Biographie

Repérés il y a plus de dix ans, avec « Modulor Mix », « Casanova 70 » et le mini-album « Premiers Symptômes ». Entre le chic psychédélique des premiers Pink Floyd et la candeur électro-pop du pionnier Jean-Jaques Perrey, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel captaient alors un « esprit du temps » néo-futuriste, tout d’extases languides et chocs vaporeux, dans lequel des millions de gens allaient bientôt se reconnaître.

Lorsque « Moon Safari », premier album peaufiné pendant de longs mois dans un appartement du XVIIIème arrondissement de Paris, sort en 1998, les Air ne sont plus une curiosité française mais un phénomène international.

Sofia Coppola leur confie aussitôt la bande originale du mélancolique « Virgin Suicides », prélude à d’autres collaborations du duo avec la réalisatrice (« Lost in Translation » et « Marie Antoinette »), David Bowie ou Depeche Mode qui leur commandent des remixes, ou le chorégraphe Angelin Preljocaj qui utilise leurs compositions pour son ballet « Near Life Experience ».

En 2001 paraît leur deuxième album, « 10,OOO Hertz Legend », marqué par leur rencontre avec Beck et prétexte à une tournée américaine comme aucun groupe français n’en avait jamais faite auparavant.

Publié début 2004, « Talkie Walkie », collection de comptines glaciaires et ouatées, glissant vers des rivages exotiques ou tournoyant en apesanteur, consacre ces deux pages savants.

2007 : A nouveau sous les feux de l’actualité à l’automne 2006 pour avoir composé « 5 : 55 », l’album à succès de Charlotte Gainsbourg, les Air livreront leur dernier « Pocket Symphony » le 5 mars 2007.

Sans renoncer à leurs tours (arpèges et échelles superposés, mouvements perpétuels) et à leur harmonie raffinée, les Air continuent de créer la surprise : l’image stéréophonique s’est considérablement élargie et le premier plan sonore est meublé par un groupe d’instruments folk (guitare acoustique, piano, basse, batterie) d’une présence et d’une finesse de grain remarquables.

Avec « Pocket Symphony », mis en sons avec la complicité renouvelée de Nigel Godrich, les Air donnent une dimension nouvelle à leur folk de l’espace. Cordes en pédales ou glissandos, orgues scintillants ne sont plus que la résonance lointaine de mélodies coulées et thèmes lumineux portés par les fûts de Joey Waronker ou Tony Allen.

2009 : Après des mois passés sur la route (tournée Pocket Symphony en 2007, Close Up en 2008), leur envie de composer était irrépressible (So Light Is Her Footfall, premier témoignage enregistré de cette urgence créatrice, une fois tous les instruments installés). Après avoir expérimenté différents studios à travers le monde, Air s’est donc posé à huis clos sur les hauteurs de Paris, dans ce lieu imaginé de A à Z où seules trois personnes de confiance ont pu pénétrer : Joey Waronker, à la batterie et aux percussions, Louis Arlette, un ingénieur du son découvert par Air, et Stéphane “Alf” Briat, mixeur déjà présent au générique de Moon Safari et de The Virgin Suicides .

Album de jouissance et de jubilation, Love 2 est un disque qui multiplie les portes d’entrée, les ambiances, les climats. Réparti entre pop song et exploration sonore, mélodie instantanée et bande-son imaginaire, refrain basique et trip mental, Love 2 apparaît déjà comme une nouvelle pièce maîtresse dans une discographie exemplaire. “Surprendre, c’est la base de notre démarche artistique. Nous n’avons plus aucune frustration. C’est comme si nous nous situions au-delà de la barrière de corail. Notre champ des possibles est désormais infini” .

2012 : Le Vogage dans la Lune de Méliès, est, avec L'entrée du train en gare de la Ciotat de Lumière, le film le plus important des débuts du cinéma. Important, parce qu’il convoque les techniques des lanternes magiques et du théâtre d’ombres pour les appliquer aux images en mouvements. C’est du collage, du pochoir, un mélange entre la fête foraine, la magie et le train fantôme.

Comment, à partir d’une oeuvre aussi étrange et éclatée, construire en 2011 une musique qui ne fait pas simplement office d’accompagnement mais reste pourtant attachée de près à cet univers où la naïveté se dispute l’imagination ? C’est beaucoup, « All too much » comme le chantaient les Beatles. Mais pourtant, AIR a trouvé avec le film de Méliès son Yellow Submarine : paysages colorés, créatures étranges, personnages s’agitant dans tous les sens du cadre… Et ce disque plus que les précédents apparaît comme une entreprise sidérante, expérimen­tale, presque avant-gardiste.