Le monde infirmier se déchire sur la bonne attitude à adopter face aux vaccins pour lutter contre le Covid-19. Le sujet est clivant : il y a ceux qui courent se faire vacciner, ceux qui refusent toute injection et ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent se vacciner avec de l'AstraZeneca et pas les médecins.

Des soignants dénoncent une vaccination à deux vitesses : le vaccin avec moins d'effets secondaires serait réservé aux médecins
Des soignants dénoncent une vaccination à deux vitesses : le vaccin avec moins d'effets secondaires serait réservé aux médecins © AFP / BSIP / Pascal Bachelet

Les professionnels de santé sont-ils tous égaux quand il s'agit de se faire vacciner ? Pas vraiment, selon des témoignages de soignants paramédicaux qui se multiplient. Ils dénoncent des injections 'à la tête du client', ou plutôt des différences de traitement en fonction des corporations. Dans certains centres de vaccination et dans des établissements de soins, des médecins reçoivent des injections de vaccin Pfizer alors que des infirmières ou des kinésithérapeutes se retrouvent d'office avec des doses d'AstraZeneca.  

Infirmière en libéral près de Perpignan, Juliette, 38 ans, et ses deux collègues ont refusé un vaccin qui a cloué au lit pendant 48 heures plusieurs soignantes de leur entourage. "On ne veut pas se faire imposer un dictat sanitaire. Le vaccin qu'on nous impose, l'AstraZeneca, a beaucoup d'effets secondaires. Au sein de notre cabinet, si nous le faisons, nous devons le faire sur nos jours de repos, parce qu'on est incapable, la plupart du temps, d'aller travailler le lendemain" regrette-t-elle.

Pour le médecin et romancier Baptiste Beaulieu, généraliste à Paris, les professionnels de santé ne sont pas égaux face au vaccin. "Les infirmières avec lesquelles je travaille m'ont dit que dans certains centres où elles bossaient, elles avaient vu les médecins coopter les doses de Pfizer pour eux et qu'elles s'étaient retrouvées avec de l'AstraZeneca", reconnaît-il, regrettant que "du coup on assiste à une forme de lutte des classes au sein de l'hôpital." 

"Si ces cas existent il faut les condamner", ajoute le médecin, "mais il faut veiller à ne pas diviser une population soignante déjà exténuée physiquement et moralement par la crise" d'autant, dit-il, que "ce sont des cas personnels et qu’en science on nous apprend à ne pas faire d’une expérience personnelle une loi générale" rappelle Baptiste Beaulieu.

La vaccination met-elle le feu à la profession ?

Pour le docteur Beaulieu, cela semble difficile de "demander à des infirmières de se faire vacciner avec un vaccin qui risque de les fatiguer pendant un ou deux jours, et de leur demander de retourner au travail le lendemain, quand le boss, lui, a eu droit à un Pfizer qui, a priori, est mieux toléré d'après le retour qu'on en a."

Des infirmières qui se sentent méprisées et qui se braquent face aux injonctions à aller se faire vacciner sans avoir le choix du produit et auxquelles la fédération nationale des infirmiers (FNI) lance un appel pour une vaccination générale et en urgence, sans polémiquer.

"Nous vivons dans un pays qui a un modèle social que plusieurs pays dans le monde nous envient. Se dire qu'on n'a pas envie de se faire vacciner est un problème de riches", dénonce Daniel Guillerm, président de la fédération nationale des infirmiers. "Il n'y a pas de tergiversation à avoir. Si on veut régler le problème dans un écosystème dans lequel le virus est en mutation, c'est une course contre la montre qui est engagée", rappelle-t-il. "On a aujourd'hui des vaccins disponibles. On a possibilité de se faire vacciner gratuitement. Il faut absolument se mobiliser."  

"Il faut absolument que la profession les soignants en général, soit exemplaire à ce niveau-là".