Biographie

Certains entendront parler ici de Kim pour la première fois. A l’occasion de la sortie de son…19ème album ! Sa situation, que l’on se plaira à trouver plus cocasse que véritablement scandaleuse, est parfaitement unique dans le paysage artistique français : celle d’un éternel adolescent de 34 ans qui continue à jouer de la musique, au sens « joueur » du terme, à s’en jouer parfois. Kim, pourtant, n’est plus tout à fait ce bricoleur de chansons apparu au milieu des années 90, influencé par le paupérisme lo-fi et l’antifolk Américain, qui manquait alors moins d’inspiration que de moyens. Il apparaît depuis plusieurs disques déjà comme un authentique démiurge pop mâtiné d’un séducteur funky, croisement revendiqué de Todd Rundgren et de Robert Palmer, pétri d’idées extravagantes et armé d’une sérieuse aptitude à écrire des mélodies imparables. Talents multiples dont Radio Lee Doo apparaît aujourd’hui comme l’idéale caisse de résonance. Cet album, qui referme une trilogie entamée en 2008 avec Don Lee Doo et poursuivie l’année suivante avec Mary Lee Doo, expose avec encore plus de majesté et d’aplomb cette grammaire musicale personnelle que Kim aura mis près de quinze ans – et plus de 300 chansons – à définir. Cannois d’origine, puis Bordelais hyperactif sur la scène locale avant de venir s’installer à Paris, Kim Giani a déjà eu mille vies musicales – et au moins deux personnelles, après une découverte stupéfiante à l’âge de 14 ans. Sa façon d’embrasser avec maîtrise tous les styles en fait une sorte de mutant hérétique, hors des chapelles et des bénitiers sinistres du rock et de la pop indie traditionnels. Ajoutons à cela que notre homme, batteur (de jazz) à l’origine, joue sur ses albums de tous les instruments – à l’exception des cuivres et des cordes sur le nouveau -, qu’il produit et réalise seul ses disques et qu’une fois sur scène il réinvente en improvisant tout son glorieux répertoire. Olivia Ruiz ou récemment Yuksek ont fait appel à ses services mais il n’est jamais plus heureux que lorsqu’il respire son propre oxygène, à l’intérieur de sa bulle unique et fantasque, multipliant sur Internet les interventions Dada, jonglant avec les identités en leader d’un gang des pastiches délirant. Mais revenons à Radio Lee Doo, car à détailler les innombrables cordes de son arc – il dessine aussi des comics et possède sa propre télé sur le net - on en oublierait presque de préciser qu’avec ce nouvel album Kim vient de mettre dix flèches irrésistibles en plein dans le mille. A l’instar des grandes oeuvres baroques de Todd Rundgren dans les seventies – A Wizard, A True Star (« un sorcier, une vraie star », définition qui marche aussi pour Kim), Radio Lee Doo nous agrippe d’emblée avec la chanson titre, véritable tube radio (Lee Doo) et son accordéon qui rappellera aux plus attentifs celui du This Is The Day de The The, dont l’esprit libre Matt Johnson est une autre des idoles de Kim. Après cette entrée en fanfare, c’est comme si l’on se retrouvait aspiré dans un tunnel ultra sensoriel pour un grand voyage à l’intérieur de quarante ans d’histoire musicale, passant de la pop FM 80 la plus criarde (To Kremlin) aux expérimentations soniques les plus déroutantes, de la musique ethno psychédélique (Don Lee Doo) aux ballades faussement saccharinées et authentiquement perverses façon 10CC (Muriel), du latin jazz tordu (La Dolce Lee Doo) au glam-punk (I’m Getting Old), des Sparks à OutKast. En Merlin l’enchanteur (ou Swan de Phantom Of The Paradise) hyper cultivé mais animé d’un esprit ludique, il a imaginé un labyrinthe sonore où tout le monde pourra se sentir à son aise, retrouvera ses marques malgré les surprises, un peu comme avec un grand jeu de piste dans un parc d’attractions, mais sans file d’attente. En pièce centrale de cet incroyable parcours, on trouve Uptown, chanson cinq étoiles et ronce de noyer qui pourrait aisément appartenir au répertoire de Phoenix, voire à celui de Justin Timberlake, et servir de générique à un blockbuster US. The Sunlights Never Came déplore l’un des titres. Avec Radio Lee Doo, 19ème album de Kim, Il se pourrait enfin que ça change.

Derniers disques:


  • 2009 : Mary Lee Doo
  • 2011 : Radio Lee Doo
  • 2012 : And then we take another road

En savoir plus :

2012