Biographie

De 1989 à 2000, elle a été Artiste associée au Théâtre de Sartrouville.

Angélique Ionatos n’est pas seulement grecque. Elle n’est pas seulement musique, poème, guitare limpide, voix rauque. Elle n’est pas seulement l’emmêlement des fidélités et des mémoires.

Angélique Ionatos est une femme en mouvement. Son chemin est plus fait d’explorations que d’appartenances et de certitudes. Elle est nomade, nomade depuis toujours et nomade partout. Mais cette nomade est enracinée.

« Les poètes sont ma patrie », dit-elle volontiers. Elle parle de la langue grecque comme de son plus grand amour, mais elle n’y est pas enfermée. C’est dans cette langue-là qu’elle a appris l’ivresse, la rigueur, l’envol, la précision.

Elle était à peine adolescente et ses parents préféraient la liberté de l’Europe pluvieuse au soleil du temps des Colonels. Angélique n’avait plus de pays ; elle en garderait la langue. Elle entrait dans la culture française avec délectation, mais avec la déférence fascinée des étrangers nourris d’extases du Lagarde & Michard.

À onze ans, la guitare. À dix-huit ans, des chansons en français avec son frère. À vingt ans, elle rompt les amarres en renouant ses racines : elle commence un parcours unique dans l’œuvre des poètes de langue grecque. Angélique Ionatos met en musique Odysseus Elytis (des lustres avant qu’il ne soit prix Nobel de littérature), Sappho de Mytilène (qu’elle arrache à une imprécise réputation de libertinage antique), Kostis Palamas, Kostas Varnalis, Constantin Cavafy, Dimitris Mortoyas, tout un panthéon de verbe ébloui et d’enchantement radieux.

En France, on se dit que l’on n’a jamais entendu de chanteuse grecque depuis Jamais le dimanche . Cela fait à Angélique Ionatos une aura curieuse – Grecque unique, Grecque majuscule, Grecque plus que grecque. On perd presque de vue qu’elle chante aussi Colette ou Anna de Noailles, Léo Ferré ou Charles Baudelaire, qu’elle compose sur des poèmes de Pablo Neruda, qu’elle écrit un opéra pour enfants en français…

Sa nature est celle d’une orfèvre, d’une joaillère. Elle ne jette pas dans l’air un geste de musique tracé les yeux fermés, mais fait survenir des bijoux, des médailles, des émaux, des miracles de sophistication et d’équilibre, des épiphanies éclatantes et précieuses. D’instinct, elle édifie des architectures à la fois baroques et cisterciennes, des oxymorons de lueur et de nuit qui, longtemps, vont accompagner son auditeur.

Des poèmes mis en musique ? C’est bien autre chose. Angélique Ionatos est musicienne avant que d’être chanteuse. Elle ne compose pas sur des mélodies mais sur des harmonies, guitare en main. On l’interroge des heures sur sa passion – flagrante, dévorante, éperdue – pour la poésie mais on oublie ses épousailles avec le grand meuble de bois et de cordes qu’elle tient contre elle depuis l’enfance. Guitariste fervente, embrasée, virtuose, elle construit toujours ses spectacles sur l’émotion des rencontres entre musiciens, comme avec le multi-instrumentiste voyageur Henri Agnel ou le bandonéoniste Cesar Stroscio pendant des années, la guitariste et chanteuse grecque Katerina Fotinaki tout récemment.

En une vingtaine d’albums et au moins autant de spectacles différents, elle a mené une trajectoire qui tient presque plus de la liberté de la comédienne que des pratiques habituelles de la musique : elle chante les siècles lointains et Frida Kalho, Les Clowns de Gianni Esposito et des vers de Federico Garcia Lorca traduits en grec, des élans de duende et Les Bienfaits de la lune de Charles Baudelaire… On croirait une avidité, une fringale. Mais, si elle se nourrit bien de l’urgence du désir pour les textes ou les personnages, elle avoue avoir fait un principe d’une phrase de René Char :« L’acquiescement éclaire le visage, le refus lui donne sa beauté ».

Car Angélique Ionatos refuse. Non, elle ne consent ni à la tentation américaine, ni à la tentation orientalisante qui l’un et l’autre encombrent la musique grecque d’aujourd’hui. Non, elle ne sera pas une chanteuse illustrant une tradition nationale. Non, elle ne se satisfera jamais de l’état actuel de la langue grecque, abandonnée aux modernismes sommaires et aux paresses pédagogiques. Non, elle ne se prétendra pas Grecque idéale, ni Française intégrale. Non, elle ne ressemblera jamais à la rumeur qui court parfois çà et là sur une chanteuse intello aux joies austères. Elle refuse autant la redite que le reniement.

Voici ce qui rend irremplaçable Angélique : de ce qu’elle écrit, elle exige autant de sens que de sensualité. Absolument littéraire et absolument musicienne. Absolument grecque, absolument autre.

actualités sur Angélique Ionatos