Biographie

« A quoi ça sert d'imaginer des vêtements si c'est pour rien faire dedans ? », hurlaient encore il y a quelques années, dans notre petit écran, une bande de morveux, surexcités, complètement ravis de leurs grimaces et autres espiègleries. Plus du genre à porter jeans troués et t-shirts à peine repassés que des culottes Petit Bateau, Stéphane Charasse, a.k.a Boogers , se pose la même question sur la musique : quel peut bien être l'intérêt d'une chanson si on ne peut pas déconner avec ? Hipster hirsute (souvent) et hilare (parfois), batteur remarqué de Rubin Steiner, animateur sur Radio Béton (l'agitateur contre-culturel de Tours), DJ qui enchaîne les pistes aussi rapidement que Pierre Richard les boulettes, Boogers est un objecteur de convenances, un flibustier de la musique qui pille les disques d'or, détrousse les hits pour donner de nouveaux hymnes aux dancefloors. Je-m'en-foutiste et jusqu'au-boutiste, lucide et ludique, il avait signé en 2010 un sur-vitaminé premier album, « As clean as possible », qui avait fait passer Mika et Sliimy pour des mormons arthritiques. Le FAIR et l'ADAMI ne s'y étaient d'ailleurs pas trompés : ils avaient soutenu, chéri Boogers et crié tout simplement au génie, en le faisant sélection FAIR 2010 et Détours ADAMI 2011 ! Sans oublier ses passages aux Vieilles Charrues, Sakifo, Art Rock et autre Montreux Jazz Festival, avec son Band, qui ont laissé bien des spectateurs (surtout les Suisses), mi-médusés mi-amusés, et au final totalement harassés d'avoir trop twisté. Réjouissons-nous donc, car cet automne, déboule le nouveau disque de Boogers, au titre plein de modestie et de justesse grammaticale, « More better ». Un onze de départ avec des morceaux tout riffs dehors, agités, têtus, nerveux en diable. Et en prime, un bout de méthode ASIMIL (Easier And Easier), des perles de douceur (Fishing With Daddy) et un broyage de colonne vertébrale en direct (Broke My Bones)… Le dynamiteur y affûte son copié-collé-décalé et s'aventure sur les territoires furieux du rock. Preuve une nouvelle fois, que si Boogers maîtrise l'art subtil du collage instrumental et de la bidouille de programmation, s'il met régulièrement le feu seul en scène, guitare en bandoulière, harnaché de pads et de samplers, on aurait bien tort de le résumer à un « Beck à la française » ou à un « Rémy Bricka 2.0 ». Car il est bien plus. Boogers est l'artiste d'une génération sans illusions ni scrupules. Du genre à foutre une bonne droite décomplexée dans l'électro-pop hexagonale.

(Source : MySpace / SYLVAIN DEPEE)