Il y a 40 ans, la France abolissait la peine de mort. Aujourd'hui dans le monde, 108 pays sont abolitionnistes et 144 ont aboli, en droit et dans la pratique, les exécutions. Malgré cette tendance générale au recul, ces quatre États du Moyen-Orient concentrent 88% des exécutions, selon Amnesty International.

Malgré, au niveau mondial, une tendance générale au recul, ces quatre États du Moyen-Orient concentrent 88% des exécutions, selon Amnesty International.
Malgré, au niveau mondial, une tendance générale au recul, ces quatre États du Moyen-Orient concentrent 88% des exécutions, selon Amnesty International. © AFP / DPA / Wolfram Steinberg

L’Égypte, l’Iran, l’Irak et l’Arabie saoudite forment le quarté des pays qui exécutent le plus dans le monde - la Chine mise à part, car elle maintient la peine de mort secret d’État et cache donc les données. Cela n'empêche pas Amnesty International de placer l'État communiste en tête des pays bourreaux. Et si le nombre mondial des exécutions recensées en 2020 (483 personnes) est l’un des plus bas jamais enregistré par Amnesty depuis 1979, son rapport annuel sur la peine de mort montre que 88 % des exécutions sont commises dans les quatre pays sus-cités. 

Les très mauvais élèves au Moyen-Orient  

Ainsi, allant à contre-courant, l’Égypte a, en 2020, exécuté 107 personnes, soit trois fois plus qu’il y a un an, égalant ainsi son triste record de 2013, année pendant laquelle 109 exécutions avaient eu lieu.  Amnesty International classe l’Égypte au troisième rang mondial en 2020. Un tiers des personnes exécutées ont été condamnées à mort "dans des affaires liées des violences politiques et à l’issue de procès manifestement iniques, entachés par l’utilisation d’aveux extorqués et par d’autres violations des droits humains, notamment la torture et la disparition forcée", écrit l'organisation, qui a enregistré un pic en octobre et en novembre, au moment où les autorités égyptiennes ont exécuté au moins 57 personnes, 53 hommes et 4 femmes. 

Étonnamment, deux des principaux exécuteurs, l’Irak et l’Arabie saoudite ont toutefois suivi la tendance mondiale : l’Irak a exécuté 45 personnes, soit deux fois moins qu’en 2019 et l’Arabie Saoudite a réduit de 85% ses exécutions : 27 en 2020 contre 184 l’année précédente. Une baisse, pour les Saoudiens, due largement au moratoire sur la peine capitale pour les délits liés à la drogue.

L'opaque justice saoudienne

Mais le système judiciaire de Ryad est toujours jugé opaque. En 2021, mi-avril, l’Arabie saoudite a exécuté trois de ses soldats, accusés de "collaboration avec l’ennemi, de déstabilisation du royaume et ses intérêts militaires", après une offensive dans la guerre civile au Yémen dans laquelle le royaume s’enlise depuis 2015. Dans le même temps, le pays a interdit l’application de la peine de mort pour les accusés mineurs au moment des faits. Ainsi trois adolescents en 2012, condamnés à mort deux ans plus tard pour avoir manifesté contre le gouvernement ont vu, ce mois-ci, leur peine capitale commuée en dix ans d’emprisonnement. 

Distinction que ne fait pas le voisin iranien. En décembre 2020, l’Iran a exécuté un adolescent de seize ans, arrêté en 2007 pour le meurtre d’un homme lors d’une rixe et condamné à mort l'année suivante. L’an dernier 246 Iraniens ont donc été exécutés, dont un mineur. Le nombre d’exécutions recensées en Iran a continué d’être inférieur à celui qui avait été relevé les années précédentes, "mais le pays a, de façon croissante, utilisé la peine de mort comme arme de répression politique contre les dissident·e·s, les manifestant·e·s et les membres de minorités ethniques, en violation du droit international".  

Les femmes sont aussi exécutées

Amnesty International a eu connaissance d'exécutions dans huit pays de la région : l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Irak, l’Iran, Oman, le Qatar, la Syrie et le Yémen. Oman et le Qatar ont repris les exécutions, procédant à des mises à mort pour la première fois depuis des années. La Libye suit. 

L’ONG de défense des droits humains pointe aussi que les femmes ne sont pas épargnées bien que restant très minoritaires. Quatre Egyptiennes, deux Saoudiennes, neuf Iraniennes et une Omanaise ont été exécutées l'an dernier. Au total 16 femmes, soit 3 % des personnes exécutées en 2020. 

Les principales méthodes utilisées sont la décapitation, en Arabie saoudite, l’exécution par balle à Oman et l’injection létale en Egypte, en Iran ou en Irak. La lapidation semble devenue caduque.  

Des chiffres en deçà de la réalité

Toutefois, Amnesty n’exclut pas que certains états comme l’Arabie saoudite, l’Egypte et l’Iran ne jouent pas la transparence sur les statistiques et minimisent les chiffres. L’ONG est convaincue par exemple que plusieurs pays "trichent" sur le nombre de condamnés à mort. 

À la fin de l’année 2020, sur 28 567 condamnés à mort, Amnesty International a également recensé que neuf pays se partageaient 82% des pensionnaires des couloirs de la mort

  • Irak (7 900),
  • Pakistan (4 000), 
  • Nigeria (2 700), 
  • États-Unis (2 485), 
  • Bangladesh (1 800), 
  • Malaisie (1 314), 
  • Viêt-Nam (1 200), 
  • Kenya (1 000), 
  • Sri Lanka (1 000).  

Amnesty International a toutefois enregistré une diminution du nombre de nouvelles sentences capitales dans 30 des 54 pays où, à sa connaissance, de telles peines ont été prononcées, ce qui est manifestement dû, dans la plupart des cas, aux restrictions qui ont été mises en place face à la pandémie. Le nombre des condamnations à mort a baissé de 36 % par rapport à 2019 (au moins 1 477 en 2020 contre au moins 2 307 en 2019) et de 53 % par rapport à 2016 (au moins 3 117). 

Le chiffre de 483 personnes exécutées dans le monde en 2020 est au niveau mondial le plus bas depuis dix ans, si l'on garde à l'esprit que ce chiffre n’inclut pas les pays qui cachent complètement leurs informations (Chine en tête, mais aussi Corée du Nord, Syrie, Vietnam, Laos). Amnesty compare : une baisse de 26% par rapport à 2019 et de 70% par rapport au pic des 1 634 exécutions en 2015.  

33 pays appliquent toujours la peine de mort 

Aujourd’hui, plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique. On constate une baisse tendancielle, année après année, du nombre de condamnations à mort et d’exécutions dans le monde. 

En 20 ans, plus de cinquante États sont devenus abolitionnistes en droit. À ce jour, 106 Etats ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, huit l'ont abolie pour les crimes de droit commun et 50 respectent un moratoire sur les exécutions en droit ou de fait, soit 163 pays au total. À l'inverse, 33 pays continuent d'appliquer la sentence ultime.

En mai, le Tchad l'a abolie pour tous les crimes. Le Kazakhstan a signé le deuxième protocole facultatif se rapportant au pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort et a pris, en décembre, des mesures en vue de le ratifier. 

Aux États-Unis, le Colorado est devenu le 22e État des États-Unis sur 50 à abolir la peine de mort. La Barbade a adopté des réformes visant à abroger l'imposition automatique de la peine capitale. À la fin de l'année 2020, 108 pays (soit la majorité des États dans le monde) avaient aboli la peine de mort dans leur législation pour tous les crimes, et 144 étaient abolitionnistes en droit ou en pratique. 

La pandémie a parfois empêché l'accès à un procès équitable

"Alors qu’un combat était livré à travers le monde pour protéger la vie des personnes face à la pandémie de Covid-19, plusieurs gouvernements se sont, de façon inquiétante, acharnés à recourir à la peine de mort et à procéder à tout prix à des exécutions", juge Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International. 

"La peine de mort est un châtiment abominable, et la poursuite des exécutions en pleine période de pandémie ne fait que souligner davantage encore la cruauté qui lui est inhérente."

"Il est déjà difficile, dans le meilleur des cas, de s’opposer à une exécution", poursuit-elle. "Mais en raison de la pandémie, de nombreuses personnes sous le coup d’une sentence capitale n’ont pas pu avoir accès en personne à un avocat·e, et un grand nombre de personnes désireuses d’apporter leur soutien ont été contraintes de s’exposer à des risques considérables, pourtant évitables, pour leur santé. Le recours à la peine de mort dans de telles conditions constitue une attaque particulièrement odieuse contre les droits humains."

Les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 ont, dans plusieurs pays, eu des répercussions préoccupantes sur l’accès à un·e défenseur·e et sur le droit à un procès équitable, notamment aux États-Unis, où des avocat·e·s de la défense ont dit avoir été dans l’incapacité de mener un travail d’enquête crucial ou de rencontrer leur client·e en personne, estime Amnesty. 

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