Le grand pèlerinage annuel de la Mecque commence ce vendredi pour les plus de deux millions de musulmans qui vont se rendre dans la ville sainte de l'Islam, pour y accomplir l'un des cinq piliers de leur religion. Défi logistique pour le royaume, mais aussi technologique qui en fait un pèlerinage 2.0.

La Mecque a rasé une grande partie de son patrimoine architectural pour faire pousser des tours, des centres commerciaux ultra-modernes.
La Mecque a rasé une grande partie de son patrimoine architectural pour faire pousser des tours, des centres commerciaux ultra-modernes. © AFP / Karim Sahib

Pour le pèlerin à la Mecque, il y a deux défis au quotidien. Communiquer et s'orienter dans une ville envahie par plus de deux millions de personnes. 

Tous les pèlerins, venant du monde entier, ne parlent pas arabe. Pour eux, une multitude d'applications de traduction est proposée. Une d'entre elles est fournie ("Manasikana") par le ministère du pèlerinage. 

Application de traduction fournie par les autorités saoudiennes à destination des pèlerins non arabophones.
Application de traduction fournie par les autorités saoudiennes à destination des pèlerins non arabophones.

En 2016, le royaume, voulant impressionner le monde par la qualité de ses services, a proposé des bracelets électroniques GPS. En plus du service de géolocalisation, toutes les données personnelles et médicales y sont inscrites, en cas d'hospitalisation. 

Ce service a été développé après une bousculade meurtrière qui a avait fait plus de 2 200 morts en 2015. Après ce drame, le pouvoir saoudien a lancé un programme visant à rassurer les pèlerins, "smart hajj" ("hajj" pour pèlerinage en arabe). 

La nouveauté de cette année est le déploiement de la 5G dans la ville sainte. Cette technologie n'est pas encore opérationnelle dans la plupart des grande villes occidentales.

Grande Mosquée climatisée, escalators sur des lieux saints… 

La technologie fait maintenant partie intégrante du "Hajj". On incité à l'innovations. Un ingénieur de la Mecque a ainsi mis au point un "parapluie intelligent". Une ombrelle classique pour se protéger des 40° du mois d’août, doté d'un ventilateur. Mais surtout équipé de petits panneaux solaires pour pouvoir charger au choix son GPS, ou son portable, indispensable compagnon de pèlerinage. 

Le "parapluie intelligent" peut faire à peu près tout , y compris se protéger du soleil brûlant de la Mecque.
Le "parapluie intelligent" peut faire à peu près tout , y compris se protéger du soleil brûlant de la Mecque. © AFP / Ahmad Gharabli

Fini le temps où les mobiles étaient interdits autour de la pierre noire de la Kabaa, lieu sacré de l'Islam, autour de laquelle marchent les fidèles. Aujourd'hui, les selfies sont légion et font partie du paysage.

Pour rendre plus fluide la circulation des pèlerins sur le site de la Kaaba, deux étages ont été construits, reliés au rez-de-chaussée par des escalators. Les pèlerins accomplissent le rite dans des couloirs climatisés ou ventilés. Le but est de construire au final un bâtiment de six étages pour la prière, doté de 680 escalators et de 24 ascenseurs. 

Ce pèlerinage possède aussi une dimension géopolitique pour le royaume des Saoud, qui veut étendre son influence sur le monde musulman. Pour parfaire son image de marque, il a fait construire il y a presque 10 ans un métro aérien entre les différentes stations du pèlerinage. 

Le métro aérien qui dessert les différentes stations du pèlerinage de la Mecque.
Le métro aérien qui dessert les différentes stations du pèlerinage de la Mecque. © AFP / Amer Hilab

La ville de la Mecque a sacrifié son patrimoine millénaire

Des pans entiers de la ville traditionnelle n'ont pas résisté à cette modernisation à marches forcées. 95% du patrimoine millénaire de la ville a été rasé dans cette course effrénée. L'intellectuel pakistanais Ziauddin Sardar décrit dans un ouvrage consacré aux métamorphoses mecquoises "une mutation sur le plan architectural, qui veut en faire un Houston ou un Las Vegas". Il regrette la démolition de sites historiques, comme la demeure de Khadija, la première épouse du Prophète. 

Aujourd'hui la fierté de la ville est la tour de l'Horloge, la troisième tour la plus haute du monde (601 mètres). Elle abrite un hôtel de luxe avec une vue imprenable sur la Kabaa. De grands bâtiments froids, laids, des centres commerciaux ont poussé comme des champignons autour de la Grande Mosquée donnant une image de richesse, alors que le pèlerinage impose aux fidèles une même tenue, pour gommer les différences sociales. 

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