par l’affaire Harvey Weinstein, des étudiants du Val-d’Oise manifestaient contre le harcèlement physique et moral subi en milieu scolaire, provenant à la fois d’autres élèves, mais aussi de certains professeurs. En même temps, une page Facebook intitulée #PayeTonBahut était lancée par une lycéenne pour valoriser la parole de victimes de sexisme au collège et au lycée. Un Tumblr est aussi créé dans le même but, mais pour les étudiant.e.s, sous le hashtag #PayeTaFac. En trois ans, rien n'a l'air d'avoir changé donc... à part le hashtag.

#PayeTonTaf

Il y a aussi #PayeTonTaf, le hashtag pour dénoncer le sexisme et les violences sexuelles au travail en général, et pas dans un domaine particulier. C'est Anaïs Bourdet, créatrice de "Paye Ta Shneck", qui lance le hashtag, la page Facebook et le Tumblr "Paye Ton Taf" en 2016. Elle veut dénoncer le sexisme en entreprise, en donnant publiquement la parole aux nombreuses victimes. On retrouve dans le même esprit #BalanceTonBoss, avec un Tumblr, un compte Twitter et une page Facebook

Un des témoignages publié que le Tumblr Paye Ton Taf
Un des témoignages publié que le Tumblr Paye Ton Taf
  • Quel impact ?

Ces hashtags, largement relayés sur les réseaux sociaux, et surtout la colère des femmes victimes de sexisme en entreprise, sont à l'origine d'une nouvelle forme de militantisme féministe sur Internet. En témoigne le succès de la campagne sur le web du #7Novembre16h34, en 2016, où les Françaises étaient appelées à cesser le travail à cette date précise pour protester contre les inégalités salariales. Chaque année, le mouvement est repris aux alentours de cette date-là : #3Novembre11h44 (2017), #6Novembre15h35 (2018), #5 novembre16h47 en 2019. 

#PayeTonTournage 

  • Comment est-il né ?

#PayeTonTournage, c'est le hashtag qui dénonce les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma. C'est l'histoire de Barbara Juniot et Alice Godart, deux professionnelles, installées à Bruxelles. Elles sont déçues par la vague #MeToo. Alors en 2018, elles décident de lancer une plateforme qu'elles appellent "Paye Ton Tournage". Le but est de recueillir des témoignages de harcèlement sexiste sur les plateaux de tournage et en post-prod, et de les mettre au grand jour, en espérant changer les mœurs. Elles lancent ensuite une page Instagram, et depuis, les hashtags #PayeTonTournage fusent sur les réseaux sociaux.

  • Quel impact ?

Sur le Tumblr, les récits s’accumulent. Quatre ou cinq femmes aujourd’hui se relaient pour diffuser ces nombreux témoignages. Elles en reçoivent jusqu’à une dizaine par jour. Sur Instagram et Twitter, le hashtag est régulièrement utilisé depuis deux ans maintenant. La parole dans le milieu se libère petit à petit, et parallèlement, des actrices célèbres prennent le plis ces dernières années (et servent d'exemple en même temps), comme Adèle Haenel ou Nadège B.Diagne. 

#MusicToo 

  • Comment est-il né ?

#MusicToo a été lancé sur Twitter et Instagram le 17 juillet 2020 dans le but de de libérer la parole dans les professions de la musique. Le hashtag accompagne un appel à témoignages sur les réseaux sociaux. Derrière cette initiative, se cache un petit collectif anonyme : Music Too France. Sa création a pour but de recueillir, jusqu'au 30 septembre, les témoignages d'agressions, de violences sexistes et sexuelles dans le milieu musical. 

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“Nous reprenons aujourd’hui le hashtag #MusicToo pour donner un nouveau souffle à la libération de la parole dans l’industrie musicale.“  Nous (anonymes, comme vous) collectif à l’initiative de ce questionnaire, sommes issu.e.s du secteur musical. Certain.e.s d’entre-nous ont quitté la filière il y a plusieurs mois ou années, certain.e.s y évoluent encore aujourd’hui. Une filière professionnelle parfois dangereuse, souvent toxique pour les femmes, pour la communauté LGBTQIA et les personnes racisées sous représentées.   Depuis plus d’un an, nous repensons aux témoignages de nos ami.e.s, aux histoires d'agressions sexuelles que tout le monde connaît dans le milieu mais dont personne ne parle. Et nous constatons l’impunité des agresseurs (professionnels à des postes clés, artistes omniprésents dans les médias) qui n’ont aucune raison d’arrêter leurs agissements si personne ne parle.  Il est temps que la peur change de camp.  Sur notre google form (lien dans la bio), jusqu’au 30 septembre, nous recueillons vos témoignages de violences sexistes - propos sexistes, dégradants, ambiances sexistes - et sexuelles. Vous pouvez rester anonymes si vous le souhaitez, mais il est temps de nommer votre ou vos agresseur.euse.s.  A partir de ces informations, nous pourrons associer des agressions et violences entre elles, commencer à dessiner des profils et rassembler des plaintes. Nous travaillons avec des avocates et deux associations pour vous accompagner vers un suivi juridique ou psychologique si nécessaire. Dans certains cas, nous transmettons des informations aux médias qui voudraient mener une enquête.

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  • Quel impact ?

Cet appel a déjà été relayé par des artistes comme Chris, Pomme ou Camélia Jordana. Composé de membres de l'industrie musicale, Music Too France prépare cette action depuis plusieurs mois, en lien avec des avocates et deux associations, pour mettre en place un suivi juridique et psychologique si nécessaire. 

Récemment, c'est dans le milieu du rap que la parole s'est libérée. Moha La Squale ou encore Roméo Elvis ont été accusés d'agression sexuelle notamment, quelques jours après une déferlante de hashtags #BalanceTonRappeur sur les réseaux sociaux. Depuis le 7 septembre dernier, ce sont 29 749 tweets qui le citent, avec un pic de plus de 8 000 tweets le 8 septembre. Le lendemain, le collectif Music Too France a posté sur Twitter une liste de hashtags pour aider les victimes à prendre la parole sur les réseaux sociaux et pointer du doigt les nombreuses professions du milieu musical concernées par le sexisme. 

#PayeTonPinard

  • Comment est-il né ?

Lui non plus n'est pas très vieux. #PayeTonPinard, le hashtag qui dénonce le sexisme dans le milieu viticole a été lancé le 8 septembre dernier. Il existe, comme pour beaucoup d'autres, grâce à la création d'un compte Instagram, ici par des anonymes. Il s'intitule "Paye Ton Pinard" et sert, comme les autres, à donner de la visibilité aux victimes et à leur parole. 

  • Quel impact ? 

Pour le moment, le compte Instagram cumule près de 700 abonnés et une vingtaine de publications de témoignages. Le hashtag est de plus en plus utilisé sur Instagram et Twitter, mais n'en est encore qu'à ses débuts. Reste donc à voir l'ampleur que prendra le mouvement dans les mois prochains. 

#PayeTonJournal 

  • Comment a-t-il été créé ? 

Cet hashtag-là a déjà trois ans. Il est lancé en 2017 par Anaïs, qui a alors 22 ans, une journaliste en presse écrite. Elle crée une page Facebook et un compte twitter pour dénoncer le sexisme et les agressions et cas de harcèlement sexuel dans les rédactions et les médias français. Il existe aussi un Tumblr, où l'on peut lire tous les témoignages recueillis par la journaliste. Il y a, dans la même veine, #BalanceTonJournal et #BalanceTonJournaliste.

Un des témoignages oublié sur le Tumblr Paye Ton Journal.
Un des témoignages oublié sur le Tumblr Paye Ton Journal.
  • Quel impact ?

Porté par la vague MeToo et l'affaire de la ligue du LOL, c'est le hashtag #EntenduALaRédac qui a récemment pris de l'ampleur sur les réseaux sociaux. En 2019, deux ans après le lancement de #PayeTonJournal, l'initiatrice collabore avec l'association Prenons le Une et le collectif Nous Toutes pour mener une enquête sur le sexisme et les violences sexuelles dans les rédactions et les écoles de journalisme. L'enquête, totalement inédite dans le milieu médiatique, s'appelle #EntenduALaRédac.

Pendant 10 jours, l’enquête en ligne a circulé sur les réseaux sociaux. 1837 personnes y ont répondu : 1566 journalistes ou salarié.e.s d’un média et 271 étudiant.e.s en école de journalisme. Plus de 200 rédactions sont pointées du doigt par les témoignages. Elles informent au niveau local ou national par la télévision, le web, la radio ou le papier. Parmi elles, TF1, Arte, BFMTV, RTL, L’OBS, Le Figaro ou encore Ouest-France. Au total, 3000 faits de violences sexistes et sexuelles ont été rapportés dans les réponses. L'enquête fait parler d'elle dans les médias et pas seulement. Elle éveille les consciences et offre, pour une fois, de la visibilité aux victimes. Surtout, elle donne lieu à une nouvelle prise de parole des victimes sur les réseaux sociaux avec le hashtag.

#PayeTaRobe 

  • Comment a-t-il été créé ?

#PayeTaRobe, c'est le hashtag des avocats. Au départ, Marie et Emmanuelle, deux avocates, sont choquées des remarques sexistes et des violences sexuelles dont elles sont témoins ou dont elles entendent parler. Elle décident alors de lancer une plateforme en 2016, qu'elles appellent "Paye Ta Robe". Le Tumblr permet d’outiller et d’armer les jeunes arrivantes dans la profession et recueille des centaines de témoignages de sexisme ordinaire. En même temps, sont créés un compte Twitter et une page Facebook

Un des témoignages publié sur le Tumblr Paye Ta Robe.
Un des témoignages publié sur le Tumblr Paye Ta Robe.
  • Quel impact ?

Dans la profession d'avocat, l'omettra était la règle. Mais les témoignages de victimes se multiplient ces dernières années, notamment sur les réseaux sociaux avec le hashtag #PayeTaRobe. Les consciences s'éveillent et les avocat.e.s n'ont plus peur de dénoncer les harceleurs, avec le principe du "Name and shame". Si du travail reste à faire, l'avancée est là : des cas sont ou ont été en cours d'instruction par l'Ordre des avocats de Paris, des enquêtes sont menées et le Conseil de l'Ordre de Paris n'est pas épargné par cette tolérance zéro. 

#PayeTaBlouse

  • Comment a-t-il été créé ?

Lancé en janvier 2017, "Paye ta blouse" c'est le hashtag et le Tumblr de la médecine. Créé par deux externes, en 6e et 5e année à l'époque, il met en avant les témoignages de toutes celles qui travaillent dans le milieu médical. Internes, externes, aides-soignantes ou infirmières brisent le silence et rappellent qu’elles sont confrontées au sexisme dès leurs études. Il existe également un compte Twitter et une page Facebook

Un des témoignages publié sur le Tumblr Paye Ta Blouse.
Un des témoignages publié sur le Tumblr Paye Ta Blouse.
  • Quel impact ?

Au moment où sont lancé #BalanceTaBlouse, les médias s'emparent du sujet. Sont mis au grand jour des centaines de témoignages de victimes et le phénomène de harcèlement en milieu hospitalier, notamment, est enfin révélé. Car jusqu'ici, l'impunité est totale. En 2015, par exemple, l'affaire de la fresque pornographique du CHU de Clermont-Ferrand défraye la chronique. Elle va jusqu’à provoquer une intervention de Marisol Touraine, ministre de la Santé, y voyant une scène de viol collectif et réclamant son retrait immédiat. Mais aujourd'hui, les victimes parlent. Elles dénoncent le sexisme et le harcèlement qu'elles subissent, notamment sur les réseaux sociaux. 

Pourtant cela ne cesse pas. Il y a un peu plus d'un an, une enquête révèle que 30% des étudiantes en médecine ont déjà subi des violences sexuelles

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