Biographie

Aucun doute à ce sujet, Bjørn Berge est un virtuose comme il en existe peu. Tous ceux qui l’ont vu aux Nuits de la guitare de Patrimonio, au festival de Notodden, et encore tout récemment au Canada peuvent témoigner de sa maîtrise époustouflante de la guitare à 12 cordes, de la fluidité bouleversante de son jeu de slide. À mi- chemin entre l’orchestre et la locomotive à vapeur lorsqu’il se produit sur scène, guitare en avant, scandant ses couplets de la voix tout en les martelant du pied, Bjørn affiche une énergie inédite de ce côté-ci du Styx. Sinon dans les églises sanctifiées du Vieux Sud et les juke joints des collines du Mississippi.

Ce n’est sans doute pas une coïncidence s’il a vu le jour sur la côte occidentale de Norvège en 1968, à une époque où le monde se posait brusquement des questions existentielles, où des individus issus des horizons les plus divers prenaient brusquement conscience de l’universalité de l’expérience humaine.

Lorsque Bjørn entre dans l’adolescence à l’aube des années 1980, la musique folk américaine a réussi à se frayer un chemin jusqu’aux régions septentrionales de l’Europe, après avoir envahi la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, ou encore les Pays-Bas. Le Grand Nord rencontre le Vieux Sud. Paradoxe surprenant lorsque l’on connaît le parcours de l’homme, ce n’est pas le blues qui a enflammé l’imagination de Bjørn au départ, mais la musique bluegrass des Appalaches personnalisée par des artistes tels que Scruggs & Flatt, Bill Monroe et les Stanley Brothers. Fasciné par le style de picking imaginé par ces sorciers du banjo à 5 cordes, il montait à quinze ans son premier groupe, le Norwegian Bluegrass Kommando.

L’agilité instrumentale de Bjørn vient de là, mais elle est loin de refléter la globalité de ses envies musicales. À force de puiser dans les racines africaines du banjo, il finit par découvrir le blues. « La transition s’est effectuée de façon progressive au moment de l’adolescence, explique-t-il. C’est par un voisin que j’ai découvert toute la diversité des musiques folk et roots américaines. Bob Dylan et les autres. Et Robert Johnson, bien sûr. »

« Quand j’ai découvert la musique de Robert Johnson, j’ai tout de suite été frappé par les histoires musicales qu’il racontait grâce à la slide et j’ai décidé de l’imiter. Vous avez déjà entendu l’anecdote de Keith Richards se demandant qui était le second guitariste sur les enregistrements de Johnson, qu’il entendait pour la première fois ? Il n’y avait pas de second guitariste, Johnson jouait tout lui-même. Personnellement, ça m’a tout de suite paru extraordinaire, et je n’ai jamais cessé depuis d’adapter à mon propre style le regard musical de Johnson. »

Autre trait hérité du barde du Delta, une curiosité insatiable qui incite Bjørn à déborder largement le cadre des douze mesures en ouvrant son répertoire à des ballades et des compositions pop, ainsi qu’il le fait lorsqu’il s’approprie des chansons de Motörhead ou des Red Hot Chili Peppers qu’il bluesifie au passage.

Depuis bientôt quinze ans, Bjørn a réalisé son rêve en vivant exclusivement de sa musique. Avec l’aide de Warner Music, dans un premier temps, et le soutien inconditionnel de son agent Thomas Olavsen et de son manager Erik Brenna, il a réussi à élargir son auditoire bien au-delà des frontières de son pays natal : « J’ai été invité à Eurosonic en Hollande et aux Transmusicales de Rennes, deux festivals très à la pointe qui m’ont ouvert de nombreuses portes en Europe, que ce soit en Belgique, en Allemagne, en France, en Autriche ou en Suisse. La scène européenne du blues est en plein essor, mais il est vrai que je suis plus souvent invité dans les manifestations de jazz que dans les festivals de blues. Il me reste à faire des progrès de ce côté-là. »

SEBASTIAN DANCHIN