Un an après l'incendie de Notre-Dame de Paris, la restauration de l'édifice est à nouveau en pause en raison de l'épidémie de Covid-19. Après la pollution au plomb et les intempéries, le coronavirus a forcé les compagnons à stopper le travail. Les entreprises espèrent un redémarrage du chantier début mai.

Le chantier de Notre-Dame de Paris à l'arrêt, durant le confinement pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, le 29 mars 2020
Le chantier de Notre-Dame de Paris à l'arrêt, durant le confinement pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, le 29 mars 2020 © Radio France / Nathanael Charbonnier

"Quand on n'a pas les éléments contre nous, il y a une énergie particulière sur ce chantier, donc je ne suis pas inquiet sur la suite". L'état d'esprit est combatif, pour Julien Le Bras, PDG de l'entreprise d'échafaudages Le Bras frères, en première ligne sur le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris. Mais un an après l'incendie qui a ravagé la cathédrale, rien ne semble avoir épargné les compagnons, du plomb, à l'épidémie actuelle en passant par les intempéries. Pour autant, Didier Durand, patron de Pierrenoël, entreprise de maçonnerie et de taille de pierre assure n'avoir eu "aucun moment de découragement". "Je ne me demande pas si le sort s'acharne, il faut se concentrer sur notre mission" abonde Julien Le Bras : "les sujets plombs, intempéries ou Covid ne sont que des points supplémentaires à gérer".

"Une masse de travail et d'énergie considérables"

Car dès la nuit du 15 au 16 avril 2019, l'incendie à peine éteint, 150 personnes se sont rapidement mobilisées au chevet de la cathédrale pour parer à l'urgence. Et un an après, même si l'heure n'est pas aux bilans, le travail accompli est impressionnant. "Déposer les vitraux, les ferronneries, réaliser les étaiements, mettre en place des clôtures : il y a une masse de travail et d'énergie qui ont été déployés sur ce chantier qui sont considérables" souligne Julien Le Bras, qui compte une vingtaine de salariés sur le site. 300 tonnes de pierres, vestiges de la cathédrale ont aussi été récupérées dans l'édifice, analysés par les scientifiques du laboratoire de recherche des monuments historiques du ministère de la Culture, grâce au travail de la trentaine de compagnons de l'entreprise de Didier Durand.

Le Covid-19 met le chantier à l'arrêt

Depuis le 16 mars, tous sont à nouveau au repos, confinement oblige. Ce lundi matin-là, alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à annoncer le confinement du pays, les compagnons débutent une opération délicate et très attendue : le démontage de l'échafaudage et le déblaiement des parties supérieures des voûtes de la cathédrale, inaccessibles jusqu’ici. 

"On venait tout juste d'en retirer les premiers mètres" d'échafaudage, raconte Julien Le Bras, qui regrette de ne pouvoir travailler, après les journées venteuses de l'hiver. "En un mois de confinement, on est à 95% de journées de soleil sans vent" souligne-t-il "mais à l'échelle du projet, on va dire que rien n'est insurmontable !"  Malgré cette mise en sommeil, l'heure est à la réflexion sur la reprise : "ça chauffe et ça fume" assure Didier Durand.

Reprendre le démontage de l'échafaudage

Il rappelle que le travail de "cintrage et tout le renforcement de l'ancien échafaudage" étaient achevés. Restaient donc à le démonter, essentiel pour s'assurer de la stabilité de tout l'édifice. "On peut dire à 90% qu'on peut dormir tranquille, mais on dormira encore mieux le jour où il ne sera plus là" sourit-il.

Ce démontage, prévu pour durer trois à quatre mois, aura donc plusieurs semaines de retard. Mais, avec la perspective du déconfinement le 11 mai et d'une reprise d'activité, les compagnons espèrent retourner sur le chantier rapidement, à la fin du mois, ou début mai. "_Le général Georgelin [à la tête de l'établissement public pour la restauration de la cathédrale Notre-Dame, ndlr] envisage une reprise dans les premiers jours du mois de mai, mais en douceur_", précise Didier Durand, "pour bien vérifier que tous les gestes barrières et toutes les protections qui ont été élaborés puissent être respectés". 

De nouvelles procédures contre le coronavirus

Car, en plus du plomb, dont se protègent les compagnons depuis l'été dernier, il faudra aussi mettre en place des protections et des gestes barrières contre le Covid 19. "Cela va nécessiter quelques journées spécifiques dédiées à la méthodologie Covid : mettre en place des plans de circulation, des rotations par les douches, les réfectoires, pour ne pas avoir trop de personnes au même moment, avec un protocole et de la signalétique sur place" détaille Julien Le Bras. 

Une nouvelle base-vie est en cours de construction "qui permettra d'avoir une meilleure hygiène et moins de promiscuité" détaille Didier Durand. Prendre le temps qu'il faut pour mettre en place ces procédures est une nécessité pour les chefs d'entreprise. "Un homme ne se remplace pas, une pierre cela se remplace" lâche Julien Le Bras.

L'objectif de 2024 maintenu

Malgré ces semaines de pause, la perspective de rendre Notre-Dame aux Français "en cinq ans", tel que l'avait souhaité Emmanuel Macron, "reste tout à fait envisageable" selon Julien Le Bras. C'est toujours l'objectif affiché par Jean-Louis Georgelin. "Nous n'avons qu'une seule envie c'est de revenir au travail et de prendre soin de Notre-Dame de Paris, qui a besoin de beaucoup d'amour et nous allons, tous les compagnons, lui en donner encore beaucoup pendant les quatre prochaines années" avance Didier Durand. 

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