Il y a dix ans, un vaste soulèvement populaire, l'étincelle des Printemps arabes, prenait naissance en Égypte. Un mouvement au départ spontané, rassemblé place Tahrir au cœur du Caire, et qui, sur fond de hip-hop et de chanson traditionnelle égyptienne, précipita la chute du régime Moubarak.

Le 12 février 2011, place Tahrir, au Caire, les Égyptiens manifestent en chansons. La rue poussera Hosni Moubarak à la démission, sans pour autant accéder à ses aspirations démocratiques.
Le 12 février 2011, place Tahrir, au Caire, les Égyptiens manifestent en chansons. La rue poussera Hosni Moubarak à la démission, sans pour autant accéder à ses aspirations démocratiques. © AFP / MOHAMMED ABED

Ramy Essam Irhal 

L’hymne incontesté de la révolution égyptienne est l’œuvre d’un anonyme. Ramy Essam, étudiant originaire de Mansourah, n’a que 23 ans – et quasiment aucune expérience de la scène – lorsqu’il entonne pour la première fois devant la foule de la place Tahrir, guitare en main, sa chanson Ihral ("Dégage"), qui vise nommément le président Hosni Moubarak. Quelques accords de guitare rudimentaires, des paroles simples et directes : Ihral devient illico le cri de ralliement des manifestants, et restera comme l’une de ces chansons qui ont changé le cours de l’Histoire

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Mais pour Ramy Essam, la belle aventure va tourner court. Devenu très populaire (trop, aux yeux des autorités), il fait partie des activistes arrêtés et torturés par l’armée lors de la reprise en main du pays, peu après la chute de Moubarak. Contraint à l’exil, il fuit en Suède, où il bénéficie pendant trois ans d’un programme d’accueil pour les musiciens menacés dans leur pays. Depuis lors, Ramy Essam n’a jamais pu rentrer en Égypte, où ses amis et collaborateurs sont toujours pourchassés : le réalisateur Shady Abash, qui a signé l’un des clips, a été retrouvé mort en prison en mai 2020.

Cairokee - "Ya El Midan" (avec Aida El Ayoubi) 

Cette ballade du groupe pop-rock Cairokee, en duo avec la chanteuse Aida El Ayoubi –  une grande voix de la chanson égyptienne alors retirée de la scène musicale depuis vingt ans – demeure l’un des témoignages les plus poignants de la révolution de 2011. Dans Ya El Midan ("Toi, la place"), la place Tahrir est présentée comme un personnage à part entière du mouvement, presque un être vivant. Énorme succès sur Facebook dès sa sortie, la vidéo documente de façon subtile les rassemblements, en filmant l’intérieur de la maison d’un manifestant jonchée de vêtements criblés de balles, de banderoles et de protections anti-émeutes. 

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En juin 2013, lors de la "deuxième révolution égyptienne" (le soulèvement contre le président islamiste Mohammed Morsi), Cairokee marqueront à nouveau l’histoire lors d’un concert devant des centaines de milliers de personnes au Caire, avec l’incontournable Ya El Midan au répertoire.

Deeb - "Masrah Deeb"

Réprimée pendant les années Moubarak, la scène hip hop du Caire trouve un terreau favorable dans les campements de la place Tahrir, où les jeunes Égyptiens font circuler les cassettes des rappeurs locaux. Parmi eux, Mohamad Al-Deeb, alias ‘Deeb’. Il vient alors de sortir son premier album, et s’affirme rapidement comme l’un des porte-voix du mouvement, notamment grâce à ce titre, Masrah Deeb, porté par un beat old-school efficace.

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Anecdote restée célèbre : venu se produire pour les manifestants pendant l’occupation de la place, Deeb reçoit un jour la visite de militants islamistes bien décidés à le faire taire. Il faudra l’intervention de fans du chanteur pour leur barrer la route.  

Omar Offendum - "#Jan25" (feat. The Narcicyst, Freeway, Ayah)

Fin janvier 2011, les images des manifestants égyptiens font le tour du monde. Tahrir devient le symbole du soulèvement des peuples arabes. Fasciné par ce qui se passe alors au Caire, le rappeur américain d’origine syrienne Omar Offendum enregistre dans l’urgence ce titre en anglais, #Jan25 – date du début du soulèvement populaire en Egypte. Parue en février 2011, peu avant le départ d’Hosni Moubarak, cette charge virulente contre le pouvoir égyptien va rencontrer un énorme succès via les réseaux sociaux, avec sa vidéo qui recycle les images les plus spectaculaires des manifestations.

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Dix ans plus tard, ces images ne font que résonner davantage, compte tenu de la reprise en main brutale du pays ces dernières années par le régime militaire d’Al-Sissi.

Youssra El Hawary - "El Soor"

Dans la grande tradition égyptienne – Le Caire a été pendant des décennies la plaque tournante des musiques du monde arabe – Youssra El Hawary fait le trait d’union entre respect des classiques et innovation. Chanteuse et accordéoniste autodidacte, elle décrit sans fard dans ses compositions la réalité sociale de son pays. Son titre El Soor ("Le mur") paru en 2012, est un témoignage direct de la période qui suit la chute de Moubarak, lorsque l’armée barricade les accès à la place Tahrir en érigeant à la hâte des murs dans les rues du Caire.

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Forte de ce premier succès, Youssra El Hawary partira un temps pour la France (pour suivre deux ans de formation académique à l’accordéon), avant de publier son premier album en 2017, grâce à une campagne de financement participatif auprès de ses fans, une première en Égypte.

(RÉ)ÉCOUTEZ ▶︎ La playlist des Printemps arabes (sur Youtube)