Biographie

Dietrich Fischer-Dieskau , né à Berlin le 28 mai 1925 et mort le 18 mai 2012 à Berg en Bavière, est un baryton allemand, également pédagogue, chef d'orchestre, peintre, musicologue et écrivain. Dietrich Fischer-Dieskau est père de trois garçons, nés de sa première épouse, Irmgard Poppen (violoncelliste disparue en 1963). Il a, par la suite, épousé la soprano Julia Varady . Cet artiste lyrique du XXe siècle demeure l'un des plus grands interprètes de la musique vocale. Sa carrière fut impressionnante entre toutes par sa durée, par la quantité des œuvres enregistrées, et enfin par la qualité et la diversité des répertoires abordés.

Biographie

Enfance et jeunesse

Fils d'Albert Fischer-Dieskau, pasteur et proviseur, le jeune berlinois est très tôt fasciné par les textes poétiques de Goethe et Schiller qu'il déclame dans la cour de l'école. Il vient dès l'âge de neuf ans à l'étude de la musique, par l'entremise de sa mère, l'institutrice Dora Ludwige, qui l'emmène aux concerts. La musique est une tradition familiale ancienne, puisqu'en 1742 un certain Carl Heinrich von Dieskau fut le commanditaire de la cantate burlesque dite Cantate des paysans (Mer hahn en neue Oberkeet : « Nous avons un nouveau gouvernement ») de Jean-Sébastien Bach (BWV 212). D'abord versé dans les lettres, le jeune homme est amateur de théâtre et diseur de textes. Enrôlé dans l'armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale, il est emprisonné en Italie, à Pise, où il fait ses premières armes musicales avec une partition des "Quatre chants sérieux" de Johannes Brahms pour toute munition et des garnisons de soldats pour tout public. De son autobiographie, on retire qu'il fut prisonnier de guerre jusqu'en 1947, puis il fit très vite son premier enregistrement-radio la même année où il rencontre son épouse Irmgard Poppen, alors violoncelliste de haut niveau. Grâce à son entremise, il chante ici et là avec de petits orchestres. Les "Quatre chants sérieux" sont emblématiques de ses débuts au concert.

Formation et début de carrière

En 1942, Georg Walter, son professeur, détecte des compétences hors du commun chez le jeune homme de 17 ans. L'élève entreprend de déchiffrer les cantates de Jean-Sébastien Bach au piano puis commence l'étude de lieder. Ses capacités vocales naturelles l'amènent à développer un registre de baryton lyrique capable des nuances les plus douces, malgré une attirance première pour les rôles de Heldentenor (ténor héroïque). Il donne son premier concert avec le Voyage d'hiver (Winterreise), cycle de lieder de Franz Schubert, sous le bombardement de 1942 qui dévaste Berlin. La mezzo-soprano Christa Ludwig raconte que : « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le public allait aux récitals de Fischer-Dieskau pour prier et pleurer. » . Ses premiers enregistrements sont Schwanengesang ("Le Chant du cygne") et Winterreise de Schubert pour la RIAS (Radio du Secteur Américain) de Berlin en 1947, alors qu'il prend encore des cours de chant avec Hermann Weissenborn Professeur au conservatoire de Berlin. S'ensuit un début de carrière à la radio et à l'opéra, sur les scènes de Munich et de Vienne, où sa haute stature et son physique lui permettent d'aborder le rôle du Marquis de Posa dans Don Carlo de Giuseppe Verdi. Sa carrière prend un grand essor lorsqu’il rencontre le chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler en 1950 lors du festival de Salzbourg : W. Furtwängler est impressionné par le jeune baryton. Ils donnent ensemble, durant le festival de Salzbourg de 1951, les Lieder eines fahrenden Gesellen (« Chants d'un compagnon errant ») de Gustav Mahler . Interprétation qui lance la carrière internationale du jeune homme. Furtwängler le fait ensuite chanter dans le Requiem de Johannes Brahms en 1951, Tristan et Isolde de Richard Wagner en 1952 et la Passion selon saint Matthieu de Bach en 1954. Le chanteur déclara beaucoup plus tard que Furtwängler était le chef d'orchestre qui a eu sur lui la plus grande influence. Il déclara à son sujet : «Il a dit une fois que la chose la plus importante pour un artiste de scène était de constituer avec le public une communauté d'amour pour la musique, de créer un sentiment commun entre des venues de tellement d'endroits différents et avec des sentiments aussi divers. En tant qu'interprète, j'ai vécu toute ma vie avec cet idéal. » Le chanteur natif de Berlin-Zehlendorf devient en 1961 un Berlinois de l'Ouest.

Consécration

Il contribue à faire découvrir les courants musicaux de la seconde moitié du XXe siècle et enregistre des répertoires variés, du baroque de Georg Philip Telemann aux rôles verdiens, jusqu'à la musique contemporaine d'Olivier Messiaen ou Othmar Schoeck . Il est le premier chanteur allemand à se produire en Israël accompagné de Daniel Barenboim , à l'auditorium Mann de Tel Aviv en 1971, et montre que la culture germanique ne correspond pas à l'image qu'avait voulu en donner le régime nazi. Le violoniste Yehudi Menuhin avait pour lui la plus vive admiration. Dietrich Fischer-Dieskau connaissait plus de 1 500 lieder — de Brahms, Schubert, Schumann, Hugo Wolf , Gustav Mahler — et a chanté sous la direction des plus grands chefs de son temps : Wilhelm Furtwängler, Ferenc Fricsay, Herbert von Karajan, Otto Klemperer, Karl Böhm, Rudolf Kempe, Eugen Jochum, Georg Solti, George Szell, Rafael Kubelík, Karl Richter, Leonard Bernstein. Il fut accompagné des pianistes Wolfgang Sawallisch (qui l'a ensuite dirigé), Sviatoslav Richter, Alfred Brendel, Murray Perahia ou Herta Klust. La plus longue collaboration fut avec l'anglais Gerald Moore . Tardivement, le jeune Hartmut Höll lui permit de revisiter les répertoires qui firent sa notoriété et d'explorer les œuvres de compositeurs plus confidentiels mais non moins importants.

Il est le chanteur qui aura le plus enregistré au XX° siècle (who's who 2004)

Professeur d'interprétation musicale à la Hochschule der Künste (« École supérieure des arts ») de Berlin depuis 1983, il met fin à sa carrière de chanteur en décembre 1992, pour se consacrer à la direction d'orchestre et à la peinture. Il peint et expose ses toiles; il dirige des œuvres de Tchaïkovski, Hugo Wolf, Gustav Mahler, Richard Wagner, Berlioz... il est aussi l'auteur de plusieurs essais de réflexion musicologique sur Wagner, Friedrich Nietzsche, Robert Schumann, Franz Schubert et il enseigne l'art du lied à travers le monde.

Dietrich Fischer-Dieskau a proposé des interprétations marquantes, non seulement en raison de son timbre vocal, reconnaissable entre tous, ou de son phrasé, ciselé quelle que soit la langue chantée, mais surtout en raison de la clarté de sa lecture interprétative, qu'il mettait toujours au service du compositeur et de la musique.