Pour les écrivains dont le livre est sorti juste avant le confinement, c’est un crève-cœur que de voir leur roman coupé net dans son élan. Mais Colombe Schneck a trouvé un moyen de prolonger la vie de son dernier livre : chaque jour, elle poste une photo et un texte qui plongent dans les coulisses de son ouvrage.

Colombe Schneck poste sur Instagram des photographies accompagnées d'anecdotes, qui viennent étayer son dernier roman, "Nuits d'été à Brooklyn"
Colombe Schneck poste sur Instagram des photographies accompagnées d'anecdotes, qui viennent étayer son dernier roman, "Nuits d'été à Brooklyn" © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Les "Nuits d'été à Brooklyn" de Colombe Schneck ont été quelque peu écourtées : publié en février, son roman subit, comme ceux d'autres écrivains, les conséquences du confinement, avec des librairies portes closes. Qu'à cela ne tienne : Colombe Schneck continue de faire vivre son ouvrage sur le réseau social Instagram grâce à des anecdotes, des photographies... Chaque jour, elle poste ainsi une photo personnelle du New York du début des années 90, où elle a vécu, accompagnée d’un court texte où l'on découvre que pour écrire sa fiction, l'auteure s'est inspirée de sa réalité. Des coulisses dans lesquelles on se plonge avec délice.

L'idée a germé quand, il y a trois semaines, Colombe Schneck, également journaliste, a posté sur Instagram une photo de sa première carte de presse, alors qu'elle était stagiaire au bureau du journal Le Monde à New York. Un souvenir glané à la faveur d'une session de rangement  : "J’ai retrouvé des photos et aussi ma carte de presse de l’époque. Je l’ai postée comme ça, sans réfléchir. J'ai alors pris plaisir à écrire ce petit texte pour accompagner cette carte de presse de 1995 : j'étais fière de l'avoir à l'époque pour pouvoir franchir les lignes de police à New-York." 

Dans son petit texte, Colombe Schneck mentionne Esther, le personnage principal de son roman : "Dans 'Nuits d’été à Brooklyn', Esther ne reste que trois mois à New-York : je suis restée quelques années de plus."

"Nuits d’été à Brooklyn", un roman qui avait tout pour connaître le succès : une histoire d’amour, à New York, entre une jeune Parisienne juive et un professeur de littérature noir. Petit à petit, encouragée par les commentaires qu’on lui laisse, Colombe Schneck se prend au jeu : chaque jour, une photo et un petit texte pour l’accompagner, tous évocateurs de l’atmosphère de son roman. 

L'écrivaine va notamment raconter comment elle s'y est prise pour donner vie au personnage d'Esther. Cet épisode singulier, par exemple, qui s'est déroulé alors que l'écrivaine, adolescente, suivait une session d'été dans une prep school à côté de Boston. "Je rentre dans une cafétéria et me rends compte que je me suis trompée de cantine : tous les lycéens dans le réfectoire sont noirs", relate-t-elle.

"Je ne sais pas quoi faire. Je suis surprise que blancs et noirs soient séparés dans cette école, que la ségrégation soit aussi forte. Je suis naïve, j’ai 16 ans, je crois que la ségrégation aux États-Unis a disparu. Je ne sais pas ou m’asseoir, si je peux rester. J’ai utilisé cette surprise, cet étonnement, cette naïveté que j’avais moi à l’époque pour écrire mon personnage d’Esther."

Pour sa première fiction, elle qui n'avait écrit jusqu'à présent que sur sa famille, Colombe Schneck s'est inspiré de détails, de menus souvenirs que l'on retrouve sur sa page Instagram : "Un café, une rencontre, une surprise... Ce sont ces détails que je montre en photo. Par exemple, l’Union Square Café de New York, que je fréquentais à l’époque. C’est à partir de ces détails que j’arrive à créer et inventer une scène."

Comment, sur Instagram, la romancière décide-t-elle de publier telle photo, telle anecdote, de rédiger tel petit texte ? La réponse tient avant tout dans la spontanéité : "Quand j’écris ou quand je poste une photo, je ne réfléchis pas : il faut trouver une sincérité et pour cela il faut se laisser aller", raconte Colombe Schneck. 

"Quand j’ai décidé de poster ces photos, d’écrire ces textes, j’ai décidé de le faire avec sincérité. Et je crois que cette période si particulière fait que, finalement, le jugement, la critique, le 'qu’en dira-t-on' n’a absolument aucune importance : c’est ce laisser aller qui provoque, je crois, l’émotion."

La suite de l'histoire, c'est à suivre sur le compte Instagram de Colombe Schneck. "Nuits d’été à Brooklyn", aux éditions Stock, existe aussi en version numérique.

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