Biographie

Philippe Meirieu est un chercheur et écrivain français, spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie . Il a été l'inspirateur de réformes pédagogiques (instauration des modules au lycée ainsi que des IUFM au début des années 1990).

Il est actuellement vice-président de la région Rhône-Alpes, chargé de la formation tout au long de la vie.

Engagé aux côtés du PS, puis d'Europe Écologie, il se définit lui-même comme militant et homme de gauche.

En s'appuyant sur les écrits des grands pédagogues (de Rousseau à Freinet), il met en exergue les tensions inhérentes à l'éducation.

Il a contribué à diffuser en France les principes pédagogiques issus de l'Éducation nouvelle et est considéré selon le journal Libération comme « le pédagogue le plus écouté de nos gouvernants ».

Après une maîtrise obtenue à Paris, il devient professeur de philosophie en lycée. Désireux d'enseigner à l'école primaire, il passe le CAP d'instituteur , puis enseigne le français en collège privé sous contrat dans le septième arrondissement de Lyon. Il passe une thèse d'État en 1983 en sciences humaines avec comme sujet de recherche les pratiques de groupe en situation scolaire. Philippe Meirieu est aujourd´hui professeur en sciences de l'éducation à l'Université Lumière-Lyon 2.

De 1990 à novembre 1993, il a été membre du Conseil national des programmes. En parallèle, il crée en 1991 la collection Pédagogies chez ESF éditeur. Encore aujourd'hui, il est le directeur et l'un des principaux auteurs de cette collection.

À la rentrée 1993-1994, Philippe Meirieu a repris, à côté de ses activités universitaires, un enseignement de français dans un lycée professionnel de Vénissieux. De 1994 à 1998, il est directeur de l'Institut des sciences et pratiques d'éducation et de formation (ISPEF) de l'université Lumière-Lyon 2. En 1997-1998, il préside à la demande de Claude Allègre le Comité d'organisation de la consultation et du colloque Quels savoirs enseigner dans les lycées ? . Devenu directeur de l'INRP en 1998, il en démissionne en 2000, estimant au côté d'enseignants comme Erwan Le Roux, Johan Le Roux et Gwénolé Gorrec, que « la poursuite de la rénovation pédagogique est gravement compromise ».

Il est directeur de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de l'Académie de Lyon jusqu'en 2006. Il renonce alors à postuler à un nouveau mandat. Se sentant trop en désaccord avec les décisions prises les années précédentes dans le domaine éducatif, il ne souhaite pas être nommé par le ministre de l'Éducation nationale, Gilles de Robien. Il enseigne ensuite à nouveau à l'ISPEF de l'université Lumière-Lyon 2.

En 2006, il est parrain du projet culturel et éducatif « Cité des savoirs du XXIe siècle » pour l'île Seguin avec d'autres personnalités telles que Régis Debray, Albert Jacquard ou Axel Kahn. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence et du conseil scientifique de l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie).

De septembre 2006 à décembre 2009, il a été responsable de la chaîne de télévision éducative Cap Canal. Dans ce cadre, il a animé, entre autres, le magazine Cap Infos qui traite de toutes les questions pédagogiques liées à l'école et à la formation des professeurs.

Théories pédagogiques

Selon lui, le rôle de l'école est à la fois d'instruire et d'éduquer, la finalité étant l'émancipation de l'élève et le développement de son autonomie. De ce fait, comme l'avait démontré aussi Olivier Reboul, tout enseignant est confronté à un certain nombre de contradictions :

  • l'enseignant (et plus globalement tout éducateur) doit s'efforcer de transmettre des normes sociales pour favoriser l'insertion de l'enfant dans la société. Mais il doit aussi lui apprendre à penser par lui-même et à examiner de manière critique les règles sociales existantes. L'éducation à la liberté revêt donc un caractère paradoxal.
  • il existe de même une tension entre la nécessité de faire acquérir à l'élève des savoirs qui sont nécessaires à sa formation et la prise en compte de ses centres d'intérêt. En effet, tout apprentissage véritable nécessite la mobilisation de l'intérêt de l'élève. Seuls les savoirs scolaires faisant sens pour l'élève pourront être assimilés durablement. Il est donc tentant de promouvoir à l'école des thèmes ou des activités qui sont susceptibles de déclencher l'intérêt immédiat de l'élève. Cependant, en privilégiant les centres d'intérêt des élèves, l'enseignant risque de ne pas ouvrir à de nouveaux objets de connaissance et à de nouvelles pratiques culturelles. Philippe Meirieu résume le problème ainsi : « L'intérêt de l'élève est-ce ce qui l'intéresse ou plutôt ce qui est dans son intérêt ? Car de toute évidence, ce qui l'intéresse n'est pas toujours dans son intérêt et ce qui est dans son intérêt ne l'intéresse pas vraiment ».

Pour expliquer — voire dépasser — ces contradictions, Meirieu met en avant le fondement éthique de l'éducation. Il énonce ainsi deux postulats qui sous-tendent l'acte éducatif :

  • le postulat d'éducabilité (inspiré du philosophe et pédagogue Herbart, successeur de Kant à la chaire de Königsberg) : toute personne est susceptible d'être éduquée, et je suis capable, en personne, de l'éduquer. C'est ce principe qui conduit l'enseignant à faire évoluer ses pratiques pédagogiques de manière à faire évoluer positivement les élèves, tant sur le plan cognitif que dans le domaine socio-affectif.
  • le postulat de liberté est le pendant du principe d'éducabilité. Dans les sociétés démocratiques, l'éducation ne peut être assimilée au dressage. Ses résultats sont donc incertains car en dernière instance, l'apprentissage est du ressort de l'élève. « L'enseignant doit donc donner au sujet la possibilité d'exprimer ses propres projets individuels et collectifs ».

Il met avant tout l'accent sur le fait que chaque élève est différent et que les classes sont inévitablement hétérogènes. Face à cette hétérogénéité, il propose d'utiliser la pédagogie différenciée et plus particulièrement les groupes de besoin.

Critiques reçues

Les travaux de Philippe Meirieu sont l'objet de controverses, notamment de la part de Liliane Lurçat, l'association Sauver les lettres ou l'association Reconstruire l'École. Des intellectuels tels que Régis Debray, Marcel Gauchet, Alain Finkielkraut, ou Jacqueline de Romilly considèrent leur application par le corps enseignant comme partiellement responsable de la baisse générale du niveau de l’Education nationale.

Des enseignants contestent ses théories éducatives fondées sur l'« élève apprenant » plutôt que sur des savoirs fondamentaux. « Philippe Meirieu a été très souvent pris à partie par les “républicains” ou les disciplinaristes qui l'accusent d'avoir contribué à la baisse du niveau des élèves ainsi qu'à l'effondrement de l'autorité des enseignants par son idéologie pédagogiste , égalitariste et démagogique. » Il a été contesté par des enseignants tels que Gérard Molina, Natacha Polony, Agnès Joste, Jean-Paul Brighelli et Christine Tasin.

Denis Kambouchner, dans son livre Une école contre l'autre critiquait les réformes pédagogiques proposées par Philippe Meirieu, alors conseiller de Claude Allègre. S'il place toujours la pensée de celui-ci dans la continuité d'une « tradition utopique, qui remonte à Jean-Jacques Rousseau, à Pestalozzi, qui a été pratiquée dans des écoles expérimentales aux États-Unis ou en URSS ». Il reconnaît néanmoins en lui un homme « soucieux de nouer un dialogue » avec lequel il s'accorde aujourd'hui « sur un certain nombre de constats ».

De vives polémiques ont opposé Alain Finkielkraut et Philippe Meirieu. Ce dernier a été amené à écrire le 8 mai 2000 une lettre ouverte à Alain Finkielkraut publiée dans Le Monde : « De quelle couleur sera l’étoile dont on affublera demain, si les clercs que vous représentez venaient, par malheur, à nous gouverner, les pédagogues comme moi ? » Finkielkraut nuance ses accusations personnelles en 2008 contre Philippe Meirieu en le qualifiant d'« homme de dialogue ».

Évoquant en 2000 cette querelle « entre “pédagogues” et “antipédagogues” », Philippe Petit de Marianne dresse les constats « de décomposition de l'enseignement et (d)'illusion pédagogiste » et que « la massification ne doit pas être constatée, mais contestée ».

Engagement politique

En 2009, les dirigeants d'Europe Écologie lui demandent de prendre la tête de leur liste dans la région Rhône-Alpes pour les élections régionales de 2010[33]. Meirieu, qui dit avoir longtemps soutenu le Parti socialiste et ne plus s'y reconnaître, accepte la proposition. Le 7 novembre 2009, il devient tête de liste d'Europe-Écologie en Rhône-Alpes pour les élections régionales de mars 2010, après un vote des militants des Verts, réunis en assemblée générale à l'université Lyon II. La liste qu'il conduit obtient 17,5% des suffrages au premier tour des élections régionales de 2010 et se place en 3e position derrière le PS et l'UMP.

Elu conseiller régional après la fusion des listes de gauche et leur victoire, il devient deuxième vice-président du conseil régional, délégué à la formation tout au long de la vie. Il est en outre président délégué du Pôle Rhône-Alpes Orientation. Il est désormais membre d'Europe Écologie – Les Verts.

Le 11 décembre 2010, il est élu à la tête du parlement d'Europe Écologie – Les Verts.

Publications

  • Élever votre enfant de 6 à 12 ans avec Marcel Rufo, Christine Schilte, Pascale Leroy, Paris, Hachette Pratique, 2009.
  • Lettre aux grandes personnes sur les enfants d'aujourd'hui , Paris, Editions Rue du Monde, 2009
  • L'éducation peut-elle être encore au cœur d'un projet de société ? (avec P. Frackowiak), Paris, Ed. de l'Aube, 2008
  • Frankenstein pédagogue , Paris, ESF éditeur, 2007
  • Pédagogie : le devoir de résister , Paris, ESF éditeur, 2007
  • Une autre télévision est possible , Chronique sociale, 2007
  • École, demandez le programme , Paris, ESF éditeur, 2006
  • Lettre à un jeune professeur , Paris, ESF éditeur, 2005
  • Nous mettrons nos enfants à l'école publique , Paris, Editions Mille et une nuits, 2005
  • Le monde n'est pas un jouet , Desclée de Brouwer, 2004, traduit en espagnol et en catalan
  • Faire l'école, faire la classe, ESF éditeur, 2004 (réédition en 2011), 208 pages
  • Deux Voix pour une école , avec Xavier Darcos, Desclée de Brouwer, 2003
  • Des enfants et des hommes , ESF éditeur, collection Pédagogies, 1999
  • L'École ou la guerre civile , avec Marc Guiraud, Plon, 1997
  • La Pédagogie entre le dire et le faire , Paris, ESF éditeur, 1995
  • L’Envers du tableau. Quelle pédagogie, pour quelle école ? , ESF éditeur- 1993
  • Le Choix d'éduquer , ESF éditeur, collection Pédagogie, 1991 (réédition en 2007), 198 pages
  • La Machine-école , avec Stéphanie le Bars, Gallimard, 1991
  • L’École mode d’emploi : des méthodes actives à la pédagogie différenciée , ESF éditeur, 1989
  • Apprendre... oui mais comment , ESF éditeur, collection Pédagogies, 1987 (réédition 2009)

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