Biographie

Auteur de L'Être et l'Événement , il est également connu politiquement pour son engagement maoïste, sa défense du communisme et des travailleurs étrangers en situation irrégulière.

Son père, Raymond Badiou, normalien, professeur de mathématiques en classe préparatoire, résistant SFIO, fut maire de Toulouse de 1944 à 1958, avant de démissionner et de rejoindre le Parti socialiste unifié (PSU), à la création duquel il participe (en 1958), devant le ralliement de son parti à De Gaulle.

Ancien élève de l’École normale supérieure, cacique de l’agrégation de philosophie en 1960, Alain Badiou enseigne d'abord en lycée (tout en collaborant ponctuellement avec l'ENS), puis à la faculté de lettres de Reims (collège littéraire universitaire).

Militant au Parti socialiste unifié (PSU), dirigé alors par Michel Rocard, il participe, avec Emmanuel Terray, à un groupe de réflexion se réclamant du marxisme-léninisme et dénonçant « l'opportunisme de droite » de divers courants au sein du parti . Il rejoint à Normale le « groupe Spinoza », constitué en 1967 par Althusser, puis prend part, en 1969, à la création de l'UCF (ml) , maoïste.

Dès sa création, il intègre l’équipe du Centre universitaire expérimental de Vincennes (année 1968-1969). Il contribue au développement de cette université (désormais Paris-VIII, déplacée de Vincennes à Saint-Denis) durant une trentaine d'années. À Vincennes, Deleuze raille son « bolchévisme », tandis que Badiou reste plutôt du côté de Lacan, accusé par Deleuze et Lyotard de stalinisme .

Il devient professeur à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1999, puis professeur émérite dans cette institution.

Il a également été directeur de programme au Collège international de philosophie.

Très influencé par Louis Althusser dans ses premiers travaux épistémologiques, il fait appel à la mathématique, seule capable, selon lui, de déployer l’ontologie.

Outre son activité de philosophe, Badiou est romancier et dramaturge, ce qui l’a amené à travailler avec des metteurs en scène comme Antoine Vitez ou Christian Schiaretti. Parallèlement, il effectue un travail d’éditeur auquel l’a initié son ami François Wahl : il a longtemps codirigé avec Barbara Cassin la collection « L’ordre philosophique » aux éditions du Seuil. Après avoir quitté le Seuil suite à un conflit de politique éditoriale, Cassin et Badiou poursuivent leur collection philosophique, désormais intitulée « Ouvertures », chez Fayard .

Parmi ses autres responsabilités, Badiou anime « Les Conférences du Perroquet » et participe, en tant que membre perpétuel, à l’Académie de philosophie du Brésil.

Sa vie et son œuvre peuvent être subdivisées en deux parties. Cependant, Alain Badiou lui-même récuse totalement cette dichotomie .

Philosophie

D'une part, ses travaux de philosophie à proprement parler, dont les plus importants sont L’Être et l’Événement (1988), suivi en 2006 de Logique des mondes. L’Être et l’Événement 2 . Il y soutient la thèse que l'ontologie (théorie de l'être) est identique aux mathématiques et, plus spécifiquement, à la théorie des ensembles, et que la phénoménologie (étude des degrés de l'apparaître et de l'événement) est indistinguable de la logique, qu'il associe à la théorie des topos. Une des grandes thèses qui émergent de ces textes est que, du point de vue de l'être, rien n'appartient à soi (conséquence de l'axiome de fondation) et que l'événement n'est possible que s'il y a précisément une telle auto-appartenance.

En conséquence, l'événement n'est pas. On doit également mentionner, pêle-mêle, son concept de « matérialisme démocratique » (il n'y a que des corps et des langages), opposé à celui de « dialectique matérialiste » (il n'y a que des corps et des langages, sinon qu'il y a des vérités), son appréhension de l'être, comme multiple et non comme un, sa théorie lacanienne du sujet, son exploitation du forcing de Paul Cohen dans une conception originale de la vérité, les quatre ancrages de sa théorie : l'amour, l'art, la politique et la science, ...

Ces deux textes élaborent un système métaphysique de type à la fois traditionnel, par son caractère englobant et synthétique, et nouveau, par son intégration de théories mathématiques contemporaines, comme les constructibles de Gödel, le « forcing » de Cohen, la logique interne des topos, etc. Il participe ainsi, sans doute à son corps défendant, au renouveau de la métaphysique, auquel on assiste, par ailleurs, dans le monde de la philosophie analytique.

Ouvrages exigeants, on abordera plus aisément les principaux concepts « badiousiens » en lisant d’abord le recueil Conditions , préfacé par François Wahl, ou les trois courts volumes Abrégé de métapolitique , Petit manuel d’inesthétique et Court traité d’ontologie transitoire , parus en 1998.

Engagement politique

Militant politique, Badiou a été l’un des dirigeants du maoïsme français (militant à l’UCFML), comme d’autres normaliens célèbres (Benny Lévy, Guy Lardreau, le linguiste Jean-Claude Milner, les lacaniens Jacques-Alain et Gérard Miller, qui, eux, militaient à la Gauche prolétarienne, etc.). Il ne renie ensuite rien ou presque de cet héritage. Alain Badiou considère que les phénomènes comme le goulag et la Révolution culturelle ne doivent pas conduire, concernant le communisme, à « jeter le bébé avec l’eau du bain » et qu’« aujourd’hui, la démocratie n’est rien d’autre qu’un outil de propagande du capitalisme ».

En janvier 1979, il proteste contre l'« invasion du Cambodge par cent vingt mille Vietnamiens » et prend la défense de Pol Pot et de ses camarades Khmers rouges.

Depuis 1985, il assure le secrétariat de l’Organisation politique avec Sylvain Lazarus et Natacha Michel. Ils y défendent la cause des ouvriers étrangers en situation irrégulière des foyers.

Ce militantisme s’inscrit dans sa philosophie, ce qu'indiquent plusieurs de ses ouvrages récents : L’Éthique , la série des Circonstances (I, II, III, IV et V), qui parlent du terrorisme ou de l’élection présidentielle française de 2002, dernièrement Le Siècle et, comme suite de L’Être et l’Événement , Logiques des mondes , le 9 mars 2006.

Convaincu que la philosophie doit parler de son temps, Alain Badiou, comme la plupart des penseurs continentaux de sa génération, combat l’idée selon laquelle les problèmes philosophiques sont des questions éternelles, posées par tout le monde d’une manière analogue.

Enfin, il est un critique de la philosophie postmoderne ou encore de la démocratie parlementaire, au nom d’une démocratie rendue à « son sens originaire : l'existence des peuples, conçue comme pouvoir sur eux-mêmes[réf. souhaitée] ». Il défend le communisme en tant qu’idée clivant la politique de ce qu’elle n’est pas contre les désastres des communismes dogmatiques. Il considère en 2008 que « le mot “communisme” [...] » a été « avili et prostitué ».

Il fut notamment l'auteur de l'opuscule politique De quoi Sarkozy est-il le nom ? , paru en 2007.

Renommée

Fondateur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, Alain Badiou est aujourd'hui une figure de renom de la vie intellectuelle française ; ses livres Le Siècle et De quoi Sarkozy est-il le nom ? ont connu un important succès de librairie.

Depuis la mort de Jacques Derrida en 2004, il est l’un des philosophes français les plus connus à l’étranger (notamment en Amérique latine, aux États-Unis et en Asie).